‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 256 sur 287 · Averrois Op. laud., lib. III, summa I, cap. V, comm · texte numérisé non relu

Averrois Op. laud., lib. III, summa I, cap. V, comm

LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

Démontrer l'existence de cette Intelligence active est un des objets auxquels, sous des formes un peu différentes, dans son Traité de l 'âme et dans sa Lettre sur la continuité entre l'homme et l1 Intelligence active, Avempace applique la puissance de son raisonnement K

Le point de départ de son argumentation est celui-ci : En toute chose qui a eu commencement, on peut distinguer la chose même et son essence (quidditas) ; c'est le propre de notre intelligence d'extraire, de chaque chose, la quiddité, l'essence spécifique qui s'y trouve individualisée ; comprendre, c'est pratiquer cette extraction.

D'autre part, Avempace regarde comme certain que l'intelligence spéculative résidant en chacun de nous est soumise à la génération et à la mort ; elle est donc de ces choses en lesquelles l'essence se distingue de la chose même ; et, par le pouvoir qui lui est naturel, l'intelligence spéculative va comprendre sa propre essence.

Que sera cette essence de l'intelligence spéculative ? Sera-ce un être qui a eu commencement ? Si oui, elle sera chose distincte de son essence, et l'intelligence spéculative va saisir maintenant, en vertu du pouvoir que lui confère sa nature, l'essence de son essence. Mais ce procédé ne se peut continuer indéfiniment ; il faut que l'opération de notre intelligence spéculative ait un terme ; or cette opération ne pourra s'arrêter tant que nous n'atteindrons pas une essence dans laquelle on ne puisse plus, derechef, distinguer la chose de l'essence, un être qui soit identique à sa propre essence et qui, par conséquent, n'ait point eu de commencement. Cet êtrelà, c'est l'Intelligence active.

Assurément, cette argumentation ne prouve pas rigoureusement que l'Intelligence active soit l'essence même de l'intelligence spéculative ; entre cette essence et l'Intelligence active, on pourrait échelonner plusieurs essences, plusieurs intelligences intermédiaires, intelligences qui auraient commencement et qui seraient mortelles ; c'est ce qu'Ai Fârâbi semble avoir admis dans son traité De la génération et de la corruption. Pour couper court à cette supposition, Ibn Bâdja emprunte cette règle au Stagirite : Lorsqu'une démonstration repose sur l'impossibilité d'un développement à l'infini, le mieux est d'arrêter ce développement dès le premier terme. Le recours à cette règle lui permet de formuler cette proposition, qui est de Thémistius : Il

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