‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 29 sur 287 · Ms. cit., fol. 63, r° et v · texte numérisé non relu

Ms. cit., fol. 63, r° et v

maître Firminus de Bellavalle 1 . Ce manuscrit nous fait connaîtra les noms de deux des émules de Jean de Murs en Astrologie divinatoire ; ces noms sont ceux de Léon le Juif et de Firmin de Belle val.

Léon le Juif [Léo Judseus ou Léo Hebrœus) ou bien encore Léon de Bagnols {Léo de Bannolis) est le nom qu'on donnait, au Moyen Age, au rabbin Lévi ben Gerson.

Lévi ben Gerson naquit vers 1288 2, en Provence, soit à Bagnols, soit en Arles. Il semble avoir passé la plus grande partie de sa vie en Provence ou dans les Etats du Pape ; aussi, lorsqu'il fait allusion à l'édit d'expulsion qu'en 1306, Philippe le Bel rendit contre les Juifs de France, laisse-t-il entrevoir qu'il ne fut pas atteint par cette mesure, si dure pour ses coreligionnaires.

Léon le Juif mourut vers 1344.

Son principal ouvrage est intitulé : Milchamot Adonaï, Les guerres du Seigneur. Le texte hébreu en a été imprimé, une première fois, en 1560, à Riviera di Trento, et une seconde fois à Leipzick, en 1866.

La métaphysique et l'exégèse philosophique sont les principaux sujets dont traite cet ouvrage, dont les doctrines nous occuperont plus tard. Un livre, cependant, le cinquième, y était consacré à Y Astronomie. Ce livre a été omis par les deux éditions du texte hébreu ; mais une traductiou latine en avait été faite au xive siècle, et, de cette traduction, la Bibliothèque Nationale possède trois exemplaires manuscrits ; d'après ces exemplaires, Munk en a donné un résumé très concis 3.

Dans ce livre d'Astronomie, Lévi ben Gerson discute les questions que les maîtres ès arts et les lecteurs en théologie avaient coutume d'agiter dans les Universités chrétiennes : Les astres se meuvent-ils librement ou bien sont-ils sertis dans une sphère solide qui les entraine ? Les étoiles fixes sont-elles toutes mues par une même sphère ou bien y a-t-il, comme le voulait Maïmonide, autant d'orbes que d'étoiles? Pourquoi les planètes se meuvent-elles d'autant plus lentement qu'elles sont plus éloignées de la Terre ? Au-dessus de la sphère des signes, y a-t-il une sphère sans astre qui produise le mouvement diurne? On ne rencontre

i. Ms. cit., fol. 63, v° et fol. 64, r°.

2 S. Munk, Mélanges de Philosophie juive et arabe, t. I. p. 497> note, 2. — M. Joël, Le/ri ben Gerson (Gersonides) als Religionsphilosoph Ein Beitpctg c//r Gcsrhirh/c der Philosophie und der philosophischen Exégèse des Mittelallers, Breslau, 18O2, pp. 6-9. — Inséré dans : M. Joël, Beitrage zur Geschichle der Philosophie, Bd. I. Breslau, 1876.

3. S. Munk, Op. laud., t. I, p. 5oo. — M. Joël, Op. laud., pp. Ô2-*66.

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

rien, en ces discussions, qui ne se trouve couramment dans les écrits chrétiens sur les Sentences de Pierre Lombard ou sur le Traité du ciel d'Aristote.

Au cours de ses considérations astronomiques, Lévi rappelle les objections qui ont été dressées contre le système de Ptolémée ; il fait allusion aux hypothèses qu'un savant arabe a tenté de lui substituer ; dans ce savant, Munk a reconnu sans peine le célèbre Al Bitrogi.

Léon de Bagnols était, d'ailleurs, très versé dans la pratique de la Science céleste. Au cinquième livre du Milchamot Adonaï, il donne la description d'un nouvel instrument qu'il nomme le découvreur de ce qui est profondément caché. Le traité consacré à cet instrument;, fut, en 1342, traduit en latin par Pierre d'Alexandrie 1 ; cette traduction avait pour titre : De instrumento secretorwn revelatore ; elle était dédiée au pape Clément VI.

L'instrument imaginé par notre auteur était l'arbalestrille ou bâton de Jacob. Regiomontanus en fît si bon usage qu'on lui en a, bien souvent, attribué l'invention. Behaim, disciple de Regiomontanus, répandit, parmi les astronomes et les navigateurs portugais, la connaissance et l'emploi de la balestilha 2, en sorte que l'invention du Rabbin de Provence vint en aide très efficace aux grandes découvertes géographiques.

En même temps qu'à l'invention des instruments, Levi ben Gerson s'appliquait au calcul des tables ; on lui doit 3 des tables du Soleil et de la Lune dressées pour l'année 1320 et pour le méridien d'Orange.

A la pratique de l'Astronomie, il unissait celle de l'Astrologie judiciaire ; la Pronosticatio que nous avons citée nous en donne la preuve.

L'Astronomie n'était point la seule doctrine qui sollicitât les efforts de Lévi ben Gerson ; digne représentant de la science rabbinique en Provence, digne continuateur de Profatius, il s'adonnait aux études les plus diverses. Médecin de renom, il a montré, dans le Milchamot Adonaï, son aptitude à la Métaphysique et à la Théologie ; il a, d'ailleurs, commenté divers traités d'Aristote ; en particulier, son commentaire des Premiers analytiques est daté de 1319 K

1. M. Steinschneideh, Mathematik bel den Juden, Frankfurt ; § 43.

2. S. Gùnther, Behaim, Bamberg-. 1890, p. 22. — Joaquim Bensaude, L'Astronomie nautique au Portugal à V époque des grandes découvertes ; Berne, 19 12 : pp. i3-i4-

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