‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 245 sur 287 · Philosophia Algazelis, lib. I, tract. I, cap. XIII · texte numérisé non relu

Philosophia Algazelis, lib. I, tract. I, cap. XIII

Aristote, Métaphysique, livre XL, chapitre IX (Auistotelis Opéra, éd. Didot, vol. [I, p. 609; éd. Becker, vol. II, p. 1074, col. b, et p. 1075, col. a).

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dont le Monde est le théâtre ne peut dériver de la Cause première que par une suite d1émanations. C'est ce que ne leur accordera ni le Judaïsme ni le Christianisme ni l'Islamisme, car chacune de ces trois religions voit en Dieu la cause directe, le créateur immédiat des êtres si multiples et si variés que contient l'Univers.

Ainsi l'antagonisme radical qui existe entre la doctrine d Aristote et l'enseignement commun des trois religions se marquera d'une façon particulièrement nette dans la condamnation que cette philosophie, d une part, et cette théologie, d'autre part, vont porter, en même temps, contre le Néo-platonisme qui les a voulu concilier.

Dans le monde de l'Islam, les objections de la Théologie non seulement à rencontre du Péripatétisme, qui demeure entièrement séparé d'elle, mais encore à l'encontre du Néo-platonisme, qui tente de la rejoindre, sont formulées par les Motékallémin et, surtout, par Al Gazâli devenu, à la suite de sa conversion, le plus illustre d'entre eux.

Appliqué d'abord à tous ceux qui dissertent d'une science quelconque, le nom de Motékallémin (Loquentes, Discoureurs) avait fini par désigner surtout ceux qui, au nom de la Théologie, argumentent contre les Philosophes 1.

Lorsqu'en l'année 488 de l'Hégire (1095 après J.-C), Al Gazâli abandonna l'étude de la Philosophie néo-platonicienne pour s'adonner entièrement à la méditation des vérités religieuses, les Motékallémin trouvèrent, en lui, un ardent défenseur de la Théologie, et le plus redoutable adversaire des doctrines qu'il avait, naguère, si brillamment exposées. C'est alors qu'il composa le Téhafout el-Falâsifa/i, la Destruction des Philosophes, dont l'étude nous doit retenir un instant.

Cet ouvrage est bien une destruction ; l'objet d'Al Gazâli n'est pas de construire un système nouveau, mais de démontrer la fragilité des anciens systèmes en tout ce qu'ils ont avancé de contraire à l'orthodoxie ; il a soin d'en avertir son lecteur. « Dans ce livre, dit-il 2, notre seule intention est de présenter les opinions des Philosophes, et de remplacer leurs procédés de raisonnement par une argumentation propre à mettre leur ruine en évidence. Nous ne nous attardons pas à soutenir une opinion quelconque. Nous n'excéderons donc pas, ici, ce qui est l'objet de ce livre, et

i. E. Renan, Averroès et l'Avei'roïsme3PàTis} i852 ; pp. 79-8 1 . — Bon Carra de Vaux, Gazâli^ Paris, 1902 ; pp. 10-27.

■>. Avehrois Cordubensis Destructio destruetlonum Algazelis, Pars prima, disputatio I ; trente-huitième : Ail Algazel.

À VERROKS

nous no compléterons pas notre discours en développant uu raisonnement propre à démontrer la nouveauté du Monde ; notre intention est, nous l'avons dit, de détruire l'opinion des Philosophes, en faisant remarquer ce qui en résulte. Quant à l'affirmation de l'opinion véritable, nous la réservons pour un autre livre que nous avons l'intention, avec l'aide de Dieu, de publier à cet effet, et que nous intitulerons : Fondements des religions. Dans ce livrelà, notre intention sera de consolider, de même qu'en celui-ci, nous avons voulu faire œuvre de destruction. »

Averroès écrit, à propos de ce passage ; « L'auteur eût bien dû commencer par l'exposition de la vérité, et non par ce livre propre à engendrer le cloute et la confusion en ceux qui l'étudient ; afin que le lecteur de ce livre-ci ne meure pas avant d'avoir rencontré cet autre ouvrage, ni l'auteur avant de l'avoir composé. Car cet ouvrage ne nous est pas encore parvenu, et peut-être Al Gazâli ne l'a-t-il jamais publié ».

Averroès était mal renseigné ; Al Gazâli a, en effet, accompli l'œuvre de construction théologique qu'il avait promise, et cette œuvre, Xlhyd oloum ed-din, est son plus important écrit1; mais ce n'est point celle qui nous doit occuper.

