‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 186 sur 287 · Aristote, Métaphysique, Livre I, ch · texte numérisé non relu

Aristote, Métaphysique, Livre I, ch

5. F. Ravaisson, Essai sur la Métaphysique d 'Aristote, Partie IV, Livre I, chapitre III ; t. II, pp. 432-434-

6. Plotin, Ennéades, Enn. V, Livre I, Ch. VI (Plotini Ennéades > éd. Didot, p. 3o3).

7. Plotin, Ennéades, Enn. V, Livre I, Ch. VII ; éd. cit., p. 3o4.

LÀ CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

» Mais que la génération des choses résulte de la bonté du principe, ce n'est pas à dire qu'elle soit l'effet d'une volonté bienfaisante. Les mots de bon et de bonté ne signifient ici, comme presque partout dans l'Antiquité païenne, que la perfection intrinsèque dans laquelle consiste le bien et non le désir ou la volonté, chez un être, de la perfection et du bien d'un autre être. A la vérité, tout ce qui existe tendant, par sa nature même, à être tout ce qu'il peut être, cette pensée ne pouvait manquer de se produire, qu'aussitôt qu'un être n'est plus empêché par rien d'étranger, aussitôt que, parvenu à sa perfection et affranchi du besoin, sa nature se développe librement, il se répand et se communique de tout son pouvoir. Tel est le sens de la maxime de Platon, tel est celui de la preuve que Plotin en donne, et qui est la loi universelle de la reproduction. De cette idée à cette autre que la bonté d'un être consiste précisément à vouloir le bien de tous les êtres, que la bonté véritable et la bienveillance ne font qu'un, en d'autres termes, que la perfection et l'amour sont une seule et même chose, il n'y avait qu un pas ; mais ce pas, il n'était pourtant pas donné de le faire ni à la Philosophie platonique ni à aucune autre de l'Antiquité païenne. »

Ecoutons, par exemple, en quels termes Proclus, dans son commentaire au Premier Alcibiade, développe sa théorie de l'amour.

« Tout ce qui est aimable, dit-il *, est désirable ; l'amour, en effet, c'est le désir robuste et véhément de quelque chose ; et quiconque aime désire quelque chose dont il a besoin. »

Dieu donc, qui ne connaît pas la privation, qui n'a besoin de rien, ne saurait aimer. L'amour ira toujours de l'inférieur au supérieur, non du supérieur à l'inférieur ; il ne descendra jamais ; toujours il montera.

« Nous ne devons mettre ce dieu qu'est l'amour, dit Proclus 2, ni parmi les premiers des êtres, ni parmi les derniers ; nous ne devons pas le mettre parmi les premiers^ car ce qui est aimable

1. Excepta M.arsilii Figini en grœcis Procli comment ar lis in Alcibiadem Plafonis primum {Index eorum quae hoc in libro habentur. . Proclus im Platonicum Alcibiadem de anima, atque dœmone. . . Venetiis in œdibus Aldi et Andreœ, MDXVI. Fol. 34, vo. — Pour la description de cette édition, v. j>. 340. note 1). — Procli Philosophi Platonici Opéra inedita quœ primus olim e codd. mss. Parisinis Italicisque vulgaverat nunc secundis curis emendavit et auxil Victor Cousin. Parisiis, Aug\ Durand, MDCCCLXIV. Col. 583.

2. Procli Op. taud. ; trad. Ficin, éd. cit., fol. 24, v°; éd. Cousin, 1864? coll. 355-356.

LES SOURCES DU iNÉO-PLATONISMÈ ARABE

est au-dessus de l'Amour ; nous ne devons pas le mettre parmi les derniers, car ce qui aime participe de l'Amour ; il nous faut donc placer l'Amour entre ce qui est aimable et ce qui aime ..; il nous faut affirmer qu'il vient après le Beau, mais qu'il précède tous les autres êtres qui aiment. »

« Les oracles sacrés, dit encore notre auteur l, nomment cet Amour le dieu qui domine toutes choses et qui unit toutes choses — Cet Amour, Diotime l'a appelé le grand Démon, parce qu'il remplit l'intervalle entre les êtres qui sont aimés et les êtres qui, par T Amour, se précipitent vers les premiers. L'être qui doit être aimé, en effet, revendique le premier rang ; l'être qui aime se tient au troisième rang à partir de l'objet aimé ; l'Amour, enfin,* s'attribue le rang intermédiaire entre ces deuxrlà ; il rassemble et relie l'un à l'autre ce qui désire et l'objet de son désir ; le moins parfait des deux, il le remplit du meilleur ».

« Aussi les oracles 2 ont ils désigné le feu de cet Amour par les paroles que voici : C'est le feu apte à conj oindre, dont la flamme a, la première, jailli hors de l'Intelligence. Il part de l'Intelligence, et tous les êtres qui se trouvent au-dessous de cette Intelligence, il les relie à elle et les attache entre eux ; tous les dieux, il les conjoint à l'intelligible Beauté ; il unit les démons aux dieux ; il nous unit, à notre tour, aux démons et aux dieux.... L'Amour tient le milieu entre l'être qui aime et l'objet aimé, comme le démon entre l'homme et le dieu ; et ce rôle d'intermédiaire établit, entre l'Amour et le démon, plus d'un trait commun. »

Il est donc clair que Proclus, avec tout le Paganisme, voit toujours dans l'amour un désir qui monte de l'inférieur vers le supérieur, jamais une bienveillance qui descende du supérieur vers l'inférieur.

F. Ravaisson pensait 3 que, pour trouver quelque mention d'un amour de Dieu à l'égard des êtres inférieurs, il la faudrait chercher dans certains écrits théurgïques, par exemple dans celui qui est intitulé Mystères des Egyptiens, des Chaldéens el des Assyriens''. Dans ces écrits, d'ailleurs, la doctrine de l'amour divin ne serait sans doute, à son avis, qu'un emprunt fait aux idées chrétiennes ; ce n'est pas le seul, tant s'en faut, qui se rencontre en de tels livres.

1. Pkocli Op. laud. ; trad. Ficin, éd. cit., fol. 25, r° : éd. V. Cousin, coll. 37«-374

2. Procli Op. laud., éd. V. Cousin, coll. 373-376. — De ce passage, la traduction de Marsile Ficin ne donne qu'nne paraphrase abrégée.

Page 1