‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 188 sur 287 · Iamblichus De mysferiis, cap. IX; éd., cit. fol. 4jr · texte numérisé non relu

Iamblichus De mysferiis, cap. IX; éd., cit. fol. 4jr

2. Iamblichi Op. laud., cap. XI; éd. cit., fol. 4, r°. 0. Iamblichi Op. laud., cap. IX; éd. cit., fol. 4, r°.

Néo-platonisme, ce cjue la Philosophie païenne toute entière eussent refusé d'accorder à Denys. Plus volontiers, la Sagesse antique eût souscrit à ce que le Prêtre chrétien dit 1 de l'amour des choses imparfaites pour le Bien suprême :

« Le Beau, le Bien sont dignes d'exciter le désir et l'amour de toutes choses ; toutes choses les chérissent. C'est à cause du Bien et en vue du Bien que les choses inférieures aiment les objets qui sont au-dessus d'elles et se tournent vers ces objets. »

La Bonté descend ainsi vers les choses, car elle en est la cause efficiente ; les choses montent vers la Bonté, qui est leur cause finale ; ce double mouvement est une double aspiration amoureuse.

« C'est là ce que veulent nous signifier les théologiens 2 lorsqu'ils donnent à Dieu tantôt les noms d'amour et de tendresse, tantôt les noms d'objet aimé, d'objet chéri.

» Il est, en effet, l'auteur de l'amour et de la tendresse ; il les produit et les engendre ; et, d'autre part, il est lui-même aimé et chéri. Il est mû par l'amour et la tendresse ; et c'est en tant qu'objet aimé et chéri qu'il meut les choses ; il se dirige vers les choses, il les oriente vers lui. Voilà pourquoi les théologiens le nomment objet aimable et chéri, car il est beau et bon. D'autre part, ils le nomment amour et dilection, car il est puissance motrice ; il attire les choses en haut, vers lui-même qui, seul, est bon et beau par soi ; ils désignent par là cette manifestation du Bien même par lui-même, cette bienveillante procession vers une éminente union, cette mise en mouvement amoureuse absolument simple, se mouvant elle-même, opérant par elle-même, qui préexiste dans le Bien, qui, du Bien, se répand dans toutes les choses qui existent, et qui se réfléchit pour revenir au Bien. En cette procession, l'Amour divin n'a ni commencement ni fin ; il est semblable à un cercle éternel ; il est en vue du Bien, il est issu du Bien, il subsiste dans le Bien, et il revient au Bien ; rien ne saurait le faire dévier de cette perpétuelle circulation. »

Le Livre des Causes nous avait montré comment l'Intelligence se connaissait elle-même et comment, sans sortir d'elle-même, par cette connaissance qui se fermait sur elle-même, elle connaissait toutes choses. Ici, ce n'est plus la connaissance, c'est l'amour qui, au sein du Bien suprême, décrit un semblable cycle, et qui, sans sortir de la souveraine Bonté, comprend en lui l'amour de Dieu pour toutes choses et détermine l'amour de toutes choses pour

1. Dionysii Areopagitje De divinis nominibus Cap. IV, art. io; éd. cit., t. 1, p. 503.

2. Dionysii Areopagit.e Op.laud., Cap. IV, art. i4j éd. cit., t. I,pp. 667-568.

LES SOURCES DU NÉO-PLATONISME ARABE

Dieu. Transfigurant l'une des plus profondes pensées de Proclus, Denys en tire un commentaire magnifique des enseignements de Saint Paul et de Saint Jean.

Mais le Bien suprême que Denys contemple ne serait pas encore le Dieu des Chrétiens si son amour pour les créatures, en déterminant les créatures à aimer le Créateur, ne les pressait pas de s'aimer les unes les autres. Ouvrons encore le traité Des noms divins.

En même temps que les rayons du cercle se rapprochent du centre, ils se rapprochent les uns des autres ; « plus ils s'unissent au centre1, plus ils se conjoignent entre eux ; plus ils s'éloignent du centre, plus ils divergent. » Née de l'amour du Bien suprême pour les choses, l'aspiration des choses vers le Bien suprême doit s'accompagner d'une tendance des choses les unes vers les autres. Au double mouvement que nous avons décrit, mouvement de descente des choses d'en haut vers les choses d'en bas, mouvement d'ascension de celles-ci vers les objets supérieurs, nous devons joindre un troisième mouvement amoureux quia pour objet d'unir entre eux les êtres situés au même niveau.

C'est ce que Saint Hiérothée exprime en cet hymne2 :

« Qu'est-ce que l'amour? Qu'il soit divin ou angélique, qu'il soit spirituel, animal ou qu'il siège en la matière inanimée, nous dirons que c'est une force ou une puissance qui a pour effet l'union et le mélange. Cette force meut les choses supérieures afin qu'elles pourvoient aux choses inférieures ; les objets qui sont de même ordre, elle les meut vers une mutuelle communion; enfin les choses inférieures, elle les tourne vers celles qui sont au-dessus d'elles. »

Denys répète presque textuellement ces paroles 3. Il insiste à plusieurs reprises sur la pensée qu'elles renferment. « C'est en vue du Beau et du Bien, écrit-il4, c'est à cause du Beau et du Bien que les choses inférieures aiment les objets supérieurs et se tournent vers eux. C'est pour la même raison que les choses de même ordre aiment leur semblables et s'unissent à elles. Que les objets les plus élevés aiment les moindres et exercent envers eux une providence, que chaque être s'aime lui-même et tende à se conserver, c'est par désir du Beau et du Bien que tous les êtres veulent et font ce que nous leur voyons vouloir et faire. »

