Averrois Cordubensis Op. laud., cap. IV
3. Averrois Cordubensis Op. laud., cap. I. 4- Averrois Cordubensis Op. laud., cap. IV.
LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME
« Et cum [Aristo fêles] consideravit de virtutibus appetititivis cœlestibus, invenit eos esse finitarum potentiarum. Et cum coyisideravit in continuatione motus earum, fuit declaratwn ei quod causa continuât ionis motus earum non est ista virlus qua moventur ; sed illiid guod largitur eis continuationem est illud appetibile.
» Et quia continuatio non provenit nisi a motore non ?noto, sequitur quod istad movens non est corpus nec potentia in corpore, et quod est Intelligenlia abstracta... . et quod islud corpus cœleste intelligit hanc Intelligentiam. . .
» Et consideravit etiam de. causa œternitatis motus cœli, et declaravit in ultimo Primi Cœli et Mundi, in ea non potentiam existere omnino ; et declaravit etiam de virtute qua movetur cœlum localiter, scilicet anima appetitica, ipsam non habere materiam, nisi materiam q use est in potentia in loco lantum. »
Ce texte marque très nettement l'opposition qui existe entre les deux moteurs célestes.
L'un de ces deux moteurs n'est pas entièrement détaché de la matière, il a une Matière locale; il est lié au corps du ciel; on peut le nommer l'âme de ciel, car il connaît et désire, de telle façon que le mouvement qu'il communique au corps du ciel soit l'effet de ce désir.
L'autre moteur est l'objet désirable auquel tend le premier ; c'est une pure Intelligence, qui est exempte de toute matière, qui n'est point en un corps, qui est immobile, ce qui assure l'éternité au mouvement par lequel l'âme recherche l'objet de son désir.
Qu'à chaque orbe céleste corresponde, au gré d'Averroès, un moteur de la première sorte, nul n'en saurait douter. Faut-il penser de même qu'il y a autant de moteurs de la seconde sorte, autant d'Intelligences qu'il y a d'orbes célestes ? Faut-il croire, au contraire, que l'objet du désir de toutes les âmes célestes est une seule et même Intelligence, un seul et même premier Moteur immobile ? Entre les deux alternatives, la lecture du Sermo de substanlia orbis ne permet pas de décider.
Averroès, il est vrai, dans cet ouvrage, parle toujours au singulier de la cause qui confère l'éternité au mouvement du ciel, de l'Intelligence désirable, du Moteur immobile et absolument dénué de matière. Mais, d'autre part, aux divers passages où il en traite, il parle également du ciel au singulier ; il analyse les conditions du mouvement céleste comme s'il n'existait qu'un ciel unique, qu'un seul orbe ; ainsi faisait, d'ailleurs, Aristote au vmc livre de
AVERUOÈS
la Physique et dans la plupart des chapitres du Traité du Ciel et de la Métaphysique.
Le texte du Sermo de substantiel orbis ne nous apprend donc pas si l'on doit, à chacjue orbe, attribuer une Intelligence, ou bien s'il faut soumettre tout le Ciel à um[seul premier Moteur immobile.
Certains lecteurs du traite De substantia orbis ont assurément jugé que cette dernière pensée était celle d'Averroès. Nous pouvons, par exemple, appeler en témoignage Robert l'Anglais qui, dans ses Gloses sur le traité de la/ sphère de Joannes de Sacro-Bosco, composées en 1270 \, invoque fort souvent le célèbre opuscule du Commentateur. Robert écrit, en effet 2 :
« Notez que le ciel a deux moteurs, un moteur qui lui est conjoint, et un moteur séparé ; le moteur séparé, c'est la Cause première ; le moteur conjoint, c'est une certaine Intelligence qui est déléguée au mouvement du ciel.
