‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 28 sur 287 · I. LES ASTRONOMES · texte numérisé non relu

I. LES ASTRONOMES

combattre la colère, la violence et la malice des planètes en conjonction. Il y a plus ; il sort par marche rétrograde du signe des Poissons, qui est sa demeure propre ; il fuit la vue des Poissons pour entrer dans le Verseau, qui est la demeure de Jupiter; cela indique manifestement la fuite du roi de France, étant donné, surtout, que, dans Tordre des royaumes, le signe des Poissons désigne la France et la Perse.

» Au commencement de YAlmageste, Ptolémée dit que le savant aura domination sur les astres; il dit, dans le Centiloquium, que les effets des étoiles sont compris entre le nécessaire et le contingent, car les hommes prudents peuvent les détourner et les écarter ; or, parmi les mortels présents, il n'en est aucun qui soit de sens plus prudent que Votre Sainteté ni qui ait, d'une manière effective, plus de puissance ; qu'Elle s'efforce donc de s'opposer rapidement aux périls imminents dont je viens de parler et de les prévenir par un secours efficace ; en effet, ce que, pour les autres, on regarde comme impossible ou comme nécessaire, pour Vous, on l'estime, ajuste titre, facile à faire ou à éviter.

» Que Votre Sainteté, cependant, fasse attention à une chose. Si Vous ne prenez soin d'avance d'annuler les maux et les infortunes qu'annonce la seconde conjonction, afin que ces maux ne se produisent pas, Vous ne pourrez seconder commodément les heureux événements et les bonnes fortunes en faveur de la foi chrétienne qu'annonce la première conjonction. Qui combattrait, en effet, pour soumettre les Sarrazins, si le sang chrétien était répandu et frappé de mort ? Personne assurément. Il y a plus ; la conjonction serait frustrée de la signification dont j'ai parlé, dès là que la matière susceptible d'obéir à son influence viendrait à manquer; et c'est ce qui aurait lieu ; en sorte que l'erreur prendrait une force plus grande ; et la dernière erreur serait plus forte que la première et que celle qui a subsisté dans l'intervalle.

» L'ordre suivant lequel il convient de procéder en cette circonstance est assez évident. Il consiste à extirper, en premier lieu, les guerres entre chrétiens et les occasions de ces guerres ; par un traité de paix universelle, à restaurer et unir les diverses parties de la Chrétienté ; enfin, à l'époque qui a été précédemment marquée, à ordonner un passage général outre-mer. »

Nous avons tenu à citer textuellement une grande partie de cette curieuse lettre, car elle est instructive à divers égards.

Jean de Murs croit à l'influence des astres sur les choses d'ici bas. Cette influence, d'ailleurs, n'est pas d'une puissance tellement nécessitante qu'elle puisse supprimer la libre action de

L ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

Thonime ; l'homme averti peut en seconder les effets ou les combattre. En cette croyance, notre astronome ne voit rien qui contredise à sa foi chrétienne ; naïvement, il en entretient le pape Clément VI, comme Roger Bacon, au cours de YOpus majus, en avait entretenu le pape Clément IV; en particulier, comme Roger Bacon, il traite librement avec le pape de ce fameux horoscope des religions où, de nos jours, un Renan, fort mal informé des idées du Moyen Age, et fort peu disposé à les interpréter avec exactitude, a cru voir une grande impiété.

Cette croyance à l'Astrologie n'eût pu se maintenir aussi longtemps et régner d'une manière si générale si des coïncidences fortuites n'étaient venues, de temps en temps, conformer les événements à ses prédictions. Si Jean de Murs a vécu assez longtemps pour être témoin du désastre de Poitiers (19 sept. 1356), il a dû penser qu'il avait été bon prophète ; peut-être éprouva-t-il quelque embarras à expliquer comment l'effet annoncé par la terrible conjonction de Jupiter et de Mars avait pu précéder de près de neuf mois la conjonction elle-même; mais cet embarras ne dut troubler que légèrement la satisfaction d'avoir annoncé les événements si longtemps d'avance, et si exactement.

LES CONTEMPORAINS DE JEAN DE MURS. LÉ VI BEN GERS0N. FIRMIN DE BELLE VAL. LA RÉFORME DU CALENDRIER

Jean de Murs n'était donc pas seulement astronome ; à l'occasion, il s'adonnait à l'Astrologie; l'Astrologie, d'ailleurs, était, bien souvent, la source des profits qui permettaient aux astronomes de poursuivre leurs recherches de science pure ; elle seule les pouvait signaler à l'attention du peuple et aux faveurs des grands.

En 1341, il y eut conjonction de Saturne, Mars et de Jupiter. Ce phénomène préoccupa fort les astrologues du temps, qui s'empressèrent à l'envi de l'observer et de tirer les enseignements qu'ils en espéraient recevoir touchant les événements futurs. Un manuscrit de la Bibliothèque Nationale renferme trois des pronostics qui furent alors composés; ce sont la Pronosticatio super conjunctÀonem Saturni, Jovis et, Martis anno Domini 1341° de maître Léo Judœus \ celle de maître Johannes de Mûris2, celle enfin de

1. Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. n° 7378 A, fol. Ci, v° à fol. 63, r°.

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