Cf. Avicenn^e Metaphf/sicay Lib. II, tract. IX, cap. II
tt NÉO-PLATONISME AîtABE
)) En premier lieu, au sein de l'Ame qui s'efforce de s'assimiler à l'Intelligence, il faut qu'il y ait quelque imagination de la forme qui est recherchée et de l'essence qui est aimée .Sinon, elle aurait volonté de rechercher une chose qu'elle ignore, ce qui est impossible.
» En second lieu, il faut que cette forme lui soit particulièrement utile ; sans quoi l'on ne pourrait comprendre l'ardeur de l'amour.
» En troisième lieu, il faut que l'Ame puisse, selon son aptitude, acquérir cette forme ; si c'était impossible, en effet, on ne pourrait comprendre qu'elle s'efforçât, par une volonté pure et intelligible, de s'assimiler à cette forme. ..
» Il est donc nécessaire que cette Ame saisisse la beauté de l'objet qu'elle aime ; l'image de cette beauté accroît l'ardeur de l'amour; cette ardeur fait que l'Ame regarde en haut et, de là, provient un mouvement par lequel elle se puisse appliquer à l'objet auquel elle se veut assimiler. Ainsi l'imagination de la beauté cause l'ardeur de l'amour, l'amour cause le désir (inquisitio) et le désir cause le mouvement.
» Cet objet aimé, c'est ou bien le premier et vrai Principe, ou bien celui qui est le plus voisin du premier Principe, parmi les Anges qui en sont proches, c'est-à-dire parmi ces Intelligences nues, éternelles et immuables auxquelles ne manque aucune des perfections qu'il leur est possible de posséder. »
Mais ce désir éprouvé par l'Ame de chaque ciel, vers quoi tendil? Qu'est-ce qu'un ciel peut souhaiter d'acquérir? Al Gazâli, coordonnant les pensées d'Avicenne *, va encore nous le dire :
« Toute tendance à l'acquisition est dirigée vers ce qui est propre à donner l'existence nécessaire, à ce qui demeure continuellement en acte, à ce dans quoi il n'est rien en puissance. Car c'est une imperfection, pour un être, qu'il se trouve en lui quelque chose en puissance ; cela signifie, en effet, qu'il ne possède pas dans leur plénitude les choses qu'il peut acquérir. Tout être, donc, dans lequel il y a, d'une certaine manière, quelque chose en puissance, est imparfait de cette même manière ; ce que cet être recherche, c'est simplement l'arrivée à l'acte de ce qui, en lui, est en puissance. Le désir de tout l'Univers tend donc à acquérir de la perfection...
» Or le corps du ciel n'est aucunement en puissance, car il n'a pas commencé d'exister. Il n'est en puissance ni par les tendances de son essence ni par sa figure ; par ces choses, il est en acte ; il possède tout ce qu'il lui est possible d'avoir. De toutes les figures,
t. Cf. AviCENN^E Metaphysica, Lib. II, tract. IX, cap. II.
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LA CRUE DE i/aÎUSTOTÉLISME
il présente la plus noble, la figure sphérique ; de toutes les manières d'être, la sienne est la plus noble, car il est lumineux ; et il en est de même des autres formes.
» Il ne reste donc qu'une seule chose qu'il ne puisse posséder en acte; c'est la situation (siius). Placez-le, en effet, dans une certaine situation ; il pourra, aussitôt après, être placé dans une autre situation, car il ne peut en même temps occuper deux situations différentes. Et, d'ailleurs, s'il n'y avait rien en lui qui fût quelque peu en puissance, il serait semblable aux Intelligences nues.
» Mais aucune situation ne lui est mieux appropriée qu'une autre, aucune n'est plus digne qu'une autre, au point que le ciel se dût placer en celle-là et délaisser les autres.
« Bien qu'il lui soit impossible de posséder toutes ces situations d'une manière actuelle, il lui est possible, par voie de succession, de les réunir toutes en une même espèce. Il a donc voulu occuper effectivement, [l'une après l'autre], toutes les situations dont il est capable ; il a voulu que ces situations, successivement prises, fissent que leur espèce demeurât en lui, perpétuellement en acte
» C'est le propre, en effet, du mouvement circulaire d'être aussi en acte, car il est presque exempt de changement. Le mouvement rectiligne, s'il est naturel, croit en vitesse vers la fin, tandis qu'il se ralentit s'il est violent. Le mouvement circulaire, au contraire, se poursuit d'une seule et même manière.
» Le corps du Ciel s'est donc appliqué à ce que l'espèce des situations qu'il peut occuper demeurât éternellement en lui d'une manière effective ; par là, il s'est rendu, autant qu'il lui a été possible, semblable aux substances nobles. »
« Tout cela vous rend désormais manifeste, dit Avicenne \ ce que le Premier Maître 2 a entendu, lorsqu'il a dit que le ciel était mû par sa nature ; et aussi ce qu'il a entendu, lorsqu'il a dit que le ciel était mû par une âme ; et enfin ce qu'il a entendu, lorsqu'il a dit que le ciel était mû par une puissance infinie ou encore qu'il était mû comme celui qui aime l'est par l'objet aimé ; il n'y a rien dans ce que nous avons écrit qui lui soit contraire. »
On ne saurait méconnaître, en effet, que cette théorie des mou-