Liber de Causis, XII; éd. cit., fol. 78, col. a et b
4- Ici, comme en divers endroits, le Livre des Causes prend la Vie pour synonyme de Y Ame.
LES SOURCES DU NÉO-PLATONISME ARABE
Vie. Mais en l'Intelligence* l'Être et la Vie sont deux Intelligences ; et clans la Vie, l'Etre et l'Intelligence sont deux Vies ; et dans l'Être, l'Intelligence et la Vie sont deux Etres. S'il en est ainsi, c'est simplement parce que chacun des premiers principes est cause ou effet; or reflet est dans la cause sous forme de cause, et la cause en reflet sous forme d'effet... Le Sens est donc en l'Ame sous forme animale, et l'Ame est en l'Intelligence sous forme intellectuelle ; l'Intelligence est en l'Etre sous forme d'essence, et l'Être premier est en l'Intelligence sous forme intelligible »
L'Être premier sera dans l'Intelligence par son effet, c'est-àdire par l'essence de l'Intelligence ; mais cet effet y aura la seule manière d'être qui convienne à l'Intelligence, c'est-à-dire qu'il sera intelligible. De ce principe, voici la conséquence que tire le Livre des Causes 1 : Toute intelligence connaît sa propre essence. La connaissance, en effet, c'est la coexistence de l'intelligence qui connaît et de l'intelligible qui est connu ; or, il n'est pas douteux que l'essence de l'intelligence, qui est intelligible, coexiste à l'intelligence ; elle est donc connue d'elle.
Mais en connaissant sa propre essence, l'Intelligence connaît toutes choses ; car toutes choses sont, dans cette essence, à l'état intelligible ; les choses supérieures à l'Intelligence y sont, en tant qu'effets, parce qu'elles sont causes de l'Intelligence ; les choses inférieures à l'Intelligence y sont en manière de formes intelligibles, parce que l'Intelligence est cause de ces choses.
Ce qui vient d'être dit de l'Intelligence peut se répéter de l'Ame 2, à la seule condition de substituer le mode de connaissance qui convient à l'Ame au mode de connaissance qui est propre à l'Intelligence. L'Ame, donc, connaît les choses intelligibles parce qu'elle connaît les impressions produites en elle-même par ces choses ; elle connaît, d'autre part, les choses sensibles parce que ces choses, dont elle est la cause, sont en elle sous forme exemplaire. C'est donc encore en se connaissant elle-même qu'elle connaît les choses qui sont au-dessus d'elles et les choses qui sont an-dessous d'elles ; en sorte que toute sa connaissance se résume, comme il advenait pour l'Intelligence, à connaître sa propre essence.
« Or tout être qui connaît sa propre essence revient à son essence par un retour complet. » En cette connaissance, ce qui connaît est identique à ce qui est connu; elle constitue, à pro-