‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 226 sur 287 · Avicenne, loc. rit · texte numérisé non relu

Avicenne, loc. rit

2. Ce titre désigne Aristote, par opposition à Al Fàràbi qui se réservait à lui-même celui de Second Maître. Un de ses ouvrages est intitulé : Traité des tendances de la Métaphysique a" Aristote par le Second Maître (Alfarabi's Abhandliingen, pp. 54-Go).

LE NÉO-PLATOftJSME A HA BÉ

vements célestes, préparée par les commentaires de Simplicius et du Pseudo-Alexandre, achevée par Al Fârâbi, par Avicennc et par Al Gazàli, ne coordonne de la plus harmonieuse manière les pensées éparses et, parfois, contradictoires en apparence qu'Aristote avait émises.

Nous venons d'étudier le mouvement du ciel en général; il nous faut descendre maintenant à l'examen clu mouvement particulier de chaque ciel.

La théorie exposée par Aristote au xie livre de la Métaphysique attribuait à Dieu le mouvement de la sphère suprême, celle des étoiles fixes ; Dieu était le moteur du mouvement diurne. Les autres Intelligences étaient préposées aux mouvements des diverses sphères destinées à sauver la marche apparente des astres errants.

Il en est autrement dans la théorie d'Al Fârâbi, d'Avicenne et d'Al Gazâli. Dieu, à titre de Cause première, est le moteur de l'ensemble du Ciel ; mais il ne meut en particulier aucune des sphères ; chacune d'elles a son moteur propre. Le mouvement du Ciel est donc à la fois un et multiple ; de Dieu, il tient son unité ; des Intelligences et des Ames affectées aux divers orbes, il tient sa multiplicité. Telle est l'opinion qu'émet Avicenne 1 et qu'il semble attribuer au Stagirite.

« Vous savez que la substance du Bien suprême, premier objet d'amour, est une, en sorte que le premier Moteur de l'ensemble des cieux est nécessairement unique. Mais chacune des sphères célestes a son moteur propre et prochain ; il y a un objet qu'elle désire et aime en particulier. C'est là ce qu'a bien vu le Premier Maître, et les plus savants parmi les Péripatéticiens ont suivi son opinion. Ils n'ont donc pu épargner la multiplicité qu'au Moteur universel, tandis qu'ils ont attribué la multiplicité aux moteurs, soit séparés de la matière, soit non séparés, qui sont propres à chacun des cieux.

» Ils ont donc admis que le premier des principes séparés était celui qui meut la première sphère ; selon ceux qui ont précédé Ptolémée, cette sphère était celle des étoiles fixes ; mais, pour quiconque est expert dans la science qu'a enseignée Ptolémée, c'est une sphère sans étoile qui est située au delà de la sphère des

étoiles fixes et qui entoure cette dernière

» Ces auteurs ont donc reconnu qu'il y a un Moteur de l'universalité des cieux, puis, qu'après ce premier Moteur, chacune des sphères a un moteur qui lui est propre. »

i. Avicenne, toc. cit.

LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

Dans la Philosophie d'Al Gazâli, nous ne voyons plus aucune allusion à ce rôle de moteur de l'ensemble du Ciel qu'Avicenne attribue à Dieu ; ce lien que la théorie d'Ibn Sinâ gardait encore avec la théorie d'Aristote est maintenant rompu ; il n'est plus d'autres moteurs que les moteurs particuliers à chacune des sphères célestes.

« Les Intelligences nues sont multiples, dit Al Gazâli 1 ; on ne saurait accorder que leur nombre fût inférieur à celui des corps célestes.

» On a démontré, en effet, que les divers cieux sont de nature différente ; chacun d'eux occupe un lieu et, par conséquent, est possible ; chacun d'eux exige donc une cause, car d'une cause unique, provient un effet unique ; il faut, par conséquent, que les Intelligences soient multiples afin que d'une cause unique, provienne seulement un unique effet

» Ces Intelligences doivent être objets de désir pour les Ames des cieux. Il y aura donc diversité entre ces Ames, et par la diversité de leurs causes, et par la diversité des désirs qu elles éprouvent de s'assimiler à ces causes.

