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3. Procli Commentarium in Platoùis primum Alcibiadem (Procli philosophi platonici Opéra inedita. Éd. Victor Cûusin, Paris, 1864 ; coll. 520-52i).

LA. CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

Ailleurs, les termes que Proclus emploie 1 pour opposer l'espèce définie à l'ouata moins déterminée, ce sont ceux de propriété (LSioTYi?) et de subsistance (uTiapqtç). « Le dieu est dans les démons, dit-il, comme le démon est dans les dieux ; mais ici, c'est la uTcapÇiç cpii est divine et l'analogie qui est démoniaque ; dans les démons, au contraire, l'tôi&tfriç est démoniaque, et c'est l'analogie qui manifeste l'ouata divine. »

Toujours, donc, lorsque Proclus met le terme ouata en opposition avec quelque autre terme, c'est ce terme-ci, non celui-là, qui implique la détermination la plus étroite et la mieux définie; mais lorsqu'il n'a pas l'intention d'établir une telle opposition, il emploie le mot oùata en divers sens ; l'un de ces sens, que Plotin regardait comme le plus propre, exprime l'être indéterminé ou affecté d'une détermination très vague ; des deux autres sens, que Plotin tient pour impropres, le premier implique la détermination spécifique et le second la détermination individuelle.

Au plus général de ces sens impropres, le nom d'oùata peut équivaloir à celui d'stooç, employé, comme le fait Platon, pour désigner l'espèce séparée, éternellement subsistante ; c'est dans ce sens que l'Ame humaine, prise à part des corps, considérée dans son immortelle unité, peut être nommée ouata.

Au sens le plus particulier et, selon Plotin, le plus impropre, déterminée et individualisée par des actualités, par des énergies, tant substantielles qu'accidentelles, qu'on peut appeler êtSvj si l'on use du langage péripatéticien, si l'on prend eï&rj comme synonyme de {jiopcpat, si on l'entend au sens que les Scolastiques ont traduit par formœ, l'ouata devient identique à l'individu tel qu'il subsiste dans le monde sensible. Dans ce sens, chacune des masses distinctes en lesquelles un corps homogène peut être partagé est une oùata, et toutes ces oùatat ont une seule et même espèce, que la langue de Platon eût nommée eîooç.

On voit, par ces exemples, à quelles confusions philosophiques on serait conduit si l'on voulait, à chacun des deux mots ouata, stSoç, attribuer un sens fixe et bien défiai, qui fût le même pour tous les philosophes de l'Antiquité.

Le désir d'opposer aux hérésies des définitions précises et exemptes d'ambiguïté a pressé les Pères de l'Eglise et, particulièrement, les Pères de l'Église grecque de mettre de l'ordre dans ce chaos et de fixer le sens du mot oiata ; mais ils ne l'ont pas fixé

i. Progli Op. laud., éd. cit., coll. 387*388.

LES SOURCKS DU NÉO-PLATONISME ARABE

de la même façon que les philosophes Néo-platoniciens dont Saint Jean Damascène nous a fait connaître les règles 1,

Ceux-ci, rappelons-le, distinguaient trois notions, de plus en plus particulières, à chacune desquelles ils faisaient correspondre une dénomination choisie une fois pour toutes.

Le plus haut degré d'indétermination appartenait à l'oucKa, car ce nom désignait l'existence pure et simple (to àrcXtoç elvat, v\ àîcXûK

L'o-ja-La, informée et spécifiée par les différences spécifiques, devenait la nature (y\ cptaiç) ; la nature désignait essentiellement la même notion que l'espèce proprement dite, l'espèce spécialissime (to elSix&rgTûv stSoç).

La nature ou espèce, à son tour, se subdivisait en individus dont chacun recevait le nom de UTcoa-Tao-iç.

Selon Saint Jean Damascène, les Pères de l'Église ont trouvé cette classification trop subtile, trop inutilement compliquée ; ils se sont attachés à la simplifier ; mais, par là, entre leur langage et celui des philosophes néo-platoniciens, ils ont introduit un disparate, source de malentendus.

