Avebrois Cordubensis Sermo de substantia orbis, cap. I
2. Aristote, Métaphysique, livre XI, c. VIII (Aristotelis Opéra, éd. Didot, t. II, p. 608; éd. Becker, vol. II, p. 1074, col. a).
AVER&OÈS
lors, il en est de même de ce qui est mû toujours et d'une manière continue, en sorte que le Ciel est unique. »
Le principe qui fait la force de raisonnement, nous le retrouvons ailleurs1, énoncé sous cette forme : « En toutes les choses dont la substance est dans une matière, nous voyons qu'il existe des individus de même forme, multiples et en nombre illimité. — 'EttI TïàvTwv yàp outwç opwjjiev, oa-cov 'r\ oua-'.a sv uX^ lotiy-, tcXs£u> xal aîcetpa ovTa Ta 6p.otqeiSYj. »
« Ce qui fait la différence individuelle, dit encore Aristote2, c'est la forme dans la matière. — "E<m oKr\ owicpopa to sISo^ ev tt)
11 semble donc bien qu'Averroès ait pensé en fidèle Péripatéticien lorsqu'il a regardé la subdivision de la matière comme la cause nécessaire de la multiplicité des individus au sein d'une même espèce, définie par une même forme substantielle3. 11 pourra, sans se mettre en contradiction avec Aristote, tirer cette conclusion 4 : Il faut donc, pour qu'il puisse exister plusieurs individus de même espèce, que la Matière première, par elle-même, et indépendamment de la forme substantielle qui la fait exister en acte, soit divisible, qu'elle ait quantité, qu'on puisse la partager par la pensée, qu'elle ait ces trois dimensions indéterminées si soigneusement définies par Avicenne.
Les dimensions terminées, par lesquelles un corps a telle longueur, telle largeur, telle profondeur, ne sont pas, elles, dans la Matière première ; la Matière première les reçoit en même temps qu'elle revêt la forme substantielle. Mais il n'en est pas de même des dimensions indéterminées qui suffisent à caractériser le corps: « Ces dimensions simples, qu'on appelle le corps simple, ne peuvent pas être dépouillées de la Matière première. »
Si la Matière première ne possédait pas en elle-même les dimensions indéterminées, elle ne serait pas divisible ; si elle n'était
1. Aristotelis De Cœlo lib. I, cap. IX (Aristotelis Opéra, éd. Didot, t. II, p. 38i ; éd. Becker, vol. I, p. 278, col. a).
2. Aristotelis De partibus animal iurn lib. I, cap III (Aristotelis Opéra, éd. Didot. t. III, p. 224; éd. Becker, vol I, p. 643, col. a).
3. On peut, cependant, aux textes que nous venons de citer, opposer d'autres textes où Aristote semble placer dans la forme le principe d'individuation. Aussi s'est-il trouvé des auteurs pour soutenir que telle était la véritable pensée d'Aristote et même d'Averroès. « Individuum jit hoc per formant, » dit Zimara iMarci Antonii Zimare Pliilosophi consummatissimi Tabula dilucidationum indiclis Aristotelis et Auerrois, Opus loculentissimam, et nunc opéra cujusdam Adolescentis, Vlriusque linguœ peritissimi recognitum, et in lucem summa cura et diligentia œditum. Venetiis, Apud Hieronymum Scotum. MDLVI. Fol. 77, col. d, et fol. 78, col. a).