GILLES DE ROME
Gilles naquit - à Rome 1 ; l'indication de ce lieu d'origine est le seul qualificatif que les documents contemporains ajoutent au nom d'JEgidius. Aussi est-il fort douteux qu'il ait appartenu à la famille Golonna ; le nom de Gilles Golonna lui est, en effet, donné pour la première fois par l' Augustin Jourdain de Saxe (f 1380), dans ses Vitœ fratrum.
On place communément en 1247 l'année de la naissance de Gilles ; cette date, qu'aucune preuve sérieuse ne confirme, parait un peu trop tardive au R. P. Mandonnet.
Entré fort jeune dans Tordre des Ermites de Saint Augustin, il avait été élevé dès son enfance, dit-il lui-même en son testament, dans la maison que ces religieux avaient acquise à Paris au mois de décembre 1259.
Guillaume de Tocco nous dit qu'il fut, à l'Université de Paris, le disciple de Thomas d'Aquin ;' c'était, assurément, pendant le dernier séjour (1269-1272) que le grand docteur fit dans cette Université.
Gilles nous apprend, dans son Commentaire au second livre des Sentences, qu'il se trouvait à Paris durant Tannée 1277, au moment où Tévêque de Paris, Etienne Tempier, porta ses fameuses censures contre les doctrines péripatéticiennes, néo-platoniciennes et averroïstes.
A ce moment, s'ouvre, dans la carrière de Gilles, une obscure
i. Tous nos renseignements biographiques surGilles deRome sont extraits des écrits suivants :
FÉLIX Lajaud, Gilles de Rome, religieux augustin, théologien (Histoire littéraire de la France, t. XXX, pp. 42 1-566).
P. Mandonnet, O. P., La carrière scolaire de Gilles de Home (i2j6-i2gi) (Revue des Sciences philosophiques et théofogif/i/es, t. IV, 1910, pp. ^&i-fygô),h
lacune. Il est certain que notre théologien eut alors, avec Etienne Tempier, un grave démêlé ; il soutint avec obstination des doctrines qu'il dut rétracter plus tard. Le P. Mandonnet, qui s'est efforcé de projeter quelque lumière au sein de ces ténèbres, pense que Gilles était alors bachelier en exercice ; qu'il composa son opuscule De gradibas forma?inn, dont les thèses contrevenaient sinon aux condamnations portées par Tempier, du moins aux interdictions formulées, en même temps, à Oxford, par Robert Kilwardby ; l'Evêquc de Paris aurait appliqué à Gilles, dans son diocèse, les pénalités que Kilwardby avait édictées pour le diocèse de Cantorbery, et notre bachelier aurait été contraint de quitter Y Université.
Sans doute faut-il rejeter au nombre des légendes sans fondement la tradition selon laquelle le roi de France Philippe III lui aurait confié l'éducation de son fils, qui devait être Philippe-le- Bel. C'est pour l'éducation de ce jeune prince que Gilles aurait composé son traité De regimine principum.
La disgrâce que Gilles avait encourue à Paris dura huit ou neuf ans. Le premier juin 1285, Honorius IV écrit à Ranulphe d'Homblières, successeur d'Etienne Tempier sur le siège de Paris1. Le pape « a appris que son cher fils Gilles de Rome, de l'ordre des Ermites de Saint Augustin, jadis, à Paris, alors qu'il vaquait à certaines études, avait soutenu de vive-voix et rédigé par écrit certaines doctrines ; ces doctrines, Etienne Tempier, de bonne mémoire, évêque de Paris, votre prédécesseur, après les avoir examinées lui-même, après les avoir fait examiner par celui qui était, en ce temps, chancelier de Paris et par d'autres maîtres de la Faculté de Théologie, jugea qu'elles devaient être rétractées; Gilles ne les rétracta point du tout ; bien plutôt, il s'efforça de les soutenir par diverses raisons.
» Mais, récemment, frère Gilles de Rome s'est présenté devant le siège apostolique ; il s'est humblement déclaré prêt à rétracter, selon ce que déciderait notre volonté, tout ce qui mérite d'être rejeté dans ce qu'il avait dit et écrit. »
Touché de ces bonnes dispositions, mais estimant qu'il convenait de rétracter l'enseignement erroné au lieu même où il avait été donné, le pape ordonne à Ranulphe d'Homblières, « à notre cher fils Nicolas, chancelier de l'Université de Paris, et à tous les autres maîtres de la Faculté de Théologie demeurant h Paris, non
i . Denifle et Châtelain, Chartularium Universitatis Parisiensis, t. I, pièce nf) 522, p. 633.