Les docteurs chrétiens refusent d'établir une distinction entre l'owna et la cpuo-tç. « Le mot essence, otma, disent-ils, exprime l'idée d'existence (to elvaO : le mot nature, oûo-t.;, l'idée de naissance (to TCE«uxévat) ; or, être né ou exister, c'est tout un (to os slvat xal to Ttf'^uxévaî, TauTov sort). »

Ils vont donc identifier les sens des deux mots où-ta et çttaiç. Par l'un ou l'autre de ces deux mots, ils désigneront ce que désigne tout nom commun, comme ange, cheval, chien et autres semblables. En d'autres termes, l'ouata ou ?u<nç ne sera pas autre chose que l'espèce spécialissime (to sIowwtoctov eï8p;). D'ailleurs, à l'exemple d'Aristote, ils identifieront les deux mots espèce (eïSoç) et forme (p.opcp7Î). « L'espèce et la forme désignent la même chose que la nature. — H [Mîp'?% xal to eI8oç to ai>To p^aive'. T^j ^wet, »

Ainsi, au gré des Pères, où<7ta, <pucnç, êvSoç, [ao'pçtî seront quatre termes synonymes qui exprimeront une seule et même notion.

De cette notion, il faudra distinguer avec soin celle que désigne le terme unbcnaurvç. Est UTîooromç tout ce qu'on marque d'un nom propre, comme Pierre ou Paul, toute chose individuelle qui subsiste par elle-même. L'-j-ootow^, c'est donc l'ouata accompagnée des accidents qui la particularisent et la singularisent, « oùcna

i. S. Joannis Damasceni Fons cor/nUionis sive Dialectica, cap. XXX [Joannis Damascem Opéra omnia. Accurante J. P. Mic-ne. T. I (Palroloqiœ qrœcœ t. XCIV), coll. 58f)-5g6]. Vide supra, p. 344.

LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

4uL£Ta o-ujjLêsê^xoTtov. » Ainsi « c'est à la chose particulière que les Pères de l'Eglise ont donné le nom d'individu, de personne ou de yiroaraa'lç. — To os [j.£pt.xov sxàXstrav aTOuov xal TupoarajTrov xal

ÙTCOOTOtClV. »

Cette distinction si tranchée entre les significations des deux mots obvia, et tiTroorao'tç ne s'introduisit pas d'emblée dans le langage de la Théologie chrétienne; pour les plus anciens Pères, les deux termes étaient synonymes ; ils servaient également à désigner toute chose individuelle et réellement subsistante.

Selon Socrate le Scolastique *, celui qui s'avisa le premier de séparer le sens du mot obvia, du sens attribué au terme uTcoorao-iç, ce fut Osius, évêque de Gordoue. En 324, Constantin avait député Osius à Alexandrie, afin qu'il apaisât le différend entre Arius et Alexandre, évêque d'Alexandrie ; c'est au cours de cette mission que l'évêque de Cordoue s'avisa de distinguer l'ouo-la de la brcov-uaviq^ afin de réfuter plus aisément l'hérésie de Sabellius le Libyen touchant la sainte Trinité.

Mais s'il est un Père qui se soit minutieusement appliqué à définir les significations de ces* deux termes, à poser avec précision les règles que Jean de Damas nous fait connaître, c'est assurément l'illustre contemporain de Thémistius, Saint Basile.

Dans une lettre sur le mystère de la divine Trinité, adressée à son frère Grégoire de Nysse, Basile écrit 2 :

« Parmi les noms, il en est qui se disent de choses multiples et numériquement différentes les unes des autres ; ils ont, en quelque sorte, une signification plus universelle ; tel le mot homme. Celui qui prononce ce nom désigne, par là, la commune nature (xoivti cpuo-(.ç) ; par ce mot, il ne détermine pas un certain homme, un homme que ce nom désignerait en particulier. Pierre, en effet, n'est pas davantage l'homme qu'André, Jean ou Jacques. Comme la signification d'un tel nom est douée de communauté, qu'elle s'étend semblablement à tous les êtres qui se trouvent compris sous ce nom, elle a besoin d'être subdivisée, afin que cette subdivision ne nous fasse plus connaître l'homme en général, mais Pierre ou Jean. Aussi certains noms ont-ils une signification plus particulière qui ne nous fait plus considérer, dans ce qu'ils désignent, la communauté de nature [\ xolvoty^ç T/jç yùveioç), mais la détermination d'une certaine chose [r\ 7upày[j.aT6ç nvoç Tcepiypacpvj) ;

1. Socratis Scholastigi Hisloria ecclesiastica, lib. III. cap. VIII (Patrologiœ grœcœ, accurante J. P. Mig-ne, t. LXVII, coll. 393-3g4)-

2. S Basilii Epistolœ, classis I, epis:. XXXVIII, 2 et 3 [S. Basilii Opéra. Accurante J. P. Mig-ne. T. IV (Patrolog.œ grœcœ t. XXXII) coll. 325-328].

