‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 222 sur 287 · Averroès, Op. laud., toc. cit · texte numérisé non relu

Averroès, Op. laud., toc. cit

LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

» 11 en est ainsi jusqu'à ce qu'on parvienne à une Intelligence d'où sont issus l'Ame de l'orbe de la Lune, le corps de cet orbe et une dernière Intelligence qu'on nomme l'Intelligence active.

» Vient ensuite, sous l'orbe de la Lune, la Matière qui reçoit de l'Intelligence active la génération, la corruption et les opérations naturelles. En outre, par l'effet des mouvements des orbes et des astres, les matières se mêlent en diverses combinaisons d'où proviennent les minéraux, les plantes et les animaux...

» Les Intelligences qui sont après le premier Principe sont donc au nombre de dix et les orbes au nombre de neuf ; la somme de tous ces principes supérieurs qui viennent après le premier Principe est dix-neuf. Immédiatement au-dessous de chacune des Intelligences premières, il y a trois choses : Une Intelligence, l'Ame d'un orbe et le corps de cet orbe. »

L'ordre de l'Univers présente donc à notre contemplation quatre classes d'êtres créés ; ces classes sont subordonnées les unes aux autres et, dans chaque classe, les êtres qui la forment se disposent eux-mêmes suivant une gradation descendante. Ces quatre classes de créatures sont celle des Intelligences séparées, celle des Ames célestes, celle des sphères astrales, enfin celle des êtres soumis à la génération et à la corruption.

Par un rapprochement bien naturel entre les enseignements de leur métaphysique et les dogmes de leur religion, les philosophes arabes n'hésitent pas à donner le nom d'Anges aux Intelligences séparées qui suivent le premier Principe et aux Ames des orbes célestes.

« A partir du moment où l'être prend son commencement dans le premier Principe, dit Avicenne1, toute chose qui en suit une autre est d'un ordre inférieur à celle qui la précède, et l'ordre ne cesse de descendre de degré en degré.

» Dans cette descente, le premier degré est celui des Anges spirituels et dépouillés de matière qu'on nomme Intelligences.

» Vient après l'ordre des Anges spirituels qu'on appelle Ames ; ceux-ci sont les Anges administrateurs.

» Puis nous trouvons l'ordre des corps célestes, disposés selon le degré décroissant de noblesse, jusqu'à ce qu'on parvienne au dernier d'entre eux.

» Puis commence l'être matériel qui reçoit des formes engendrées et susceptibles de corruption

i. Avicenn/E Metaphysica, Lib, II, tract. X, cap. I.

LE NÉO-PLATONISME ARABE

» Ce qui est produit tout d'abord par le Principe, c'est l'Intelligence, puis l'Ame, enfin le corps. »

Al Gazâli écrit d'une manière semblable 1 :

« Nous parlerons d'abord des corps que contient l'orbe de la Lune, et nous montrerons comment ils signalent l'existence et les mouvements des cieux.

» Nous traiterons ensuite des cieux et des causes de leurs mouvements.

» Puis nous parlerons des Ames, qu'on dit être des Anges célestes spirituels, et des causes de leur mouvement ; enfin des Intelligences qu'on dit être les Anges les plus voisins [de Dieuj ou Chérubins2. »

Chaque Intelligence, après la Cause première, donne l'existence à trois choses. Cette création, elle la produit comme le premier Principe produit la première création ; elle la réalise par sa seule connaissance. Mais la connaissance que la Cause première a d'ellemême est absolument simple ; partant, elle ne produit qu'un être unique, la première des Intelligences créées. Chacune des Intelligences créées, au contraire, donne naissance à une trinité, parce que la science qu'elle possède n'est plus simple, mais triple.

Cette Intelligence, nous dit Al Gazâli 3, « connaît, tout d'abord, son principe ; puis elle se connaît elle-même ; enfin, en se considérant elle-même, elle reconnaît qu'elle est, par elle-même, simplement possible (possibilis), car la nécessité de son existence provient d'un autre, et non pas d'elle-même; et ces trois connaissances sont différentes. A la plus noble de ces trois connaissances, il convient d'attribuer le plus noble des trois effets. De l'Intelligence, donc, émane une autre Intelligence par le fait qu'elle comprend son principe ; par le fait qu'elle se connaît elle-même, l'Ame d'un orbe émane d'elle ; de ce qu'elle se reconnaît possible par elle-même, résulte l'émanation du corps de cet orbe. »

Ces mêmes pensées, Al Gazâli les avait exposées, avec un peu plus de détail et quelques divergences, dans un des traités de sa Philosophie 4.

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