Le Bien suprême, en donnant naissance au mutuel amour des

1. Dionysii Areopagit^e De divinis nominibus Cap. V, [art. G; éd. cit , t. I, p. 69.V

2. Dionysii Areopagit.e Op. laud., Cap. IV, art. i5 ; éd. cit., t. I. pp. 568-669.

3. Dionysii Areopagit\e Op. laud., Cap. IV, art 12; éd. cit'., t I, p. 566. 4- Dionysii Areopagit.e Op. laud., Cap. IV, art. 10; éd. cit., t. T, p. 563,

la crue dp: l'aristotélisme

objets inférieurs, y est un principe de paix. « Donnons 1 nos louanges pacifiques à cette paix divine, princesse de la conciliation. C'est elle qui conjoint toutes choses, qui engendre et produit la concorde et l'union de toutes choses ; et c'est pourquoi toutes choses désirent cette paix qui peut seule ramener leur multitude et leur division à l'unité et à l'intégrité, qui, seule, est capable de faire succéder une concorde durable à la guerre intestine de l'Univers. »

« C'est Dieu 2 qui est, par lui-même, l'auteur de la paix, de la paix universelle aussi bien que des trêves particulières ; c'est lui qui rapproche toutes choses en une mutuelle union ; par cette union, tous les êtres sont soudés les uns aux autres, sans aucune distance ni divergence ; et cependant, chacun d'eux garde son individualité ; il conserve la pureté qui convient à son espèce, sans être aucunement souillé par le mélange des êtres qui lui sont contraires ; rien ne trouble cette exacte union, cette parfaite pureté, »

Cette pacifique union n'exclut nullement la variété de l'Univers. « La diversité, la distinction est une propriété de chaque chose 3. Or chaque chose persévère en l'état qui lui est propre, car elle ne veut point périr.... Nous regarderons donc cette tendance comme un désir de paix. Chaque être, en effet, aime à garder la paix avec lui-même, à demeurer uni à lui-même, à posséder toutes ses parties dans l'intégrité et l'immobilité. »

La paix de l'Univers n'est point, non plus, incompatible avec la perpétuité de certains mouvements : « Si les choses qui se meuvent4 n'aspirent pas au repos, si leur volonté, au contraire, est de se mouvoir d'un mouvement perpétuel, ce désir de mouvement dépend, lui aussi, de la tendance vers cette paix divine et universelle ; cette paix garde chaque chose et lui défend d'échapper à sa nature ; à tous les objets qui se meuvent, elle conserve la vie motrice qui leur est propre : elle empêche que cette vie ne se dissipe et ne se détruise elle-même ; elle veille afin que chacun des mobiles ait la paix avec lui-même, afm qu'en retenant cet élat de paix, il puisse accomplir l'œuvre qui est sienne. »

Pour décrire l'harmonie qui accorde entre elles les diverses parties du Monde, Dcnys n'avait pas eu besoin de grandement innover. La contemplation de cette harmonie était l'un des

1. Dionysii A REOPAGITMS Op. laud., Cap. XI, art. i , éd. cit., t. I, p. 8^ r .

2. Dionysii Arropagit/e Op. laud., Cap. XI, art. 2 ; éd. cit., t. I, p. 8/|2. ?). Dionysii AuKOivujiT/K Op. laud., Cap. XI, art. ?■> ; éd. cit., t. I, p. 844- 4- Dionysii Aiœopagi™ Op. laud., Cap. XI, art. l\ ; éd. ci!., t. I, p. 844-

LES SOURCES DU NKO-PLATONISMK A.RABE

thèmes favoris de la philosophie stoïcienne ; c'est ce thème que développaient les beaux vers de Marcus Manilius1.

En ce point, comme en beaucoup d'autres, le Néo-platonisme s'était mis à l'école du Stoïcisme ; Plotin, par exemple, avait parlé de la connexion des diverses parties de l'Univers comme l'eût pu faire le plus fidèle disciple de Chrysippe 2.

L'enseignement de Plotin avait été recueilli par ses successeurs ; nous en retrouvons, par exemple, un souvenir très exact dans le traité Sur les songes composé par Synésius.

« L'Univers, dit Synésius3, compatit à lui-même et conspire avec lui-même ; il faut donc que les parties de cet' Univers conviennent et s'accordent les unes avec les autres, en tant

qu'elles sont parties d'une chose une et d'un tout Entre ces

diverses parties, il y a une sorte d'accord et, aussi, un certain désaccord ; le Monde, en effet, n'est pas simplement une chose une ; c'est une chose une composée de plusieurs choses ; en lui, donc, les parties sont tantôt concordantes et tantôt discordantes ; mais leur désaccord même aboutit à l'accord de l'Univers ; de même, dans une lyre, il se trouve des tons dissonants et des tons consonants ; mais, à la lyre comme au Monde, il appartient d'unir les opposés en vue de l'harmonie de l'ensemble. »

Si, d'ailleurs, Synésius, comme Plotin, comme les Stoïciens, décrit cette harmonieuse connexion des diverses parties de l'Univers, c'est, comme Plotin et comme les Stoïciens, afin de justifier les diverses sortes de divination.

« Toute chose, dit-il, est signifiée par toute chose4, car, dans le Monde qui forme un être animé unique, toutes les choses sont apparentées entre elles ; ces choses sont donc comme des lettres de toutes formes, phéniciennes, égyptiennes, assyriennes ; elles sont écrites dans l'Univers comme dans un livre. Ces lettres, le savant les lit ; et le savant, c'est celui qui a étudié la nature des choses...... »

« Il est savant 3, celui qui possède la parenté que les diverses parties du Monde ont entre elles. Il peut, en effet, les tirer l'une par l'autre ; il tient celles qui lui sont présentes comme des gages de celles qui sont absentes. »

1. Voir: Première partie, Ch. XIII, g VI; t. II, pp. 3o5-3o8.

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