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cette détermination n'a plus rien de commun avec une autre chose de même genre, en tant qu'elle est particularisée ; tels sont les noms de Paul ou de ïimothée. »

Les noms de la première espèce, ceux qui portent sur la commune nature, désignent une oùo-ta.

« Si donc on considère, en deux ou plusieurs choses, ce qu elles ont de commun (xaroc to aùxo ovtwv) ; si, par exemple, considérant Paul, Silvain et Timothée, on cherche la définition (Xoyoç) de l'ouata de l'homme, on ne pourra fournir, à propos de Paul, une définition de cette ouo-ta, une autre définition à propos de Silvain, une autre encore à propos de Timothée ; les termes qui auront servi à définir Voù^ia de Paul s'appliqueront également à la définition de VoÙtIol des autres ; et tous les êtres qui sont définis par un même énoncé de l'oùcrta sont o^oo'jtnoi...

» Nous disons maintenant : Un nom employé d'une manière particulière sert à désigner la GirécTôo-iç. Celui qui dit : l'homme, par le sens indéterminé du nom qu'il fait résonner à nos oreilles, engendre en nous une certaine notion diffuse, en sorte que ce nom met en évidence la nature ; mais la chose subsistante et individuellement définie (to 8s •jcpsartoç xai SyjXoujjievov io'lwç Tcpay^a) n'est aucunement désignée sous ce nom. Celui, au contraire, qui dit : Paul, montre, dans la chose que ce nom désigne, la nature subsistante (uœeorôfxa oùmç). Cela, c'est la uTOo-rao-iç. — ToOto ouv

SGTf.V 7| UTCOOTâfflÇ. »

Saint Basile veut donc que le nom d'oùo-ûx serve uniquement à désigner la nature commune à tous les individus d'une même espèce ; par là, il donne à ce mot le sens que prenait le mot biooç dans la langue de Platon, le sens que Plotin regardait comme le plus convenable parmi les significations impropres.

A l'individu subsistant, auquel Plotin donnait parfois le nom d'oùcna, mais, de son aveu, d'une manière impropre, saint Basile réserve le nom de UTcooràcriç.

Les Pères qui vivaient au temps de Saint Basile n'approuvaient pas tous la distinction entre ou<ng et utïootootiç que posait l'Evêque de Césarée.

En 325, au Concile de Nicée, en dépit de la présence et de la grande influence d'Osius, « on ne dit pas un mot » 1 de la distinction entre l'ouata et la uTcoorao-iç ; ces deux termes furent, très certainement, tenus pour synonymes. On en trouve la preuve dans l'anathème dont ce concile frappe quiconque oserait prétendre

i. Socrates Scholasticus, loc. cit.; éd. cit., coll. 393-394.

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que « le Fils est d'autre o'jo-ia ou U7roo,Tao,iç (è| Itlpaç UTuoaràTswç Tj oùo-'laç) que le Père. » On s'étonne qu'en 375, Saint Basile ait cru1 trouver dans ce texte une raison de distinguer entre les significations de ces deux termes, de déclarer que « Foùc-La n'est pas la même chose que la U7toara<uç, oti uîuoffTomç xal oOo-ta où -auTov

Saint Athanase, qui avait siégé parmi les Pères de Nicée, semble avoir gardé, mieux que Saint Basile, la tradition de leur langue ; il avait, d'ailleurs, horreur des disputes de mots ; aussi écrivait-il % vers l'année 369 : « La U7coaTa<nç, c'est l'ouata, et ce que ces termes signifient, ce n'est pas autre chose que l'être [zo ov).... La 'jTrooraa-tç et l'oùa-'la, c'est la même chose que l'existence (Gîtapjiç). » Aristote ne se fût pas refusé à contresigner cette phrase.

