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NICOLE ORESME

Nicole Oresme est, à peu près, contemporain d'Albert de Saxe ; peut-être était-il de quelques années plus âgé que ce dernier. Dès 1348, en effet, nous voyons 2 Maître Nicole Oresme, du diocèse de Bayeux, étudier en Théologie à Paris. En 1356, il est grand maître du Collège de Navarre. En 1362, déjà pourvu du grade de maître en Théologie, il est nommé chanoine de Rouen. Le 18 mars 1364, il est élevé au rang de doyen du Chapitre. Le 3 août 1377, il devient évêque de Lisieux. Il meurt à Lisieux le 11 juillet 1382.

Les écrits de Maître Nicole Oresme sont fort nombreux 3 ; beaucoup sont, à la mode du temps, écrits en latin ; mais plusieurs sont écrits en un français qui doit faire mettre l'auteur au rang des maîtres de notre langue.

Les écrits d'Oresme ont pour sujets les études les plus diverses. Il en est qui sont purement théologiques, tel le traité De commu-

1. Alberti de Saxonia Quœstiones in libros de Cœlo et Mundo, lib. II, qusest. VIII.

2. Denifle et Châtelain, Chartularium Universitatis Parisiensis, tomus II, pars prior (i3oo-i35o) : p. 638 et p. 64r, en note.

3. Francis Meunier, Essai sur la vie et les ouvrages de Nicole Oresme, thèse de Paris, 1857.

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYÈN AGE

nicatione idiomatum in Christo, demeuré inédit. Plusieurs sont destinés à combattre l'Astrologie. Ceux qui concernent la Morale et la Politique font considérer Oresme comme un précurseur de l'Economie politique 1 ; c'est parmi ceux-ci qu'il faut placer la traduction avec « glouse » de Y Éthique d'Aristote, faite en 1370^ sur l'ordre et aux frais de Charles V ; celle de la Politique et de Y Économique, accomplie en 1371, dans les mêmes conditions; enfin l'admirable Petit traictié de la première invention des monnoies et des causes et manières d'icelles, qui avait été écrit en latin avant de l'être en français.

Nicole Oresme ne s'est pas montré, en Mathématiques, moins heureux inventeur qu'en Economie politique. L'usage des coordonnées, introduit par son Tractalus de figuratione potentiarum et mensurarum difformitatum, lui a permis d'être le précurseur 2 de Descartes en Géométrie Analytique et de Galilée en Cinématique.

Charles V, désireux de répandre le goût des sciences en son royaume, avait fait traduire et commenter en français, par Nicole Oresme, Y Éthique, la Politique ai Y Économique d'Aristote ; encouragé, sans doute, par le succès de ces écrits, il demanda au même maître de mettre en langue vulgaire le De Cœlo et Mundo d'Aristote ; cette demande a déterminé la composition de l'un des monuments les plus importants que nous ait laissés la Science du Moyen Age .

Le Traité du Ciel et du Monde, dont la Bibliothèque Nationale possède plusieurs textes manuscrits3 contemporains d'Oresme, débute en ces termes 4 :

« Ou nom de Dieu, cy commence le livre d'Aristote appellé du Ciel et du Monde, lequel du commendement de très souverein et très exellent prince Charles le Quint de cest nom, par la grâce

1. Traictie de la première invention des monnoies de Nicole Oresme, textes français et latin d'après les manuscrits de la Bibliothèque impériale, et Traité de la monnaie de Copernic, texte latin et traduction française, publiés et annotés par M. L. Wolowski ; Paris, Guillaumin, 1864. — Charles Jourdain, Mémoire sur les commencements de V Economie politique dans les Ecoles du Moyen Age (Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXVIII, 2e partie, 1874)-

2. MoRiTz Cantor, Vorlcsungen uber die Geschichte der Malhematik, Bd. II, 2le Aufl., Leipzig-, 1900; pp. i2Qseqq.

Pierre Duhem, Dominique Solo et la Scolastique parisienne (Etudes sur Léonard de Vinci, Troisième série : Les précurseurs parisiens de Galilée ; Paris, 191 3, pp. 375-3(j8).

