‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 276 sur 287 · Averrois, Op. laud., lib. III, summa I, cap. I, comm · texte numérisé non relu

Averrois, Op. laud., lib. III, summa I, cap. I, comm

LA. CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

substance intelligible se doit diviser en deux principes analogues à ces deux là, savoir, en quelque cliose de semblable à la forme et en quelque chose de semblable à la matière. Il est nécessaire qu'il en soit ainsi dans toute intelligence séparée qui connaît autre chose qu'elle-même... Voilà pourquoi il est dit dans la Philosophie première qu'aucune forme n'est absolument exempte de puissance, si ce n'est la Forme première qui ne connaît rien hors d'elle-même. L'existence (esseniia) de cette forme première est identique à son essence (qiàdditûs) ; pour toutes les autres formes, au contraire, l'essence diffère en quelque façon de l'existence. »

Quel langage est-ce là, et Averroès ose-t-il donc donner, à titre d'interprétation de la pensée du Stagirite, un discours si évidemment contraire à cette môme pensée ?

Pour Aristote, en effet, être séparé de la matière, être purement en acte et exempt de toute puissance, être éternel, sont trois termes qui sont entièrement synonymes ; l'affirmation de cette synonymie revient maintes fois dans ses écrits.

Nous avons précédemment rapporté 1 quelques-uns des textes par lesquels Aristote formule ce principe : Dans le domaine des choses éternelles, le possible se confond avec le nécessaire ; toute chose éternelle est donc, nécessairement et sans cesse, tout ce qu'elle peut être ; elle est acte pur, sans aucun mélange de puissance.

Chaque fois qu' Averroès, dans ses commentaires, avait rencontré quelqu'un de ces textes, il s'était hâté d'acquiescer pleinement à la doctrine du Stagirite. Bien plus ! Dans sa discussion contre Al Gazâli, il n'avait pas craint d'invoquer le principe que ces textes affirment 2 : « S'il est possible que quelque chose soit éternel, cette chose est nécessairement éternelle... Aussi le sage Aristote dit-il que, dans les choses éternelles, le possible, c'est le nécessaire. »

Ce principe, Aristote en use lorsqu'il veut déterminer la nature des substances qui peuvent produire un mouvement éternel 8 : « Si un tel moteur opère, mais si sa substance implique puissance, le mouvement ne sera pas perpétuel ; à toute chose qui est en puissance, en effet, il arrive, à certains moments, de ne pas être. 11

i. Voir : Troisième partie, chap. 1J, § VU! ; ce vol., p. 48G.

a. Averrois Cordubensis Desiraclio des tract ion um A Igazelis ; Dissertatio prima. Réponse d'Averroès au 27e : Ait Algazel.

3. Aristote, Métaphysique, livre XI, chapitre VI (Aristotelis Opéra, éd. Didot, t. II, p. 6o4 ; éd. Becker, vol. Il, p. 1071, col. h).

AVERROKS

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