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
seulement à ceux qui sont régents en exercice, mais encore à ceux qui ne le sont pas, de procéder k cette affaire suivant leur propre conseil, après avoir été spécialement convoqués à cet effet ; ils indiqueront au dit frère les thèses qu'il devra révoquer devant tous, et spécialement celles dont votre dit prédécesseur avait ordonné la rétraction ; vous veillerez alors à conférer, en vertu de notre autorité, la licence à frère Gilles, et à nous expédier cette licence, selon ce qui, devant Dieu, vous semblera profitable à la foi catholique et à l'utilité de l'Université de Paris, du consentement de la majorité des maîtres eux-mêmes. »
L'ordre des Ermites de Saint Augustin n'avait pas attendu que Gilles fût rentré en grâce auprès de l'Université de Paris et eût reçu la licence en Théologie, pour lui décerner des honneurs dont, par la suite, il le devait combler. Dès 1281, dans un chapitre tenu à Padoue, Gilles avait été nommé définiteur de sa province, bien qu'il ne fût encore que bachelier de l'Université de Paris.
« En 1287 *, dans le chapitre général de l'ordre de Saint Augustin tenu à Florence par Clément d'Osimo, fut promulgué ce décret unique, le plus glorieux sans contredit qu'un ordre religieux ait jamais porté en l'honneur d'un de ses membres : « Comme la doc- » trine de notre vénéré Maître JEgidius éclaire tout l'Univers, » nous décidons et mandons, pour être inviolablement observé, » que les opinions, les propositions, les sentences écrites et à » écrire de notre susdit maître soient reçues par tous les profes- » seurs et étudiants de notre ordre ; qu'ils y donnent leur assen- » timent, et qu'ils soient, avec tout le zèle dont ils seront capa- » bles, les ardents défenseurs de sa doctrine, afin que, illuminés » eux-mêmes par ses écrits, il puissent, à leur tour, illuminer les » autres. »
» ... Le 6 janvier 1292, Gilles fut nommé, à l'unanimité des suffrages, prieur général ou général de l'ordre, et cette élection fut accueillie avec un enthousiasme universel. »
En 1294, Gilles de Rome résigna cette charge de prieur général des Ermites de Saint Augustin pour aller occuper le siège archiépiscopal de Bourges, auquel Boniface VIII venait de l'appeler. Il dirigea l'archidiocèse de Bourges et la province ecclésiastique d'Aquitaine, dont il était primat, jusqu'à sa mort. Celle-ci survint le 22 décembre 1316, durant un séjour de Gilles de Rome à la cour pontificale d'Avignon.
Nous possédons, de Gilles de Rome, des écrits extrêmement
i. F. Lajard, Op. laud., p. 430.
nombreux ; mais il en est peu où il soit amené à nous faire connaître son opinion touchant les hypothèses astronomiques.
Parmi ceux où il traite du mouvement des astres, il faut citer, en premier lieu, le Commentaire au second livre des Sentences. « Ce commentaire 1 est dédié à Robert, roi de Sicile, petit-fils de Charles d'Anjou. Ainsi la rédaction n'en est point antérieure à l'année 1309, époque où ce prince monta sur le trône. »
Le Commentaire au second livre des Sentences a été imprimé trois fois ; d'abord sans indication de lieu, d'année ni d'imprimeur ; puis à Venise, en 1482, chez Luc, fils de Dominique 2 ; enfin à Venise, chez Fr. Ziletti, en 1581.
L'étude de l'œuvre de la création amène parfois Gilles de Rome, en cet ouvrage, à faire quelques allusions aux systèmes astronomiques ; mais ces allusions sont très brèves et exemptes de toute discussion. Si Gilles de Rome n'avait écrit que ce commentaire, il aurait peu de titres à être cité dans ces pages.
Mais à ce commentaire, il nous faut joindre l'ouvrage intitulé : Hexaemeron, seu de mundo sex diebus condito libri IL Comme l'indique le titre de cet écrit, il prend place en cette suite d'ouvrages, dont les Pères de l'Eglise nous ont laissé divers modèles, qui ont pour objet de commenter le premier chapitre de la Genèse et d'en comparer les enseignements à ceux de la Physique.
Cet ouvrage dont l'importance est grande pour l'histoire des idées cosmologiques du Moyen Age, est regardé par F. Lajard comme un développement et un remaniement de plusieurs questions déjà traitées au Commentaire sur le second livre des Sentences. La vérité est que Y Hexaemeron se trouve plusieurs fois cité dans ce commentaire. Lorsqu'en son écrit sur les Sentences, l'Archevêque de Rourges parle de la disposition relative de la terre et des mers, il écrit cette phrase 3 : « Quod quomodo sit plane descripsimus in nostro exaemeron. » Ailleurs, à propos de la