Pauli E pistolet ad Romanos, II
5. Dyonisii Areopagitve De divinis nominibus, Cap. V, art. 6; éd, cit., t. I, pp. 692-693.
LES SOURCES DU NÉO-PLATONISME ARABE
choses qui existent, et elles y sont quel que soit leur mode d'existence ; elles y sont réunies toutes ensemble et, en môme temps, chacune d'elles y subsiste en sa singularité.
» En effet, dans l'unité tout nombre préexiste uniformément, en sorte que l'unité contient en elle chacun des nombres particuliers ; et, en même temps, tout le nombre se trouve rassemblé dans l'un ; il est dans l'unité. Plus le nombre s'éloigne de l'unité dont il provient, plus il se divise, plus il devient multiple.
» De même, tous les rayons du cercle, rassemblés par une même union, existent simultanément dans le centre. Le point contient tous ces rayons uniformément réunis les uns avec les autres; tous ces rayons se trouvent conjoints dans le centre, et joints au principe unique dont ils sont issus. Tant qu'ils s'éloignent peu du centre, ils sont faiblement séparés les uns des autres ; ils divergent davantage au fur et à mesure qu'augmente la distance au centre. »
De même que tous les rayons partent du centre et aboutissent au centre, de même l'Etre divin est le point de départ et le point d'arrivée de toutes choses. « Ce qui préexiste à toutes choses est le principe et la fin de toutes choses '. En tant que cause, il est le principe de tout; en tant que cause finale, il est la fin de
tout Il possède d'avance toutes choses dans une ahsolue unité ;
il fait que toutes choses existent. Il est partout présent à toutes choses ; il y est présent en tant qu'unité et identité ; il y est présent, en même temps, parce qu'il est tout; il pénètre toutes choses en même temps qu'il demeure en lui-même. »
L'existence de l'Un en toutes choses et l'existence de toutes choses dans l'Un sont conçues par Denys de la . même manière qu'elles le sont par Plotin ; et, pour exprimer cette commune conception, le traité Des noms divins demande à la Géométrie des comparaisons que les Ennêa-icsXxxx avaient déjà empruntées. Mais, en un point, la pensée de Denys s'écarte de celle de Plotin pour s'apparenter à celle de Proclus. Selon Plotin, l'Un était le premier principe ; tout procédait de lui et il ne procédait de rien d'autre. Selon Proclus, au contraire, l'Etre premier procède luimême d'une Cause première, qui est le principe d'où découle toute bonté. De même, pour Denys, le premier principe de toute procession est le Bien suprême, source de toute bonté, qu'il appelle le Père ; le Père engendre l'Etre qui est par lui-même, l'Etre dont l'unité renferme toutes choses et qui est en toutes choses. Ainsi,
i. Dionysii Areopagiive Op. laud.j Cap. V, art. 10: éd. cit., 1. 1, p. 697.
LA CRUE DE l'aRISÏOTÉLISME
dans l'œuvre de Denys, l'Être premier de Proclus, « l'Être par qui sout toutes les choses créées », devient identique au Aoyoç, au Verbum dont saint Jean a écrit : « Omnia per ipsum fada su/if, et sine ipso faction est nihii quod faction est ». C'est le Fils « per quem omnia fada sunt » qu'adorent les Chrétiens.
« La Cause première, disait le Livre des Causes1, est supérieure à toute description ; et si toutes les langues sont en défaut lorsqu'elles tentent de la décrire, cela tient à la manière même dont l'être peut être décrit. Elle est, en effet, au-dessus de toute cause ; or la description [d'un être] ne se peut faire sinon par les causes secondes qu'éclaire la lumière de la Cause première..... Comme il n'y a rien au-dessus d'elle et qu'elle est au-dessus de tout, il en résulte qu'elle est la chose première et unique pour laquelle toute description fait défaut ; et s'il en est ainsi, c'est simplement parce qu'il n'y a pas de cause au-dessus d'elle à l'aide de laquelle elle puisse être connue. Une chose n'est connue que par sa cause ; puis donc qu'elle n'est rien que cause, qu'elle n'est aucunement effet, elle ne peut être connue à l'aide d'une cause plus élevée ; elle ne saurait être décrite. »
Que la nature du Bien suprême délie toute description, c'est une des idées que Denys se complaît à développer; Saint Thomas d'Aquin le rappelle en commentant le passage àu Livre des Causes que nous venons de citer ; et comment, en effet, ne pas rapprocher des pensées du Philosophe néo-platonicien certaines pages du Docteur chrétien, qui expriment si bien ces mêmes pensées ?
Selon Denys 2, on ne peut pas dire du Bien suprême « qu'il est ceci et qu'il n'est point cela ; qu'il est de cette manière et qu'il n'est point de cette autre. Bien plutôt, il est toutes choses, car il est l'auteur de toutes choses ; il comprend d'avance en lui tous les principes, il contient les fins de tout ce qui est ; et en même temps, il est au-dessus de toutes choses ; il est avant toutes choses d'une existence transcendante et supra-essentielle. Aussi peut-on dire de lui qu'il est simultanément toutes choses et qu'il n'est aucune de ces choses ; il possède toute forme et toute figure, et cependant il est sans forme et sans figure. » On peut affirmer de lui des propositions qui semblent contradictoires3: « Il est immobile en nié me temps qu'il se meut, et cependant il n'est ni en repos ni en mouvement. » Il est en toutes choses, il est toutes choses, et,