‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 175 sur 287 · Liber de Causis, II; éd cit , fol. 71, col. a · texte numérisé non relu

Liber de Causis, II; éd cit , fol. 71, col. a

3. Mohammed al Schahrestâni, qui mourut en 1 1 53. a laissé une Histoire des sectes religieuses et philosophiques ; les opinions des divers philosophes y sont, en général, exposées d'après des livres apocryphes qui semblent avoir fourmillé chez les Arabes. Selon Schahrestâni, Pythagore aurait tenu le langage suivant :

« L'unité, en général, se divise en unité avant l'éternité, unité avec l'éternité, unité après l'éternité et avant le temps, et unité avec le temps. L'unité qui est avant l'éternité est l'unité du Créateur ; celle qui est avec l'éternité est l'unité de l'Intellect premier ; celle qui est après l'éternité est l'unité de l'Ame ; enfin celle qui est avec le temps est l'unité des éléments et des choses composées » (S. Munk, Mélanges de Philosophie juive et arabe, Paris; i85q; p. 246).

Dans la doctrine du pseudo-Pythagore, on reconnaît l'enseignement du Livre des Causes ; peut-être est-ce ce dernier livre que Schahrestâni croyait être de Pythagore ; peut-être est-ce le soi-disant traité pythagoricien qui a inspiré le commentateur de Y Institutio theologica.

4. Liber de Causis, IV ; éd. cit., fol. 72, coll. c et d ; fol. 73, coll. a et b.

LES SOURCES DU NÉO-1'LATONISME ARABE

mettre en cacte ; et, comme nous Talions voir dans un moment, cette multitude d'essences qui se trouvent en puissance au sein de TÈtre, c'est l'Intelligence contenue dans sa Cause.

L'Intelligence, elle aussi, est à la fois une et multiple. De l'Etre qui est sa cause, elle tient son unité ; mais, d'autre part, elle renferme une multitude de formes intelligibles qui font sa diversité. En ces formes intelligibles multiples, l'Intelligence unique se diversifie comme nous voyons, ici-bas, une même forme spécifique se diversifier en de multiples individus ; entre ces deux modes de multiplication, cependant, une différence est à signaler ; les individus qui participent d'une même forme sont des êtres séparés les uns des autres ; au contraire, les formes intelligibles multiples qui diversifient l'Intelligence, et qui sont, elles-mêmes, des intelligences, demeurent indissolublement liées entre elles dans l'unité de cette Intelligence.

Cette diversification de l'Intelligence se fait, d'ailleurs, par . degrés. Aux formes intelligibles les plus universelles, correspondent des intelligences premières ; des intelligences secondes sont engendrées par une première particularisation de ces formes universelles ; et ainsi se produit une hiérarchie descendante d'intelligences, dont chaque degré correspond à des formes intelligibles moins générales que le degré précédent.

De la Cause première émane la vertu qui rend active chacune de ces intelligences et la bonté qui réside en elle ; mais cette communication de force et de bonté, qui coule delà Cause première aux diverses intelligences subordonnées, ne se fait pas directement ; la Cause première influe la force et la bonté au sein de la première des créatures, au sein de l'Jitre suprême ; de là, cet influx descend dans l'Intelligence première; puis il continue de descendre, en se subdivisant, jusqu'aux intelligences les moins générales, jusqu'à celles qui sont au dernier degré de la hiérarchie.

« Toute vertu unie 1 possède une plus parfaite infmitude qu'une vertu qui s'est subdivisée. En effet, le premier infini, qui est l'Intelligence, est tout voisin de lapure Unité ; c'est pourquoi, en toute vertu proche de la pure Unité, il y a plus d'infinitude qu'en une vertu qui en est éloiguée ; et cela provient de ce que l'unité d'une vertu commence à se détruire, dès que cette vertu commence à se subdiviser ; et lorsque son unité se détruit, son infmitude se détruit ; et son infmitude ne saurait se détruire sinon quand cette vertu se divise... Plus elle est condensée et unie, plus elle grandit

i. Liber de Causis, XVII ; éd. cit., fol. 80, col. b. Cf. : Procli Institut io theologica, XCV ; éd. 1822, p. ; éd. i855, p. LXXXI. Voir aussi : t. I, p. 370.

LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

et acquiert de vigueur, et plus sont admirables ses opérations. Mais plus elle se partage et se divise, plus elle s'amoindrit et s'affaiblit, et plus viles sont les opérations qu'elle accomplit. Il est donc maintenant évident que l'unité d'une vertu est d'autant plus parfaite que cette vertu est plus proche de la pure et véritable Unité ; et plus l'unité y est parfaite, plus l'infînitude de cette vertu est apparente et manifeste, plus grandes, admirables et nobles sont ses opérations. »

Ainsi à la hiérarchie descendante des intelligences correspondra une hiérarchie descendante des opérations que ces intelligences accomplissent.

Quelles sont les opérations de l'Intelligence ? L'Intelligence imprime en l'Ame tes formes intelligibles qu'elle contient; elle fait, par cette impression, que l'Ame connaisse ces formes intelligibles ; l'Ame ne les connaît1 pas telles qu'elles sont en ellesmêmes, comme des essences unes et immobiles, car ce mode de connaissance est réservé à l'Intelligence ; mais elle les connait à la façon dont l'Ame peut connaître, c'est-à-dire par l'intermédiaire des accidents qui sont multiples et changeants ; ce qui, donc, au sein de l'Intelligence, est un et immobile, est connu par l'Ame comme divers et en mouvement.

D'ailleurs 2, à la hiérarchie descendante des formes intelligibles de moins en moins générales qui résident en l'Intelligence, correspond, en l'Ame, une hiérarchie descendante d'impressions de plus en plus particulières. A chaque degré de la hiérarchie des formes intelligibles correspond une intelligence ; de même, à chaque degré de la hiérarchie des impressions correspond une âme. En sorte que, sans perdre l'unité qu'elle tient de la cause première, l'Ame se diversifie exactement comme s'est diversifiée l'Intelligence ; à chaque intelligence subordonnée correspond une âme subordonnée qui reçoit l'impression de cette intelligence subordonnée et, en même temps, communie aux vertus et aux biens que cette intelligence subordonnée tient de l'Intelligence première.

Au fur et à mesure que les intelligences, par la subdivision qui les produit, s'éloignent davantage de l'unité, l'opération dont elles sont capables est plus débile ; l'impression qu'elles produisent en l'âme est moins profonde et moins durable ; aussi,, tandis que les intelligences les plus élevées impriment leurs formes intelligibles en des âmes éternelles, les intelligences les plus

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