‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 247 sur 287 · Averroès^ loc. cit., vingt-deuxième : Ait Alg-azel · texte numérisé non relu

Averroès^ loc. cit., vingt-deuxième : Ait Alg-azel

LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

en vérité, c'est obscurité plus profonde que toutes les autres obscurités ; si quelqu'un rapportait qu'il l'a rêvé, on en conclurait qu'il est en mauvaise santé ».

Mais Al Gazàli ne se contente pas de tourner cette doctrine en dérision ; il veut montrer qu'elle est sans force et, pour cela, il s'attaque à ce qui en est comme le nerf.

C'est dans la nature même du premier Causé, de la première Intelligence créée, qu'Ai Fàrâbi et Avicenne ont mis une première dualité, d'où dériveront toutes les autres multiplicités ; pour eux, cette nature est déjà double, à la fois possible et nécessaire, possible par son essence, et nécessaire par la Cause première qui l'a produite ; se connaissant elle-même, cette Intelligence voit sa nature sous ce double aspect ; elle se sait possible par elle-même et nécessaire par autrui ; de cette double connaissance, résulte une double création, celle d'un orbe céleste et celle d'une Intelligence .

Or, ce dédoublement qu'Ai Fàrâbi et Avicenne pratiquent dans la science du premier Causé, Al Gazâli va le soumettre à la rigueur de sa critique.

Voici, en effet, le dilemme entre les branches duquel il enserre les Philosophes 1 :

Lorsque vous dites que le premier Créé se connaît lui-même et connaît aussi son Principe, entendez-vous qu'il connaît son Principe en tant qu'il connaît sa propre essence, et que connaître son Principe, c'est simplement, pour lui, se connaître soi-même? Ou bien entendez-vous que, par cette connaissance, il connaît autre chose que lui? Si connaître son Principe et se connaître soi-même, c'est, pour le premier Causé, une seule et même chose, où trouvezvous, dans cette science, la multitude, le caractère double que requiert votre théorie ? Si, au contraire, le premier Causé, en connaissant son Principe, connaît autre chose que lui-même, en même temps qu'il se connaît lui-même, la dualité existe bien dans sa science. Mais cette même dualité, vous voilà contraints de l'introduire aussi dans la Cause première. Vous avez admis, en effet, qu'en se connaissant elle-même, elle connaît les êtres qu'elle crée ; vous êtes tenus d'avouer qu'elle connaît, par là, autre chose qu'ellemême, aussi bien que le premier Causé, en connaissant son Principe, connaît autre chose (pie lui-même. Donc, pas de dualité dans La science du premier Causé ou pas d'unité dans la science de la première Cause.

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