Alfarabi's Abhandlungen, pp
LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME
de matière dont notre âme peut acquérir la connaissance se doit considérer à deux points de vue, d'une part, tel qu'il est en nous, d'autre part, tel qu'il est en lui-même et hors de nous ; mais ces deux manières différentes de le considérer ne correspondent pas à deux existences distinctes ; dans un cas comme dans l'autre, cet ensemble existe identiquement de la même manière et constitue la même Intelligence active,
La seule distinction qu'il faille établir est celle-ci : L'existence que l'Intelligence active possède continuellement en elle-même, elle ne la possède en nous que d'une manière passagère, pendant que nous pensons les formes exemptes de matière.
Lors donc que nous pensons ces formes, nous pouvons dire que l'Intelligence active existe en nous ; nous pouvons dire aussi que nous les recevons de l'Intelligence active qui existe hors de nous ; les deux locutions n'en font qu'une, puisque ces forhies ont identiquement la même existence, soit en nous, soit hors de nous. « Cette expression1 : Ce qiiil y a, en nous, qui provient de r Intelligence active, et cette autre expression : En nous, ce qui est r Intelligence active, sont une seule et même expression ; cette expression désigne les formes qui ne subsistent pas en des matières et qui n'y ont jamais existé. En effet, à l'égard de ce qui est, en nous, l'Intelligence active, nous disons que cela existe en nous ; mais nous devons, exactement de la même manière, dire, de ces formes, qu'elles existent dans l'Univers. »
Pour établir la hiérarchie des intelligences, nous avons été conduits à établir une hiérarchie des formes dont notre âme peut avoir connaissance.2.
Parmi les formes qui n'ont jamais été unies à des matières, il y a une gradation descendante, depuis celles qui constituent l'Intelligence active jusqu'à celles qui forment l'intelligence acquise. Mais la descente des formes ne s'arrête pas là. Nous trouvons, au dessous, les formes de l'intelligence en acte, puis celles qui constituent les vertus des âmes, puis celles qui résident en la Nature. Les formes ne cessent ainsi de s'abaisser, jusqu'à ce que nous parvenions aux formes des quatre éléments qui, de toutes, sont les plus humbles^
Cette continuelle préoccupation de hiérarchiser les êtres, de les disposer suivant les degrés d'une échelle qui monte de la Matière
i. Alfarabi's Abhandlungen, p. 72. Au lieu d'Intelligence active (ttitige Intellect), le texte allemand porte : Intelligence en acte (actuelle Intellect); le contexte dissipe cette confusion.
. 2. Alfarabi's Abhandlungen, pp. 72-73.
LE NÉO-PLATONISME ARABE
première jusqu'à Dieu, c'est bien la tendance dominante du Néoplatonisme hellénique ; cette tendance avait entraîné Proclus aux subdivisions les plus arbitraires et les plus compliquées. Cette préoccupation hante également Al Farâbi et, par lui, elle va se transmettre à tout le Néo-platonisme arabe.
La doctrine néo-platonicienne inspire, d'ailleurs, tout ce qu'Ai Fàrâbi va nous dire de l'existence de l'Intelligence active dans l'Univers; nous y reconnaîtrons plus de souvenirs de la Théologie d Aristote que d'enseignements reçus du Stagirite ou d'Alexandre d'Aphrodisias.
Autant d'hommes, autant d'intelligences en puissance, d'intelligences en acte, d'intelligences acquises. Il n'en va pas de môme de l'Intelligence active. Il n'existe, dans l'Univers, qu'une seule Intelligence active, incapable de se subdiviser en individus divers. « Il est incontestable 1 que l'Intelligence active est indivisible ou que son être consiste en choses indivisibles. Elle communique à la matière des images de ce qui existe en elle ; mais ces images, la matière ne les peut recevoir que d'une manière divisée...
» Nous pouvons dire que toutes ces formes existent seulement en puissance dans l'Intelligence active ; mais ce terme : en jouissance, ne doit pas être compris dans ce sens que l'Intelligence active est seulement, tout d'abord, douée du pouvoir de recevoir en elle-même les formes qui n'y résideront que plus tard ; par ce terme : en puissance, nous entendons exprimer ici que l'Intelligence active imprimera les formes dans la matière ou, en d'autres termes, qu'elle possède la capacité de distribuer des formes à la matière. »
C'est aussi par l'opération de cette Intelligence active que l'intelligence passive reçoit les formes abstraites qui la font passer à l'état d'intelligence en acte. « C'est elle2 qui, de cette substance qu'est l'intelligence passive, fait une intelligence en acte ; qui, de l'intelligible en puissance, fait l'intelligible en acte.
» L'Intelligence active joue, à l'égard de l'intelligence en puissance, le rôle que le Soleil joue à l'égard de l'œil ; tant que l'œil demeure dans les ténèbres, il n'a qu'en puissance la faculté de voir; la notion d'obscurité est celle d'une visibilité qui existe en puissance, mais k laquelle l'existence en acte fait défaut ; la visibilité actuelle requiert l'éclairement émis par une source de lumière ; lorsque le rayon de Soleil parvient à l'œil, au travers