ALBERT DE SAXE
Albert de Helmstaedt, dit Albert de Saxe 1, a reçu, des. Scolastiques italiens de la Renaissance, les surnoms à'Albertus parvus, Albertutius, Albertilla.
C'est en 1351 que nous voyons Albert de Saxe subir l'épreuve de la déterminance et faire sa première leçon à la Faculté des Arts de Paris. En cette même année 1351, il est nommé procureur de la Nation anglaise ; en 1353, on lui confie les fonctions de recteur de l'Université. Lorsqu'en 1358, la Nation anglaise et la' Nation picarde voulurent, par un statut définitif, délimiter les pays qui ressortissaient k chacune d'elles, Albert de Saxe fut un des commissaires députés par la Nation anglaise ; Jean Buridan, nous l'avons dit, se trouvait, en même temps, au nombre des représentants de la Nation picarde.
En 1361, la Nation anglaise présente Albert pour être investi de la charge de curé de la paroisse Saints-Côme et Damien qui relevait de l'Université. En cette même année, elle le choisit pour receveur.
On a souvent identifié Albert de Helmstaedt avec Albert, fils de Bernard le Riche, de Ricmerstorp, au diocèse d'Halberstadt ; celuici, après avoir étudié à l'Université de Paris, fut mis par Rodolphe, en 1365, à la tête de l'Université de Vienne récemment fondée; il fut ensuite, le 21 octobre 1366, nommé évêque d'Halberstadt. Cette identification ne supporte pas l'examen.
En 1368, Albert de Saxe était encore à la Faculté des Arts de l'Université de Paris et il y rédigeait 2 les Subtilissimse qnœstiones in libros de Cœlo et Mundo qui nous feront connaître ses opinions sur les systèmes astronomiques.
1 . Pierre Duhem, Albert de Saxe et Léonard de Vinci (Études sur Léonard de Vinci, ceux quil a lus et ceux qui Vont lu ; Première série, p. i) — Albert de Saxe (Jbid, p. 3 19).
2. Pierre Duhem, Jean I Buridan (de Béthune) et Léonard de Vinci ; I. Une date relative à Maître Albert de Saxe (Etudes sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui Vont lu, 38 série, pp. 3-6).
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
Tous les textes, manuscrits ou imprimés, qui nous ont conservé ces questions, débutent par cette déclaration :
« Seciindum exige ntiam istarum materiarum, Domino concedente, quasdam conscribam quœstiones super totalem librum Aristotelis antedictum. In quibus si quid minus bene dixero, bénigne correctioni melius dicentium me subjicio. Pro bene dictis autem non mihi soli sed magistris meis reverendis de nobili facultate artium Parisiensi qui me talia docuerunt peto dari grates et exhibitionem honoris et reverentiœ. »
Le texte que nous conserve un manuscrit de la Bibliothèque Nationale se termine ainsi 1 :
« Et sic cam Dei adjutorio finite sunt questiones super totalem librum de celo et mundo per Magistrum Albertum de Saxonia juxta illa que didicit a Magistris suis. Paris ius in facultate arcium anno Domini M°C0C0C°LXVI[J. »
En parlant de son œuvre, Albert de Saxe fait preuve d'une grande modestie, mais il ne manque pas de clairvoyance. Il est disciple plus que maître. Professeur remarquable assurément, il expose avec beaucoup d'ordre, de précision, de clarté, les doctrines de ses prédécesseurs et, en particulier, les géniales intuitions de Jean Buridan; mais il est assez rare que sa pensée donne des marques d'originalité.
En exposant l'enseignement de Buridan, il lui a rendu un service signalé ; il l'a préservé de l'oubli et, en particulier, il l'a transmis aux hommes de la Renaissance. Nombre d'écrits de Buridan, telles les Questions sur les Météores, sur le De generatione, sur le De Cœlo, n'ont jamais été imprimés ; les Questions sur la Physique, les Questions sur la Métaphysique n'ont eu qu'une seule édition, et assez tard. La plupart des traités d'Albert de Saxe, au contraire, ont été édités de bonne heure et réimprimés nombre de fois.
En particulier, les Subtilissimœ quœstiones in libros de Cœlo et Mundo qu'avait composées notre auteur furent publiées à Pavie, en 1481, par Antonius de Carchano ; à Venise, Octaviano Scot les fit imprimer par Boneto Locatelli en 1492 et en 1520, tandis qu'Otinus Papiensis les publiait en 1497 ; à Paris, enfin, elles furent comprises dans la collection de commentaires sur les écrits physiques d'Aristote que Josse Bade d'Asch et Conrad Resch imprimèrent en 1516 puis, de nouveau, en 1518 ; ces commentaires étaient dus à Albert de Saxe, à Thémon le fils du Juif et à
ï. Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. n° it^zS, fol. 162, col. h.
- lAsTRONONIE PARISIENNE. — II. EES PHYSICIENS 1 ").*{
Buridan. Dans ces deux éditions, faites sous la direction de l'Ecossais Georges Lockert, les Subtilissimœ quœstiones in libros de Cœlo et Muado a Magistro Alberto de Saxonia éditée sont moins complètes que dans les autres éditions ; deux questions du second livre, celles qui portent ailleurs les numéros XIV et XIX, y sont omises ; ces questions, fort importantes d'ailleurs, n'ont pas trait aux doctrines astronomiques.
Quel fut donc le parti pris par Albert de Saxe dans les débats divers auxquels donnait lieu la Science des astres ?
Albertutius mentionne, la théorie d'Al Bitrogi1; mais l'exposé qu'il en donne, imité de celui qu'Albert le Grand a plusieurs fois présenté, n'est nullement fidèle. Il réduit toutes les suppositions qui soutiennent le système d'Al Bitrogi à cette seule opinion : Chaque sphère planétaire se meut d'Orient en Occident, autour de ses pôles particuliers, plus lentement que la sphère suprême ; d'où l'apparence d'un mouvement propre d'Occident en Orient.
Béduit à ce degré de simplicité, le système d'Al Bitrogi ne saurait rendre compte des particularités que présentent les mouvements des planètes, et Albert de Saxe n'a point de peine à le montrer : « S'il n'y avait entre les mouvements des diverses orbites d'autres différences que des retards variés, Vénus et Mercure devraient se trouver, à certains moments, en opposition avec le Soleil, ce qu'on a jamais vu. Ces planètes sont en conjonction, ou bien elles n'apparaissent que le soir ou le matin. Alfragan affirme que 48° est l'écart maximum de Vénus par rapport au Soleil et 26° l'écart maximum de Mercure. »
Cette objection, et d'autres qu'Albert le Grand avait déjà formulées, suffisent à condamner le système d'Al Bitrogi.
Contre les excentriques et les épicycles, on a fait valoir diverses difficultés ; à celles qu'avait signalées le Commentateur, on en a joint de nouvelles. Albert de Saxe les énumère 2. Il en est une qui attire particulièrement son attention ; la voici :
Si une planète se meut en un excentrique, elle ne se meut point de mouvement simple ; lorsqu'elle marche vers l'apogée, elle s'éloigne du centre du Monde, elle monte ; lorsqu'elle va de l'apogée au périgée, elle se rapproche du centre du Monde, elle descend ; son mouvement se compose ainsi de deux mouvements simples, une révolution autour du centre du Monde, et un mouvement rectiligne, centripète ou centrifuge.
ï. Alberti de Saxonia Quœstiones in libros de Cœlo et Mundo ; in lib. II quaest. XV (apud édd. Veoetiis 1492 et i52o) ; quaest. XIV (apud édd. Parisiis i5i6 et i5i8).