‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 5 sur 287 · JOANNKS DE SlCILIA, î bici . \ OIS. cit -, fol. l323 V · texte numérisé non relu

JOANNKS DE SlCILIA, î bici . \ OIS. cit -, fol. l323 V

L'ASTRONOMIE PARISIENNE. — h LES ASTRONOMES 9

drait inhabitable. Or, les temps dont le souvenir a pu nous être conservé par les livres dépassent déjà 6000 années. Donc, dans la partie septentrionale, un tiers de la terre, qui était habitable, aurait dû devenir inhabitable, et, dans la partie méridionale, un tiers de la terre, qui était inhabitable, aurait dû devenir habitable. Il ne convient pas qu'il en soit ainsi et, d'ailleurs, nos sens ne nous montrent rien de cela. On a donc estimé qu'il n'était pas vrai que la huitième sphère se mût constamment dans le même sens...

» En outre, nous voyons que les diverses saisons de l'année sont plus ou moins chaudes ou froides selon que le Soleil s'approche de tel ou tel signe du Zodiaque ; au bout d'un certain temps, donc, l'été nous arriverait à la place de l'hiver et l'hiver à la place de l'été. »

Dans ce passage, nous reconnaissons un des arguments que Bacon faisait valoir en faveur de la théorie de l'accès et du recès ; mais cet argument a été déformé au point de devenir parfaitement déraisonnable, de sensé qu'il était en YOpus majus. Bacon, en effet, ne tirait pas ses déductions du mouvement de rotation que Ptolémée attribuait à l'orbe des étoiles fixes, mais delà circulation, toujours de même sens, que les successeurs de Ptolémée avaient attribuée à l'apogée (aux) du Soleil; par cette circulation, le Soleil, qui passe maintenant à l'apogée pendant l'été de l'hémisphère austral, finira par franchir ce point au cours de l'été de notre hémisphère ; et Bacon pensait que cet hémisphère aurait alors des étés trop chauds et des hivers trop froids pour continuer d'être habitable ; il attribuait, assurément, au déplacement de l'apogée solaire, des effets exagérés ; mais il ne se trompait pas sur le sens de ces effets. Sous la forme que lui donne Jean de Sicile, l'argument prend un caractère astrologique qui pouvait, de son temps, marcher de pair avec la vraisemblance, mais qui nous parait, aujourd'hui, le marquer d'absurdité.

<( Telle est, » dit notre auteur en concluant son exposé de système de Thâbit ben Kourrah, « la supposition à laquelle, aujourd'hui, bon nombre d'hommes expérimentés en cette science semblent donner leur consentement ; toutefois, elle parait déraisonnable et contraire aux principes de la Philosophie naturelle. »

Voici la contradiction principale qui semble exister entre l'hypothèse de Facéès et du recès et les enseignements de la Physique péripatéticienne :

« Le mouvement du Ciel doit être continuel et perpétuel, comme il est prouvé aux livres I et II Du Ciel et du Monde, et au

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VIIIe livre des Physiques; or ce mouvement n'est pas continu, car aux deux points du Cancer et du Capricorne, il se fait par une ligne qui se réfléchit en quelque sorte sur elle-même. »

Cet argument, c'est celui que Bacon avait opposé aux hypothèses de YAlmageste touchant le mouvement oscillatoire de l'épicycle d'une planète ; il n'est pas étonnant qu'on le puisse également faire valoir contre l'hypothèse de l'accès' et du recès, puisque cette hypothèse-ci semble n'être, nous l'avons vu \ qu'une transposition de celle-là.

Ici encore l'analogie entre la pensée de Jean de Sicile et celle de Roger Bacon va jusqu'à la similitude de style. Bacon avait écrit2 :

« Quoniam omnis motus corporum cœlestium est contînmes et perpetuus, ut ostenditur VIII0 Physicorum. Sed nullus motus reflexivus est continuus, ut ibidem docetur ; ymo accidet quies intermedia. »

De même, Jean de Sicile écrit :

« Motus cœli débet esse continuus et perpetuus, ut ibidem [in 1° et II0 Cœli et Mundï] probatum est et in VIII0 Physicorum ; hic autem motus non est continuus, cum in punctis Cancri et Capric or ni fiât quasi per lineam reflexam. »

Il semble résulter de là que les écrits où Bacon a discuté les hypothèses astronomiques étaient, vers la fin du xme siècle, aux mains des astronomes de Paris ; ils paraissent avoir grandement contribué à la formation de cette Ecole d'observateurs et de calculateurs sagaces et laborieux

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