‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 4 sur 287 · I. LES ASTRONOMES · texte numérisé non relu

I. LES ASTRONOMES

ment un exposé des principes sur lesquels repose la construction des Tables de Tolède ; c'est aussi une critique de ces principes ; Jean de Sicile n'hésite pas à regarder l'hypothèse de l'accès et du recès, soutenue par le livre attrihué à Thâbit ben Kourrah, comme une supposition dénuée de tout fondement; très résolument, il propose de reprendre, pour rendre compte du mouvement de la huitième sphère, une théorie analogue à celle de Ptolémée.

L'écrit de Jean de Sicile commence en ces termes :

« Cum inter cœtera Philosophie documenta quitus intellectui splendor cognitionis acquiritur et infaillibilis rerum notifia, vindicatur, divinum merito constat esse prœstantius, quod altiora omnia suœ considerationis univër salit ate prœsumit et, insummi Conditoris animo persévérons, ejus amore et notitia nos informat, ut dum hujus doctrinœ principia quwrimus, omnium rerum Opificem ipsum inquirendo cognoscimus... »

Cet éloge de la Théologie est le début d'un préambule où les sciences se trouvent rangées par ordre de dignité ; dans cette classification, l'Astronomie se trouve placée immédiatement après l'étude des choses divines. Il en était de même dans la préface du Tractatus super totam Astrologiam de frère Bernard de Verdun, ouvrage avec lequel YExpositiode Jean de Sicile semble présenter une grande ressemblance ; ce livre-ci, comme celui-là, paraît avoir été composé dans l'intention de défendre les doctrines de Ptolémée contre les doutes de Roger Bacon.

Lorsque Jean de Sicile décrit les diverses sphères célestes, il s'exprime en ces termes 1 : « Pour que les apparences soient sauvées et que certains inconvénients ne se présentent pas, qui sont contraires à la Philosophie naturelle, il faut qu'à chaque planète, correspondent au moins trois orbes sphériques... » Et aussitôt, l'auteur nous décrit les combinaisons de corps solides imaginées par les Hypothèses de Ptolémée.

Cette description rappelle de très près celle que Roger Bacon avait donnée dans YOpus tertium et qu'il avait reproduite aux Communia naturalium ; comme cette dernière, elle est simplifiée à l'excès ; à la Lune et à Mercure, elle attribue seulement, comme aux autres planètes, un épicycle dont le déférent excentrique est compris entre deux orbes ; elle ne fait aucune mention de l'orbe supplémentaire que les Hypothèses des planètes et le Résumé d'Astronomie d'Ibn al Haitam, d'abord, que le Tractatus super totam Astrologiam de Rernardde Verdun, ensuite, avaient adjoint à cha-

i. Joannis de Sicilia Op. laud . , 3a pars principalis ; ms, cit., fol. 87, r°.

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

cun de ces deux astres, afin de figurer les mouvements compliqués que leur suppose YAlmageste.

La théorie des orbes planétaires donnée par Jean de Sicile ressemble tellement à celle de Bacon qu'on se demande si le premier de ces auteurs n'avait pas sous les yeux YOpus tertium du second. Il est malaisé de ne pas songer à cette hypothèse lorsqu'on lit cette phrase, par laquelle Bacon conclut sa description 1 :

« Ex hac ymaginatione non videtur sequi aliquod dictorum inconvenientium , et tamen contingit per ipsam appareutiam salvare... »

et lorsqu'on en rapproche cette autre phrase par laquelle Jean de Sicile commence son exposition :

« Opportet autem ad hoc qnod apparentia salvantur, et contra naturalem Philosophiam inconvenientia non sequantur, in unoquoque planetarum ad minus sint très orbes sphœrici... »

La théorie des mouvements planétaires n'est pas l'objet principal des réflexions de Jean de Sicile ; la théorie du mouvement de la sphère des étoiles fixes le préoccupe bien davantage.

Il nous expose l'histoire des variations des philosophes au sujet de cette théorie ; il le fait en des termes où se reconnaît l'influence du traité De motu octavœ sphdcrœ attribué à Thâbit ben Kourrah ; c'est à cet ouvrage qu'il emprunte la description du mouvement d'accès et de recès.

Quelles sont les raisons d'admettre un tel mouvement de la huitième sphère? « Cette supposition de Thébith, » écrit Jean de Sicile % « je n'ai pas trouvé qu'elle fut affermie sur quelque raison autre que celle-ci : Comme Ptolémée avait trouvé que les étoiles fixes se mouvaient d'un degré en cent ans, et Albatégni qu'elles se mouvaient d'un degré en soixante six ans, il sembla naturellement à Thébith que cette différence provenait de ce que ce mouvement était lent au temps de Ptolémée et rapide au temps d' Albatégni. »

Toutefois, notre auteur fait connaître 3 un autre argument que certains faisaient valoir en faveur du système de l'accès et du recès :

« Si ce mouvement était continuellement de même sens, comme l'affirme Ptolémée, il arriverait qu'après une demie révolution de la sphère étoilée, tous les signes septentrionaux deviendraient méridionaux ; alors, la partie de la terre qui est habitable devien-

i. Un fragment inédit de VOpus tertium de Roger Bacon, .. p 1 3 1 .

2 Joàanis de Sigilia Op. laud., 3* pars prinçipalis ; ms. cit . fol. i3i, v°.

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