‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 80 sur 287 · NI ÉPICYCLES · texte numérisé non relu

NI ÉPICYCLES

Les principes qui dirigent Buridan dans sa discussion des systèmes astronomiques semblent être pleinement adoptés par un auteur dont le nom nous demeurera inconnu, mais dont nous allons étudier le curieux opuscule.

Cet ouvrage occupe quatorze folios d'un texte à deux colonnes, écrit sur parchemin, texte qui nous a été communiqué par

M. Jacques Rosenthal, libraire à Munich. Il commence, sans aucun titre, par ces mots : « Cum iiiferionum (sic) cognitio ad celestium conducat inquisicionem... » 11 se termine par cette phrase : « Sed sufficit modo mine in gênerait tetigis.se modum. » Aussitôt après cette phrase, en effet, se lit la mention : Explicit tractatus. Pas plus que de titre, nous ne trouvons d'indication qui nous fasse connaître le nom de l'auteur. Mais la date de composition du traité peut être fixée d'une manière approximative et probable. Au dernier chapitre, dans l'avant- dernière colonne du texte, l'auteur parle d'une éclipse observée au mois de mai ,de Van 1362 ; il est vraisemblable que la rédaction de son traité a suivi de près cette observation.

Le texte est divisé en chapitres dont les débuts sont marqués par des lettres capitales enluminées ; on compte onze de ces chapitres.

Le petit traité que nous proposons d'analyser pourrait se subdiviser en deux parties, une pars dcstniens et une pars œdificans; dans la première, l'auteur élève des objections contre le système de Ptolémée ; dans la seconde, il esquisse sommairement son propre système.

Après un exposé rapide des principes astronomiques admis par Ptolémée et par ses partisans, « il nous reste maintenant, poursuit notre auteur1, à développer nos raisons contre la supposition des excentriques et des épicycles, et, en premier lieu, contre les épicycles ; ce sont eux, en effet, qu'il parait le plus vraisemblable d'admettre ; ils ont une plus grande évidence, si l'on suppose que l'opinion de ceux qui les admettent dit ceci : Lorsqu'on calcule l'épaisseur des orbes, la plus grande distance de la Lune est la plus petite distance de Mercure, et la plus grande distance de Mercure est la plus petite de Vénus ; c'est ce qu'on trouve en la XXIIe différence d'Alfraganus ; la même chose se tire de Gampanus, en sa Théorique; ils infèrent de là qu'il n'y a pas de vicie entre les sphères. De ce même principe, résulte cette conséquence qui présente un grand inconvénient : Deux planètes, quelconques d'ailleurs, qui se succèdent immédiatement pourraient se toucher immédiatement par contiguïté. »

A l'hypothèse des épicycles, notre auteur fait une objection qui serait plus grave si elle était fondée ; il lui semble qu'elle entraîne, pour la distance de chacune des planètes à la Terre, des variations beaucoup trop grandes, et hors de proportion avec les

i . Op. laud., Cap. IHm ; ms. cit , fol. 92, col. cl.

L ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

changements d'éclat et de diamètre apparent de cette planète.

Cette objection," d'ailleurs, vaut aussi bien contre l'hypothèse des excentriques et, d'une manière générale, contre l'ensemble du système de Ptolémée. « J'arrive, dit l'opuscule que nous analysons \ aux raisons qui contredisent cette antique fantaisie des excentriques ; si elle était véritable et conforme à l'avis approuvé par ceux qui l'admettent, la Lune se trouverait, au moment de la pleine lune, plus éloignée de la Terre que dans les quadratures, alors qu elle n'est qu'à moitié éclairée, et la première distance serait plus des 3/2 de la seconde, ce qui est faux. »

De nombreuses citations de Y Astronomie de Géber nous font connaître la source à laquelle notre auteur avait puisé sa critique du système de Ptolémée. Il ne nous cache pas, d'ailleurs, son admiration pour cet Arabe 2 : « Tout cela, écrit-il , est tiré des dires de Géber qui, pour les démonstrations, est réputé comme plus grand, peut-être, que Ptolémée ; cela se manifeste au cours de son traité, où il montre maintes fois que Ptolémée s'est trompé. »

Notre auteur, toutefois, ne se contente pas d'élever, contre l'hypothèse des excentriques, ces objections astronomiques ; il y joint3, en achevant sa critique, l'objection essentielle que formulait la Physique péripatéticienne : « Il en résulte qu'il existerait un certain corps simple qui ne pourrait être mu d'un mouvement simple; la Philosophie tout entière proclame le contraire (cujus opposition clamât tota Philosophia); à chaque corps mobile, en effet, la nature assigne un mouvement conforme à la qualité de ce corps ; c'est dire qu'à un corps simple, elle assigne un mouvement simple ; or la simplicité du mouvement des cercles s'apprécie selon {attendit ur pênes) la circulation concentrique au Monde, circulation qui ne peut avoir aucun excentrique ni épicycle; on a donc la proposition énoncée. »

Après avoir exposé ces diverses objections, notre auteur entreprend4 de réfuter les motifs donnés par Ptolémée et ses partisans en faveur des excentriques et des épicycles ; la discussion est véritablement escamotée ; citons-en seulement la conclusion 5 :

« De tout cela, on conclut que les lieux des planètes, comparés par l'observation faite avec les instruments, diffèrent notablement des situations de ces mêmes planètes, déterminées au moyen des

Page 1