Au concile d'Alexandrie, réuni en 362, sur l'initiative d' Athanase et d'Eusèbe de Verceil, en vue de mettre fin au schisme d'Antioche, il fut décidé3 qu'on n'appliquerait jamais à Dieu ni le terme oùcna ni le terme biçàvçouriç, sauf dans le cas où l'on se proposerait d'écarter l'erreur des Sabelliens.

Saint Jérôme constatait le désordre et le danger d'hérésie que mettait dans l'Église la divergence entre ceux qui entendaient au même sens les deux mots oùxia et 'j7ï6araG"t.ç, et ceux qui en séparaient les significations. Ecrivant, vers la fin de l'année 376, au pape Saint Damase, il disait 4 : « L'école des lettres séculières toute entière n'a jamais, sous le nom de uTOoraenç, reconnu autre chose que l'oùa-ia. » Et ce mot oàua, il le traduisait indifféremment en latin par nalura ou substantia.

Sitbstantia est, en effet, le terme latin par lequel on traduisait le mot grec oùcna, alors qu'on n'en voulait pas distinguer la signification de celle du mot UTuocracnç. De cette vérité, le Symbole de Nicée nous donne, peut-on dire, la confirmation officielle ; 6|xoou<rw>; y est traduit par consubstantialis.

Mais en dépit de Saint Athanase et de Saint Jérôme, l'Eglise

1. Sancli Basilii Epistolœ ; ap. veleres ediliones, ep. CCCXLIX ; apud éd. Mig-ne, epist. CGXIV. [Saucti Basilii Opéra. Accurante Mig-ne. T. IV (Patrologiœ Grœcœ t. XXII) coll. 787-790].

2. Sancti Athanasii E pistolet, sijnodica ad A/ros episcopos, 4 [Sancli Athanasii Opéra. Accurante Mig-ne. T. Il (Puirologiœ Grœcœ t. XX coll. io35io36].

3. Sociiates Scholasticus, toc. cit.; éd. cit., coll. 3q3-3q(>.

4. Sancti Hieronymi Epistolœ; epistola ad Dainasum papam. Ap. veteres editiones, ep. LVII ; ap. éd. Benedictinam, epist. XIV; ap. éd. Mienne, ep. XV. [Sancti Hieronymi Opéra omnia. Accurante Mig-ne. T. I [Pa/rologiœ latiriœ t. XXII) coll. 356-357].

LES SOURCES DU NÉO-PLATONISME ARABE 3#Ô

d'Occident voulait user, elle aussi, de la distinction recommandée par Saint Basile ; partant, philosophes et théologiens latins souhaitaient de posséder un terme qui correspondit à I'ouo-lo. des Grecs ; ils forgèrent le néologisme : essentiel.

« De même, dit Saint Augustin que sapientia est ainsi nommée de sapere, essentiel est ainsi nommée de esse ; c'est un nom nouveau, dont les anciens auteurs latins ne se sont point servis; mais l'usage s'en est établi de notre temps, afin que notre langue ne fût pas incapahle d'exprimer ce que les Grecs nomment oùtfta, »

Si l'on traduit où<na par essentia, essence, on pourra très exactement rendre UTuorrao-iç par substantiel, substance.

\J essence est . alors ce qui constitue la nature commune à tous les individus d'une même espèce ; elle désigne ce que Platon nommait êlSoç.

La substance, c'est l'individu réellement subsistant.

Thémistius ne fait pas usage des termes définis avec précision par son contemporain Saint Basile. Mais rien ne nous empêche d'user, pour traduire sa pensée, des mots essence, substance, en leur donnant respectivement les sens que Saint Basile attribuait à oùo-ia, uïtoffTacrtç.

Lors donc que Thémistius prononcera le mot îiôwp, en désignant par là une masse d'eau individuelle, nous dirons qu'il désigne une substance ; lorsqu'il formulera cette locution : to 8 Son slvai, être de l'eau, avoir la nature de l'eau, nous dirons qu'il parle de Yessence spécifique de l'eau. C'est par cette distinction entre l'essence spécifique et la substance individuelle qu'il prétend, sous l'inspiration évidente de Plotin, éclaircir la constitution de l'âme humaine.

