‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 248 sur 287 · I. AvpitHQÈs, loc. cit. y vingt-quatrième : Ait Algazel · texte numérisé non relu

I. AvpitHQÈs, loc. cit. y vingt-quatrième : Ait Algazel

AVE'RROÈS

Que l'absence d'unité réside en la science même <Iu premier Principe, telle qu'elle a été décrite par les Néo-platoniciens arabes, Al Gazâli s'acharne à le mettre en évidence. Il y consacre de longs passages dans la troisième dissertation de la Destructio et dans la sixième. Même si l'on attribue simplement au premier Principe la connaissance de soi-même, on y introduit déjà la multiplicité, car cette science est quelque chose d'ajouté à la simple existence1. Ainsi, par l'acuité de sa discussion, Al Gazâli en vient à dissocier ce Dieu dont Avicenne affirmait l'unité, mais qu'il avait conçu par la réunion, dans un même Etre, de tout ce que Proclus attribuait aux trois hypostases de sa trinité, à F Un, à l'Etre et à l'Intelligence. L'argumentation d'Al Gazâli conduirait à substituer au Dieu unique d' Avicenne au moins une dualité, celle de la Substance une et de l'Intelligence ; elle aboutirait, par conséquent, à reconstituer la Théologie de Plotin.

En critiquant la théorie par laquelle les Néo-platoniciens arabes avaient voulu concilier la multiplicité des créatures avec l'unité du Créateur, Al Gazâli en est venu à ruiner l'une des idées fondamentales de toute cette philosophie, l'idée même qu'elle avait tenté de concevoir au sujet de l'Essence divine. En combattant la doctrine de l'éternité du Monde, il sera conduit à transformer une autre des notions sur lesquelles repose cette doctrine, la notion de possibilité.

Dans la longue argumentation de notre théologien contre l'éternité du Monde, laissons de côté mainte objection qui nous parait d'intérêt secondaire, telle l'objection qui invoque l'impossibilité du nombre infini ; venons de suite aux réfutations où se manifestent des pensées vraiment neuves et dignes d'être notées.

La première raison de l'éternité du Monde qu'attaque Al Gazâli, est propre au Néo-platonisme, mais elle est commune à tous les Néo-platoniciens ; elle est tirée de ce principe : L'effet produit par une cause parfaite et, partant, immuable est nécessairement éternel. Cette raisin, nous l'avions entendu développer par Proclus ; Avicenne, et Al Gâzali lui-même dans sa Philosophie, ne s'étaient pas fait faute de la reprendre. En termes sommaires, au début de la Destruction des Philosophes, Al Gazâli rappelle 2 la démonstration qui conduit à cette affirmation : D'un être absolument éternel, ne peut provenir une chose qui soit innovée.

1. Averrois Cordubensis Destructio destructionum Algazelis, Pars prima, Disputatio VI, neuvième : Ail Alg-azel.

2. Averrois Cordubensis Destructio destructionum Algazelis; Pars prima, Disputatio I, premier : Ait Algazel.

LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

L'exposition de l'argument est écourtée ; la réfutation l'est également : « Pourquoi, répond le Théologien aux Philosophes1, niez-vous cette proposition : Le Monde a été produit par une volonté éternelle qui en avait décrété l'existence ; qui avait également décrété que cette existence serait précédée d'une nonexistence, que cette non-existence durerait jusqu'au ternie qu'elle a en effet atteint ; qui avait enfin décrété que le Monde commencerait d'être au moment où il a commencé ? Que le Monde fût avant cet instant, ce n'était pas de la volonté du Créateur ; aussi le Monde ne fut-il pas avant cet instant. Et cependant, à l'heure où le Monde fut produit, il le fut par la volonté du Créateur, mais par une volonté qui était éternelle, en sorte qu'il fut innové. Qu'y a-t-il donc qui empêche d'admettre cette opinion? Qu'y a-t-il qui la rende fausse ? »

Si Al Gazâli n'a pas donné plus de raisons propres à rendre vraisemblable une telle opinion, c'est peut-être qu'il trouvait la besogne déjà faite et bien faite. Jean Philopon, en effet, s'était chargé jadis de réfuter Proclus.

« Dieu, disait Jean le Grammairien 2, créateur et artisan de toutes choses, est éternellement parfait; il possède toujours en lui, et de la même manière, les raisons de ses œuvres ; il fait et crée tout par sa seule volonté, il n'a besoin d'aucun instrument pour créer la substance des choses ; dès lors, qu'il crée ou ne crée pas, il n'en résulte, en lui-même, aucune diversité. De toute éternité, en effet, et de semblable manière, il comprend les notions et les raisons des choses, notions et raisons par lesquelles il est créateur ; il n'éprouve donc aucun changement du fait qu'il produit ou qu'il ne produit pas. En résumé, il n'est pas permis de dire qu'en Dieu, la disposition à agir soit différente de l'acte ; de part et d'autre, c'est même chose. Mais dans l'être qui en participe, la différence se marque. »

Prétendre, d'ailleurs, que Dieu ne peut, sans cesser d'être immuable, vouloir une chose qui ne soit pas éternelle, c'est se contraindre à mettre en Dieu le perpétuel changement. « Les choses singulières 3, telles que Socrate ou Platon, Dieu veut-il que chacune d'elles soit éternelle, ou bien non? Assurément, il veut que chacune d'elles soit pendant un certain temps, et ne soit

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