‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 183 sur 287 · Voir : Seconde partie, ch. I, § Vf ; t. II, pp · texte numérisé non relu

Voir : Seconde partie, ch. I, § Vf ; t. II, pp

LES SOURCES DU NÉO-PLATONISME "ARABE

« Ce qu'on appelle non-être, dit-il l, ou bien nous le fabriquons en séparant l'existence d'elle-même, ou bien, possédant déjà l'être, nous formons un concept qui lui soit supérieur. Lors donc que, de l'existence, nous séparons l'existence même, nous ne surpensons pas le non-être comme supérieur à l'être, mais nous concevons le non-être comme une fausse propriété, comme la propriété d'une cbose qui se quitte elle-même. Toute chose qui existe vraiment et par soi peut être réduite au non-être qui est supérieur à l'être ; semblablement, toute chose qui se retire elle-même de l'existence se trouve conduite au non-être qui est la destruction et la ruine de l'existence même. »

La Matière première étant un pur non-être, il n'y a pas lieu de se demander si elle est créée ou si elle existe par elle-même ; la question n'aurait absolument aucun sens ; on conçoit qu'elle n'ait été posée ni par l'auteur de Y Institution théologique, ni par l'auteur du Livre des Causes.

Telles sont les principales doctrines que contient le Livre des Causes ; extrait de Y Institution théologique de Proclus, mais extrait assurément et commenté par quelque philosophe judicieux et pénétrant, ce livre a distillé aux Arabes et aux Chrétiens du Moyen Age l'essence la plus pure et la plus précieuse du Néo-platonisme hellénique.

ni

LA PHILOSOPHIE DE DENYS DIT l'aRÉOPAGITE

Au cours du commentaire qu'il a composé sur le Livre des Causes, Saint Thomas d'Aquin cite, à maintes reprises, Denys, dont il compare la doctrine à celle de Proclus. Les analogies sont nombreuses, en effet, entre la pensée du philosophe néo-platonicien et celle de ce Denys, prêtre de Jésus-Christ, que le Moyen Age a confondu "avec Denys l'Aréopagite, disciple immédiat de saint Paul, comme avec Denis, premier évêque de Paris.

Efforçons-nous de tracer ici une esquisse rapide, mais fidèle, de la Métaphysique professée par le philosophe chrétien. Cette Métaphysique, en effet, a contribué sans doute à diriger le mouvement intellectuel que nous voulons étudier ici.

Elle découle en très grande partie du large courant philosophique issu de Plotin et de Proclus; mais Denys s'attribue à luimême un précurseur plus immédiat, précurseur fictif peut-être, en

i. Procli Op. laud., éd. cit., fol. 37, v°.

la personne de Saint Hiérothée, qu'il nomme son maître et dont il nous conserve trois hymnes; ces hymnes de Saint Hiérothée, insérés par Denys au quatrième chapitre de son traité Des noms divins1, tracent, en quelque sorte, le plan d'après lequel le Pseudo- Aréopagïte construit tout son système philosophique.

De ces hymnes, le troisième 2 formule les propositions suivantes :

« Du Bien suprême émane une vertu simple qui est capable, par elle-même, de déterminer un mouvement vers une amoureuse union ; cette vertu se propage jusqu'aux extrêmes limites de l'ensemble des choses qui existent ; de ces limites, cette vertu revient en arrière, et retourne vers le Bien suprême. »

Ce double mouvement par lequel le Bien absolu descend en toutes choses pour y produire tout ce qu'elles ont de bon, et déterminer, dans ces mêmes choses, une tendance ascendante vers le Bien suprême, c'est l'objet que Denys propose incessamment à sa propre méditation.

Dès le début du traité De la hiérarchie céleste, nous trouvons la description 3 de ce double mouvement : « Tout bien qui est donné à un être, toute perfection qui lui est accordée, viennent d'en haut ; ils descendent du Père des lumières. Toute émanation de l'éclairement que le Père a produit vient s'épancher en nous ; là, elle devient une puissance d'union, qui nous simplifie en nous rappelant en haut, qui nous tourne vers l'unité du Père en qui tout se rassemble, vers la simplicité qui constitue la Divinité. » Et Denys applique à ce double mouvement la parole de Saint Paul 4 : « Toutes choses viennent de lui et vont à lui ».

Par le premier de ces deux mouvements, l'unité et la simplicité de Dieu répandent leur bienfaisante émanation dans la multiplicité des créatures ; par le second, la diversité des créatures tend à se fondre dans l'unité divine ; écoutons Denys développer ces pensées en un langage qui sonne comme un écho des enseignements de Plotin 5 :

« L'Etre qui est par lui-même procède de la Bonté suprême et il réside en elle ; en elle sont les principes des choses et toutes les

1. OpcraS. Dyonisii A reopagitve cum scholiis S. Maximi et paraphrasi Pachy- MEiui a Balthasare Corel iero Soc. Jesu cloct. theol. latine interpretata et notis theoloçicis illustra ta . Antverpiae, ex officina Planliaiana Balthasaris Moreti. MDCXXXIlll . De dioinis nominibus, cap. IV, artt. i5, 16 et 17; tomus I, pp. 568-570.

2. Dyonisii Areopagit^e De divinis nominibus, Cap. IV, art. 17 ; éd. cit., t. 1, pp. 569-570.

3. Dionysii Areopagit/E De cœlesti Hierarchia, Cap. 1 ; édit. cit. t. I, pp. 12.

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