LÉS ASTRONOMES
Les écrits astronomiques composés par'Jeau des Linières furent, au cours du Moyen Age, extrêmement répandus ; de cette vogue est née, pour l'historien, un grand embarras ; maintes fois recopiés, ces écrits ont vu leur titre changer à plusieurs reprises, ce qui a pu faire prendre pour œuvres distinctes différentes répliques d'une même œuvre ; parfois, les divers livres ou les divers chapitres d'un même traité ont été dissociés, copiés séparément, au point de passer pour ouvrages autonomes ; souvent, enfin, le nom de l'auteur a été altéré par les scribes ; de ces diverses causes résulte une extrême confusion que les efforts de M. Favaro *, de M. Steinschneider 2 du prince Boncompagni 3 n'ont pu dissiper tout'à fait.
La première œuvre de Jean des Linières qui retiendra notre attention n'est pas explicitement datée ; mais elle contient des tables qui partent de l'an 1320 ; nous ne risquons guère de nous tromper en plaçant au plus tard en 1320 la composition de cette œuvre.
Dans le manuscrit où nous l'avons étudiée, elle porte le titre suivant 4 :
Canones super tabulas magnas per Jo. de Lineriis compilatas ad meridiem Parisiensem ex tabulis Alfonsii.
Elle s'ouvre par une épitre dédicatoire que l'auteur adresse à Robert de Florence 5, doyen de l'église de Glasgow : « Multiplicis philosophie variis radiis illustrato domino Roberto de Florentia, Glassuensis ecclesie inclito decano, Johannes de Lineriis, Ambianensis dgocesis, astronomie veritatis amator S. ». Nous voici, tout d'abord, renseignés sur la patrie de Jean des Linières ; il était né au diocèse d'Amiens.
A Robert de Florence, notre Picard chante les louanges de l'Astronomie ; il la divise en deux parties ; de la première partie, de l'Astronomie théorique, il emprunte la définition au livre De ortu scientiarum de Robert de Lincoln : Scientia speculativa
1 . Antonio Favarù, Intorno alla vita ed aile opère di Prosdocirno de' Beldomandi, matematico padovano del secolo XV (Balletino di Bibliografia e di Storia délie Scienze maternatiche e fisiche pubblicato da B. Boncompagni, t. XII, 1879, pp. 1-74, ii5-25i).
2. M. Steinsghneider, Intorno a Johannes de Liveriis (de Lineriis) et Johannes Siculus (lbid.y pp. 345-35i).
3. B. Boncompagni, Intorno aile vite inédite di tre malematici (Giovanni Danck di Sassonia, Giovanni de Lineriis e Fra Luca Pacioli da Borgo San Sepolcro) scritte da Bernardino Baldi(Ibid., pp 352-419).
4. Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. n° 7281, fol . 201, v°.
5. Dans un manuscrit de la Bibliothèque d'Erfurt, il est nommé : Robertus de Bardis de Florentia, Robert de Bardi de Florence [Maximilian Curtze, Mathematisch historische Miscellen, 7 (Bibliotheca mathernatica, 2e série, t. I, 1895, p. io5)].
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
humant aspect us perfectiva. A côté de ceux qui s'adonnent à cette partie spéculative de l'Astronomie, il en est qui se consacrent à l'Astronomie d'observation ; ils construisent des tables ou fabriquent des instruments.
Parmi ces instruments, « il en est qui servent à étudier les planètes et à déterminer leurs équations ; tels sont le demi-cercle [semissa) et l'instrument de Campanus; d'autres sont employés à étudier le premier mobile ; ce sont la sphère solide, Y astrolabe, la saphea, le demi-astrolabe et les quadrants ».
A ces deux branches de l'Astronomie d'observation, la composition des tables, d'une part, et la construction des instruments, d'autre part, Jean des Linières a voulu contribuer :
« J'ai donc construit 1 les présentes tables qui sont immédiatement perpétuelles, car elles peuvent admettre n'importe quel point de départ ; elles excluent le travail considérable que requiert l'usage des tables ; elles font disparaître l'imprécision des instruments. »
D'autre part, « j'ai composé un instrument qui contient toutes les puissances et les excellences des instruments susdits, tout en étant exempt des difficultés, des inconvénients et des défauts que ceux-ci présentent ; il mérite le nom à' astrolabe universel, car en sa surface unique, la machine du Ciel se trouve contenue tout entière, et cette même surface peut être appliquée en tous les pays.
» Recevez donc, Seigneur Doyen, l'instrument et les tables que je vous offre ; modestes présents de mon labeur, ils conviennent à votre perspicacité et à votre bonté. S'il s'y trouve quelque chose qui ne soit pas assez bien dit, que votre génie veuille bien le ramener à la règle. »
Description de Y Astrolabe universel, Grandes tables astronomiques, canons adaptés à l'usage de ces Grandes tables, telles sont les parties principales de l'ouvrage qu'en 1320, Jean des Linières envoyait à Robert de Bardi de Florence.
En outre, cet ouvrage débutait 2 par une courte introduction arithmétique relative à l'addition des minutes physiques, c'està-dire des nombres formés de signes, degrés, minutes, secondes et tierces : « Modum additionis integrorum et minutorum physicorum cum integris et minutis physicis proponere ». -
Le traité envoyé au Doyen de Glasgow fut très lu des astro-
i . Ms. cit., fol . 202, r°.