‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 79 sur 287 · Voir: Tome III, pp · texte numérisé non relu

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mouvement serait sans objet ; les mouvements célestes ont pour fin les changements du monde sublunaire ; ils déterminent ces changements en modifiant les positions des astres par rapport à la Terre ; mais aucune modification ne résulterait de la rotation d'une étoile parfaitement homogène autour de son centre.

De cette discussion, Buridan conclut au rejet de l'hypothèse de l'épicycle.

Mais, à Tencontre de cette conclusion, il voit se dresser cette objection qu'il a lui-même formulée : Ptolémée et tous les astronomes modernes attribuent des épicycles à la Lune et aux cinq planètes. Cette objection, il l'écarté en ces termes : • « A l'autorité des astronomes, le Commentateur répondra que cette manière de supposer ou d'imaginer des excentriques et des épicycles est, en effet, valable, pour le calcul [des mouvements célestes], pour connaître les lieux des planètes, leurs dispositions par rapport à nous et les unes par rapport aux autres ; et les astronomes ne demandent rien de plus ; il leur est donc permis d'user de telles imaginations, bien qu'il n'en soit pas ainsi en la réalité.

» Et lorsque l'on dit qu'on ne peut, [sans ces suppositions], sauver les apparences, j'accorderais volontiers que ces apparences ne peuvent être sauvées si l'on n'admet ni épicycle ni excentrique ; mais elles pourraient toutes être sauvées à l'aide d'excentriques sans épicycle. Et c'est ce qu'on verra dans une autre question. »

C'est ce que nous allons voir, en effet, dans la XIe question que Buridan examine au sujet du XIIe livre delà Métaphysique, et qu'il formule ainsi : « Faut-il, dans le Ciel, supposer des orbes excentriques? »

Après avoir rappelé par quels faits on peut montrer qu'une même planète est tantôt plus éloignée et tantôt plus voisine de la Terre, notre auteur continue en ces termes1 :

« Il me semble que cette apparence pourrait être sauvée par des excentriques sans épicycles, et aussi par des épicycles sans excentriques...

» Mais quelques personnes font des objections à cette conclusion. En effet, une très grande variation se manifeste derechef en la manière dont une planète s'approche de la Terre ou s'en éloigne. Parfois, en effet, la planète s'approche beaucoup de la Terre avant de commencer à s'en éloigner de nouveau; tandis que,

i. Joannis Buridani Op. laud., lib. XII, quœst. XI; éd. cit., fol. LXXIIII, col. a.

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

parfois, elle commence à s'éloigner de nouveau alors que son mouvement d'approche a été, certainement, moitié moindre que dans le premier cas. Et cela, il ne serait pas possible de le sauver en admettant seulement un excentrique ou seulement un épicycle.

» Cependant, voici ce qu'on pourrait encore répondre à ce raisonnement : Si l'on voulait tenir pour les épicycles sans excentriques, il faudrait, pour sauver cette apparence, placer un épicycle dans un autre épicycle ; alors, toute variation qui est sauvée par un excentrique et un épicycle serait également sauvée par ces deux épicycles.

» De même, si l'on voulait admettre des excentriques sans épicycles, il faudrait poser deux excentriques l'un dans l'autre, de la même manière que nous mettons un orbe excentrique dans un orbe concentrique ; tout serait alors sauvé par ces deux excentriques comme il était sauvé par l'excentrique et l'épicycle.

» Bref, il ne m'apparaît pas que l'un quelconque de ces divers moyens puisse être bien démontré vrai non plus que bien démontré faux (Et breviter loquendo non apparet michi qnod aliqua istarum viarum sit bene démons trabilis nec etiam bene reprobabilis). »

En ce passage, Buridan renoue la grande tradition d'Apollonius et des géomètres grecs ; il reprend l'étude des diverses compositions de rotations qui sont équivalentes entre elles lorsqu'on cherche à figurer un certain mouvement composé ; nous avons vu comment cette équivalence avait vivement frappé l'esprit d'Hipparque, comment elle avait, la première peut-être, provoqué l'esprit humain à peser la valeur des hypothèses astronomiques ; les pensées qui s'étaient offertes à la raison des Mathématiciens alexandrins sollicitent, à leur tour, les Nominalistes parisiens.

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