» Il est impossible, en effet, que l'objet que tous les cieux désirent par leur mouvement soit un objet unique. On montre, en effet, dans les Mathématiques, que les mouvements des corps célestes sont différents les uns des autres. Or, si l'objet de leur désir était unique, leur désir serait, lui aussi, unique.

» Chacun des cieux doit donc avoir une Ame qui lui soit particulière, et qui soit destinée à le mouvoir par sa puissance et par son action. A chacun d eux, une Intelligence nue doit être attribuée en propre, qui soit l'objet de son désir et à laquelle il tende par son mouvement. »

Quel est le nombre des cieux et quel est, par conséquent, le nombre des Intelligences qui président à leurs mouvements ? Les philosophes arabes comptent, en général, neuf sphères, à chacune desquelles une Intelligence est attribuée ; chacun des sept astres errants possède une sphère ; la huitième sphère, celle des étoiles fixes, a pour mouvement propre le mouvement de précession découvert par Ptolémée; la neuvième sphère, dépourvue d'astres, communique à toutes les autres le mouvement diurne.

De cette manière, une seule Intelligence est attribuée à chacun des astres errants. Telle n'était pas l'opinion d'Aristote. Le mouvement compliqué de chacun des astres errants était décomposé

i. Philosophia Algazelis, Lib. I, tract. IV, sententia septima.

LE NÉO-PLÀfONtSItfE AHAUK

en un certain nombre de rotations uniformes ; chacune de ces rotations était attribuée à un orbe sphérique, et le mouvement de chacun de ces orbes avait pour principe une Intelligence particulière. Le nombre des Intelligences séparées ainsi requises pour mouvoir les cieux était beaucoup plus grand qu'en la première façon.

Entre ces deux opinions, Avicenne demeure en suspens.

« Vous savez par ce qui précède, dit-il1, que le mouvement céleste est un mouvement d'être animé ; il provient d'une x\mc capable de choix ; sans cesse, cette Ame choisit une nouvelle situation pour les diverses parties de son corps. D'après cela, le nombre des Intelligences séparées qui viennent après le premier Principe doit être égal au nombre des mouvements distincts.

» Mais il se pourrait que les cercles des planètes fussent d'une nature telle que les divers cercles d'une même planète admissent comme principe de leur mouvement une certaine vertu émanée de la planète elle-même. S'il en est ainsi, le nombre des Intelligences séparées ne suivra pas le nombre des mouvements distincts ; il surpassera de peu le nombre des planètes ; après le premier Principe, il n'y aura que dix Intelligences

» Mais s'il n'en est pas ainsi, s'il est vrai que chacun des cercles se meut vers les Intelligences en étant lui-même juge de son mouvement, s'il en est de même de chacune des planètes, alors les Intelligences séparées seront plus nombreuses. De l'avis du Premier Maître, il résulterait de là qu'elles sont environ cinquante, et même davantage. »

Qu'on adopte Tune ou l'autre opinion, les propositions essentielles de toute cette doctrine demeurent toujours les mêmes. « A chaque ciel2, correspond une Intelligence qui en est le principe propre et prochain ; c'est un principe séparé de la matière ; il est, à l'égard de l'Ame de ce ciel, ce qu'est l'Intelligence active à l'égard de nos âmes. »

L'Intelligence active, en effet, est la dernière en cette hiérarchie des substances séparées; elle est celle qui émane de l'Intelligence propre à l'orbe de la Lune ; selon l'opinion la plus communément reçue, elle occupe le dixième rang. Elle est donc singulièrement déchue de la place que lui assignaient Proclus et la Théologie d'Aristote.

Mais le rôle de l'Intelligence active ne se borne plus, dans le système d' Avicenne et d'Al Gazâli, à mettre en acte cette intelli-

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