Al Gazâli se propose, dans la Destruction des Philosophes , de ruiner ce que les affirmations des diverses doctrines philosophiques ont de contraire aux dogmes religieux ; mais, en réalité, la seule Philosophie contre laquelle ses attaques soient dirigées, c'est la seule dont il ait une connaissance approfondie ; c'est celle qu'Avicenne a constituée, celle qu'Ai Gazàli a professée dans sa jeunesse ; on pourrait dire qu'il se combat surtout lui-même, car les théories qu'il expose afin de les réfuter sont, la plupart du temps, présentées sous une forme très semblable à celle dont il les avait revêtues dans sa Philosophia*.

1. On en trouvera une étude complète dans le livrre de M. Carra de Vaux sur Gazâli.

2. L'ouvrage que Dominique Gondisalvi a traduit sous le titre de Philosophia Algazelis, se nommait en arabe : Makàcid el-falâsifah, Tendances des Phi losophes. Selon S. Munk, la fin de l'ouvrage, tant dans l'original arabe que dans les deux versions hébraïques, est conçue en ces termes : « C'est là ce que nous avons voulu rapporter de leurs sciences, savoir de la Logique, de la Métaphysique et de la Physique, sans nous occuper à distinguer ce qui est maigre de ce qui est gras, ce qui est vrai de ce qui est faux. Nous commencerons après cela le livre de la Destruction des Philosophes, afin de montrer clairement ce que toutes ces doctrines renferment de faux » (S. Munk, Mélanges de Philosophie Juive et arabe, Paris, 1859, p. 371). AI Gazàli aurait donc composé le Makàcid après sa conversion, et à simple titre d'introduction au Téhàfout.

Il est fort étrange de voir un auteur construire d'une façon si solide un monument qu'il se propose de jeter bas ; il est non moins étrange que la Destruc-

LA CRUE DE l'aïUSTOTÉLISME

C'est une guerre d'escarmouches qu'Ai Gazâli mène contre la Philosophie néo-platonicienne ; chaque affirmation est attaquée isolément ; c'est pierre à pierre que la ruine des Philosophes se consomme. Une telle discussion ne se laisse guère résumer. Aussi n'entreprendrons-nous pas d'analyser les dix-neuf dissertations qui forment les deux parties du Téhdfout. Nous nous contenterons d'en extraire quelques idées essentielles émises au sujet des deux principales doctrines du Néo-platonisme arabe : Les processions des êtres à partir de Dieu et l'éternité du Monde. Après avoir admiré, dans la Philosophia Algazelis, la clarté dont Al Gazâli faisait briller les systèmes des Philosophes, nous pourrons admirer, dans la Desiructio, la sûre perspicacité avec laquelle il en discerne les points faibles.

L'un des problèmes essentiels du Néo-platonisme consiste à concilier l'unité absolue de la Cause première avec la multiplicité et le changement que nous constatons dans le Monde créé ; ce problème, Damascius déjà reprochait à Proclus de ne l'avoir pas su résoudre 1 ; Al Fârâbi et Avicenne s'y sont essayés à leur tour ; Al Gazâli va montrer que leur tentative n'a pas abouti.

Les Néo-platoniciens « ont posé 2 ce principe : De l'Un ne peut provenir qu'une seule chose. Or la Cause première est une de toutes manières, tandis que le Monde est composé de choses diverses. Donc, d'après leurs propres axiomes, on ne peut concevoir que le Monde résulte de l'action directe de Dieu » .

Que vont donc imaginer les Philosophes ? « Le Monde 3, pris dans son universalité, n'émane pas immédiatement de Dieu. Ce qui émane de Dieu, c'est un Etre unique, qui est le principe de toutes les créatures; c'est une Intelligence séparée, c'est-à-dire une substance qui existe par soi, qui est exempte de toute multiplicité, qui se connaît et connaît son principe.... ; de cet Être, émane un second être, de ce second un troisième, du troisième un quatrième, en sorte que la multiplication des êtres se fait d'une manière

tion reprenne toujours sur nouveaux frais l'exposé des opinions des Philosophes, sans jamais renvoyer le lecteur au livre qui lui devait servir d'introduction. La phrase citée par Munk n'aurnit-elle pas été ajoutée après coup au Makâcid, par Al Gazâli lui-même ou par quelqu'un de ses disciples, pour masquer le volte-face de l'auteur? Et si la traduction de Gondisalvi ne confient pas cette phrase, mais seulement : Hoc est quod voluimiis- inducere de scientiis philosophorum divinis et naturalibus, n'est-ce pas qu'elle aurait été faite sur un exemplaire arahe de la rédaction primitive?

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