‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 206 sur 287 · Al Kindi, Op. taud., éd. cit., pp · texte numérisé non relu

Al Kindi, Op. taud., éd. cit., pp

LE NÉO-PLATONISME ARABE

ligcnce [effective] ne sont qu'une seule et même chose, qui est, à la fois, ce qui connaît et ce qui est connu. L'intelligence et ce qui est connu d'elle, en tant qu'ils sont dans l'âme, sont donc une même chose. Mais l'Intelligence qui est toujours en acte, celle qui tire l'âme pour en faire l'intelligence effective, d'intelligence en puissance qu'elle étâit auparavant, celle-là n'est pas même chose que ce qui est connu. Du côté, donc, de l'Intelligence première, cette Intelligence première et l'intelligible que l'âme connaît ne sont pas une même chose ; mais, du côté de l'âme, l'intelligence qui connaît et ce qui est connu sont une même chose. »

La connaissance des formes intelligibles est, en l'âme, un effet que produit l'Intelligence première; mais en s'identifiant a la forme intelligible qu'elle conçoit, l'âme ne s'identifie pas, pour cela, à l'Intelligence première.

(Ju'est-ce, d'ailleurs, que cette Iutelligence toujours en acte, que cette Intelligence première ? Dans son court opuscule, Al lundi ne s'explique aucunement à cet égard, non plus qu'au sujet des conséquences que la théorie de l'Intelligence séparée peut produire touchant la survie de l'âme.

Sous le titre : De intelleclu ou : De intellectu et inlelligibili, le Moyen Age chrétien a connu le traité qu'Ai Fârâbi avait lui-même intitulé : Des divers sens du mot Intelligence. Ce dernier titre marquait exactement l'objet visé par le philosophe arabe ; celui-ci se proposait d'éclaircir les sens multiples que le mot : intelligence (voùç) prenait dans les divers écrits d'Aristote.

Lors donc qu'au cours des traités du Stagirite, Al Fârâbi rencontre ce mot : vo'jç, accompagné de quelque qualificatif nouveau, il entend tout aussitôt prouver qu'il s'agit d'un sens nouveau de ce mot et, partant, d'une nouvelle intelligence ; par là, il est amené à compliquer plus que de raison la doctrine péripatéticienne.

Ainsi, au traité De famé, se rencontrent ces quatre expressions : NoGç sv o'jvàus'., voùq sv svspvsr.a, vouç êtcIxttjtoç, vouç tcqititucoç. Notre auteur n'hésite pas à enseigner 1 qu'elles désignent quatre intelligences distinctes : L'intelligence en puissance, l'intelligence en acte, l'intelligence acquise, l'intelligence active.

En admettant l'existence de quatre intelligences distinctes, Al Fârâbi se rapproche de son prédécesseur Al lundi ; mais entre les doctrines de ces deux auteurs, l'analogie ne se poursuit pas longtemps. Al Fârâbi se sépare de tous ceux qui ont, avant lui, commenté Aristote, et cela de la manière suivante.

i. Alfahabi's Abhandhingen, p. 66.

LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

Les divers commentateurs d'Aristote ont été guidés par le désir de rendre la théorie de l'intelligence semblable à la théorie péripatéticienne de la substance ; de retrouver, dans l'intelligence, les équivalents de la matière, delà forme et du composé substantiel; aussi ont-ils regardé l'intelligence acquise, levoGç £7uxty}Toç, comme ce qui résulte de l'union de l'Intelligence active avec l'intelligence en puissance ; cette intention est particulièrement nette dans la doctrine de Thémistius.

Tout autre est la pensée d'Al Fârâbi. Aucune des quatre intelligences qu'il considère n'est, à deux autres intelligences, ce que le composé substantiel est à la matière et à la forme; ces quatre intelligences se superposent de telle sorte que chacune d'elles joue le rôle de forme par rapport à celle qui lui est immédiatement inférieure et le rôle de matière par rapport à celle qui lui est immédiatement, supérieure.

Examinons les caractères qui définissent et hiérarchisent les quatre intelligences.

Tout d'abord, « l'intelligence en puissance 1 est quelque chose comme une âme, ou une partie d'une âme, ou quelqu'une des forces d'une âme. » Par ces mots, assurément, Al Fârâbi entend, tout d'abord, affirmer que l'intelligence en puissance est unie à un corps. « C'est un être, poursuit-il, qui a capacité et disposition pour abstraire, en tout ce qui existe, les essences et les formes, pour les séparer des matières où elles résident et, de l'ensemble de ces formes privées de matière, pour se faire une forme à luimême. »

Les formes qui sont unies à la matière dans les divers êtres sujets à la génération et à la corruption constituent l'intelligible 2 ; mais tant que ces formes demeurent unies aux matières qui, hors de l'âme, leur servent de sujets, elles sont seulement intelligibles en puissance ; pour devenir intelligibles en acte, pour constituer, par leur ensemble, l'intelligible en acte, il faut d'abord qu'elles soient, par l'abstraction, détachées des matières qui les portent.

Mais ces formes ne peuvent exister sans résider en un certain sujet, en une certaine matière 3 ; une fois que l'abstraction les a détachées des matières extérieures à l'âme auxquelles elles étaient unies, il leur faut, pour continuer de subsister, trouver une nouvelle matière qui les reçoive ; l'intelligence passive leur fournit cette matière ; reçues en l'intelligence passive, ces formes sont

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