« La substance de l'eau, dit Thémistius % et l'essence aqueuse, ce sont deux choses différentes. La substance de l'eau, c'est ce qui est composé de matière et de forme ; mais l'essence aqueuse, c'est la forme de l'eau et ce par quoi elle est de l'eau. Chaque chose, en effet, est [spécifiquement] caractérisée non par sa matière, mais par sa forme. — "AXXo jjlév èoriv -jôtop, aXko oà uoaTi ôlvou- ùôcop piv yàp to £<; etSouç xal uXyjç, to 8è uôcm slvat. to slôoç sort toO uBaTOç xal xaO' o èaw liotop* sxaarov yàp où xaxà t/jv j At,v, &Xkk xa?à T7jv uLopcpr.v yapaxT7,ptç£TaL.. Mais il n'en est pas de même pour toutes choses... 11 n'en est pas de même pour les choses qui sont simples et abso-

i. S. Aurelii Augustini De civitate Dei lib. XII, cap. II.

•2. Themistii In tibros Aristotelis de anima paraphrasis, E. Edidit Ricardus Heînze, Berolini, MCGCIC, pp. 95-96.

LA CRUE DE l'àRISTOTÉLISME

lument exemptes de matière; en une telle chose, en effet, la raison par laquelle elle est un certain être, et la forme par laquelle elle est de telle espèce sont identiques à la nature entière de la chose. — 'AXX' oùx sTciTtàvTajv o^oito;- ... etTt, aiAov 7uavT£Âwç xalâicXoûy-, ecp' cov 6 Xoyoç toG T'1 TjV slyaî, xal to £î.ôoç xa9' o sort txutov £<7Tt.v oArj

T'?| 0'JC"£!. TO'J TCpàyjJLaTOÇ. »

Ainsi, en toute chose qui a matière et forme, une substance résulte de l'union de la forme avec la matière, tandis que la forme seule constitue l'essence ; dans une chose dénuée de matière, l'essence et la substance, identiques entre elles, se confondent l'une et l'autre avec la nature même de cette chose. Telle est la doctrine formulée par Thémistius.

« Puis donc qu'en toute chose composée de puissance et d'acte *, la substance (to -68s) diffère de l'essence (to twOe slvou), il faut bien que le moi (to sya>) soit distinct de mon essence (to sjjloI eïvai) ; le moi, c'est l'Intelligence composée par l'union de l'Intelligence en puissance et de l'Intelligence en acte, tandis que mon essence est constituée par l'Intelligence en acte (xal eyw pièv 6 cruyxe^svoç vouç £X toG Buvàjjisi, xal toO evepyeia, to oe sp.ol slvaî, £X tou èvepyetqt £0-t'1v). Lors donc que je conçois ces pensées et que je les écris, c'est l'Intelligence composée par l'union de l'Intelligence en puissance et de l'Intelligence en acte qui écrit, mais si elle écrit, ce n'est pas en tant qu'elle est Intelligence en puissance ; c'est en tant qu'elle est Intelligence en acte ; c'est de celle-ci, en effet, qu'elle tire son activité. » Quant à mon essence, qui est en même temps l'essence commune de tous les hommes, l'essence spécifique de l'homme, elle consiste en ce qui est la forme par excellence, la forme des formes de l'âme humaine, en l'Intelligence active. Voilà pourquoi, bien loin de prétendre, avec Alexandre, que l'Intelligence active est un être divin, nous devons dire : l'Intelligence active, c'est ce qui caractérise l'espèce humaine, l'Intelligence active, c'est nous

tOUS 2, fH[JL£tÇ OUV 6 7C017JTW0Ç VOUÇ. ))

Cette théorie de l'intelligence humaine soulève bien des problèmes.

L'Intelligence active et l'Intelligence en puissance sont toutes deux douées d'unité ; comment l'Intelligence formée par la synthèse des deux premières peut elle se subdiviser en individus multiples? Gomment peut-elle constituer le moi d'Alexandre d'Aphrodisias, qui porte certains jugements, et le moi de Thémistius, qui rejette ces mêmes jugements ?

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