Philosophia Algazelis, Lib. I, tract. III
LA CRUE DE iAviUSTOTÉLISME
pourquoi ne le répétent-ils pas de son action créatrice ? Ils croient que Dieu connaît d'une science éternelle et immuable les choses singulières dont l'existence, perpétuellement changeante, ne dure qu'un temps. Pourquoi ne croient-ils pas que son action créatrice, éternelle et immuable, peut produire un Monde non-éternel? La contradiction entre ces deux attitudes n'cst-elle pas flagrante, alors surtout que les Xéo-platonicicns identifient la science de Dieu et l'opération par laquelle il donne l'existence à ce qu'il connaît ?
Parmi les preuves de l'éternité du Monde, il en est d'autres qui, elles aussi, en face de deux problèmes semblables, supposent deux attitudes contradictoires de l'esprit. Cette inconséquence, Al Gazâli va la relever avec précision et sagacité ; et, cette fois, son argumentation atteindra le Péripatétisme aussi bien que le Néo-platonisme.
A l'affirmation que le Monde a commencé, une foule d'argu ments ont coutume d'être opposés, qui procèdent tous de la même manière ; tous, ils supposent l'équivalence de cette affirmation : Le Monde a commencé, et de cette autre affirmation : Le premier instant de la création du Monde a été précédé par un certain temps. De la seconde affirmation, ces arguments déduisent diverses conséquences inadmissibles ; il pensent, par là, qu'ils ont acculé la première à l'absurde.
Après les Néo-platoniciens hellènes, en particulier après Proclus le Diadoquc, Aviccnne avait complaisamment développé ce genre de preuves1. *
A ces raisonnements, reprenant les pensées qu'avait conçues Saint Augustin2, Al Gazâli oppose une fin de non-recevoir absolue'. Le temps n'est pas une chose qui ait une existence séparée du Monde ; il n'y a que deux substances, Dieu et le Monde ; lorsque le Monde existe, le temps existe aussi ; mais avant le commencement du Monde, il n'y a pas de temps. Notre faculté d'imaginer des durées qui auraient précédé l'instant où le Monde a été créé ne prouve aucunement que ces durées soient possibles.
C'est pour justifier cette dernière affirmation qu'Ai Gazàli fait appel à une doctrine enseignée par Aristote ', mais adoptée par nombre de Néo-platoniciens, notamment par Aviccnne.
Le Monde es1 de grandeur bornée; il est enfermé dans une surlace sphérique de rayon déterminé, et cette surface ne -pourrait