‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 237 sur 287 · AviciiNN.ii A/eiaphysica, lib. II, tract. I, cap. II · texte numérisé non relu

AviciiNN.ii A/eiaphysica, lib. II, tract. I, cap. II

LE NÉO-PLATONISME ARABE

sance, soit à l'existence en acte, une chose dont l'existence absolue et non qualifiée est, par elle-même, nécessaire ; c'est ce qui confère l'existence au possible, au contingent, car, par lui-même, le possible n'existe pas.

Pénétrons dans le détail ; étudions les diverses manières par lesquelles une cause confère l'existence au possible ; nous verrons s'accentuer les contrastes entre la théorie péripatéticienne de la causalité et la théorie arabe.

Le possible est, par lui-même, indifférent à l'existence ou à la non-existence ; par un autre, il peut être astreint à l'existence. « Mais, ajoute Avicenne1, cela peut lui arriver toujours ou seulement pendant un certain temps. » De là, deux sortes de causalités qu'il importe de distinguer.

« Il y a des choses, dit Avicenne2, qui, par essence, sont toujours causes d'une autre chose ; l'effet gardera donc sa cause tant que celle-ci durera ; et si l'existence de cette cause est éternelle, l'existence de l'effet sera aussi éternel. Parmi toutes les causes, celles qui sont de cette sorte sont les plus dignes en causalité, car elles défendent absolument leur effet contre le non-être ; ce sont là vraiment les causes qui donnent aux choses l'existence en acte. C'est ce genre de causalité que les sages entendent désigner par le mot création ; la création consiste, disent-ils, à faire succéder l'être au non-être. En effet, le causé, pris d'une manière absolue, et considéré en soi, est tel qu'il ne soit pas ; mais si on le considère par rapport à sa cause, il lui est donné d'être. Or, ce qu'une chose est par elle-même précède dans l'intelligence ce qu elle est par autrui; cette précession est, d'ailleurs, une précession d'essence, non une précession dans le temps. L'être créé est donc existant après qu'il a été non-existant, après désignant une succession d'essence », non pas une succession dans le temps. C'est dans ce sens, et seulement dans ce sens, qu'Avicenne regarde comme permise cette locution : L'être créé a commencé d'exister.

A côté de cette première sorte de causalité, la plus digne, il en est une autre. Celle-ci donne l'existence à un possible, de telle manière que cette existence commence dans le temps ; avant que la cause lui donne l'existence, la possibilité de l'effet résidait nécessairement dans un certain sujet doué d'existence actuelle ; il n'y a plus ici production d'être à partir du non-être, mais production d'être à partir d'une matière précédemment existante.

i. AviGENNyE Metaphysica, lib. II, tract. I, cap. III. Avicknn.'E Metaphysica, lib. II, tract. VI, cap. II,

LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

« Parmi les choses, donc f, nous en trouvons qui, éternellement, tiennent leur être d'une cause éternelle, et cela sans matière ; et nous en trouvons dont l'existence est tirée de la matière... Tout ce qui n'est pas tiré d'une matière préexistante, il ne convient pas de le dire engendré, mais créé », tandis que le nom de génération sera réservé à l'opération par laquelle une cause donne l'existence à un possible dont une matière était déjà capable.

Dans la cause qui, à l'aide d'une matière, confère l'existence actuelle à un possible, nous reconnaissons la cause efficiente du Péripatétisme. Mais la cause plus élevée qui donne une existence éternelle à une chose simplement possible en soi, la cause créatrice, comme la nomment Avicenne et Al Gazâli, celle-là n'a point d'analogue dans la doctrine d'Aristote ; elle y est purement inconcevable, car, selon cette doctrine, la nécessité ne se sépare point de l'existence éternelle.

« S'il est possible que quelque chose soit éternel, répondait Averroès à Al Gazâli 2, cette chose est nécessairement éternelle... Aussi le sage Aristote dit-il que, dans les choses éternelles, le possible, c'est le nécessaire. »

Cette pensée qu' Averroès prête au Stagirite, est une de celles, en effet, auxquelles celui-ci revient le plus volontiers : « Pouvoir être ou être, dit-il aux Physiques 3, cela ne diffère en rien lorsqu'il s'agit des choses éternelles. 'EvSé^ea-Qat, yàp r\ slvoa oùoèv owccpépei èv toïç àVo'lo'.ç. » — « Nécessairement et toujours vont ensemble, répète-t-il au De generatione 4; to yàp s£ àvàyxY)ç xal àsl aaa. Ce qui est nécessaire n'est pas capable de ne pas être. Si donc quelque chose est nécessairement, cette chose est éternelle ; et si elle est éternelle, elle est nécessairement ; gWt' el e<mv l| àvàyxvjç, atSiov sari, xal zi ouS»,ov, sç àvàyxv)ç. » — « Ce qui est possible, écrit-il encore en la Métaphysique 5, peut être ou ne pas être ; ce qui peut ne pas être, il lui arrive de ne pas êtreijo ouva-rov |at) elvou, EvSé^eGat pi e'Iv'at) ; et ce à quoi il arrive de ne pas être, c'est chose corruptible. »

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