» Ces Intelligences, cà leur tour, sont de deux sortes. Il en estime qui meut toutes les sphères d'Orient en Occident ; c'est l'Ame du Monde. Il estime autre sorte de moteurs, qui meuvent de mouvements contraires à celui-là ; ces derniers moteurs sont multiples, et leur nombre est le même que celui des mouvements d'Occident en Orient, en sorte que chaque astre errant a son moteur particulier. »
Robert l'Anglais n'est sans doute pas le seul qui ait interprété de la sorte les indications contenues au Sermo de substantia orbis ; Albert le Grand et Saint Thomas d'Aquin semblent les avoir comprises de la même manière.
Qu'Averroès n'ait point été de cet avis, on n'en saurait douter après avoir lu ses Commentaires à la Métaphysique cFAristote ; ceux-ci précisent ce que le Sermo de substantia orbis avait pu laisser d'indécis.
Dans les Commentaires à la Métaphysique, Averroès examine cette difficulté ?, qu'il juge embarrassante pour la Dynamique péripatéticienne : Si la vertu qui meut le corps du ciel est finie, elle ne pourra communiquer à ce corps un mouvement éternel ; si elle est infinie, elle ne pourra le mouvoir avec une vitesse finie.
« La solution de cette difficulté est la suivante : Ce mouvement
1. Voir : Seconde partie, Ch. V. § VJII ; t. III, pp. 291-298.
2. Tractatus de Sper;i Jo. de Sacro-Bosco cum glosis Ro. Anglici ; cap. Ium^ glosa III* ; Bibl. Nat., fonds latin, ras. no 7892, Vol. 9, coll. b. et c.
5. Averrois Cordubensis In libros metaphysicos Aristotelis commentarii ; super XH'n librum Aristotelis XI'is Hb. Averrois, comm. l\ \ .
résulte de l'action de deux moteurs, dont l'un est de force motrice (motio) finie et l'autre de force motrice infinie ; le premier est une âme qui a son existence dans le ciel, et le second est une puissance qui n'est pas dans une matière...
» Si l'on considère, en effet, des puissances motrices qui résident en des corps éternels, il peut se faire qu'elles meuvent éternellement ou bien qu elles ne produisent pas un mouvement éternel.
» Il peut se faire qu'elles ne communiquent pas un mouvement éternel ; c'est ce qui aura lieu si nous admettons que ce vers quoi elles se meuvent, et qui est leur premier moteur, est capable d'éprouver une transmutation de quelque nature que ce soit.
» Elles pourront, au contraire, mouvoir éternellement si l'objet de leur mouvement ne peut subir aucune espèce de changement ; c'est ce qui a lieu lorsque cet objet n'est aucunement corps.
» Si donc un corps se meut d'un mouvement éternel, il faut que, par l'intermédiaire d une puissance qui réside en lui, il soit mû par un moteur auquel ne survient de changement d'aucune sorte ; or il est nécessaire qu'un tel moteur n'existe point dans une matière...
» Voilà ce qu'Aristote a déclaré au sujet de ce premier moteur qui n'est point en la matière. »
Aussitôt après ces paroles, qui complètent si heureusement le Sermo de substantiel orbis, Averroès poursuit en ces termes 1 : « Il faut que tout mouvement éternel ait un moteur éternel et, de soi, immobile ; il faut aussi que ce moteur soit unique ; car il est nécessaire qu'un mouvement unique ait un moteur unique ; sinon ce mouvement ne serait pas un et continuellement de même sens.
» Or, outre le mouvement d'ensemble du Ciel, qui est produit, nous l'avons dit, par la première substance immobile, nous voyons dans le Ciel un grand nombre d'autres mouvements, qui sont ceux des astres errants ; il est, d'ailleurs, manifeste que ces mouvements sont éternels, [et que les mobiles sont aussi éternels], car ce sont des parties d'un corps éternel ; partant, il faut que chacun de ces mouvements ait un moteur immobile de soi, et dont la substance soit éternelle...
» Après avoir déclaré qu'il existe une substance éternelle et que cette substance n'est aucunement dans une matière, Aristote se demande s'il n'y a qu'une seule telle substance ou s'il y en a