3. Un de ces textes (fonds français, n° 565), orné de miniatures, porte In signature du duc de Berry, frère de Charles V, auquel il a appartenu ; c'est sur un autre texte (fonds français, no io83), de la mêmeépoque et fort correct, que, grâce à l'obligeance de M. Omont, conservateur du département des manuscrits à la Bibliothèque Nationale, nous avons pu étudier cet ouvrag-e.

4- Bibliothèque Nationale, fonds français, ms. n° io83, fol. \, col. a.

l'astronomie PARISIENNE. — II. LES PHYSICIENS 1&0

de Dieu Roy de France, désirant et amant toutes nobles sciences, » Je, Nicole Oresme, doyen de l'église de Rouen, propose

translater et exposer en françois. »

La fin du traité est la suivante 1 :

« Et ainsi, à laude de Dieu, J'ay accompli le livre du Ciel et du Monde au commandement de très excellent prince Charles Quint de ce nom par la grâce de Dieu roy de France, lequel, en ce faisant, m'a fait évesque de Lisieux.

» Et pour mieux animer, exciter et esmouvoir les cuers des joenes hommes qui ont subtilz et nobles engins et désir de science, affîn que il estudient à dire encontre et à moy reprendre pour amour et affection de vérité, Je ose dire et me fais fort qu'il n'est homme mortel qui onques veist plus bel ne meilleur livre de philosophie naturelle que est cestuy, ne en hébreu, ne en grec, ne en arabic, ne en latin, ne en françoys.

» Ecce lihram celi Karolo pro regc peregi. Régi celesti gloria, laus et honor, Nam naturalis liber unquam philosophie Pidchrior aut potior nidlus in orbe fuit. »

Cette fin nous fait connaître la date à laquelle fut écrit le Traité du Ciel et du Monde; Oresme le composait lorsqu'il fut nommé évêque de Lisieux, c'est-à-dire en 1377 ; ce fut, sans doute, sa dernière œuvre philosophique ; elle n'a jamais été imprimée.

Il ne faudrait pas, d'ailleurs, attribuer une date aussi tardive aux pensées exposées dans ce Traité ; avant de les présenter en français, Oresme les avait sans doute maintes fois, et depuis longtemps, professées ; ainsi s'explique comment ce que le Traité dit du mouvement de la Terre peut se trouver réfuté dans les Qusesi doues super lit fis de Ctclo et Mundo de Buridan, comment nombre de théories du Traité sont manifestement reproduites ou discutées dans les Quœstioucs in libros de Cœlo et Mundo composées en 1368 par Albert de Saxe.

Arant de commenter le Traité du Ciel et du Monde, Nicole Oresme avait composé, également en français, un Traité de la Sphère; au premier de ces deux traités, l'auteur cite à plusieurs reprises le second. « Et ce, dit-il2, ai ge autrefois déclairé ou XXXIX chapitre du traictié en françois que je lis de l'espère. »

t. Ms. cit.., fol. 122, coll. a et b. 2. Ms. cit., fol. 95, col. c.

l'astronomie latine au moyen agè

Après avoir commenté le second livre du Traité du Ciel, il écrit1 :

« Et ainsi, à l'honneur de Dieu et par sa grâce, J'ay accompliz le premier et le secunt livres De celo et mundo, pour lesquels mieulx entendre est expédiant le traictié de l'espère en françois dontj'ay faicte mention. Et seroitbien que ilfeustmis en un volume ouvecquez ces II livres, et me semble que sera un livre de naturelle philosophie noble et très excellent. »

Plus heureux que le Traité du Ciel et du Monde, le Traité de la Sphère a été deux fois imprimé à Paris, par Simon du Bois, au début du xvie siècle ; la première édition, que nous avons consultée, ne porte aucune date 2 ; la seconde est de 1508.

Pour nous instruire des doctrines astronomiques de Maître Nicole Oresme, parcourons ce Traité de la Sphère.

Le Prologue au lecteur détermine l'objet que l'auteur avait en vue lorsqu'il composait ce petit livre écrit en français : « La figure et la disposition du Monde, le nombre et ordre des éléments et les mouvements des corps du ciel appartiennent à tout homme qui est de franche condition et de noble engin. Et est belle chose, délectable, proffitable et honneste... Duquel je vueil dire en françois généralement et piaillement ce qui est convenable à sçavoir à tout homme, sans me trop arrester ès démonstrations et ès subtilitez qui appartiennent aux astronomiens. »

Dans ce livre, écrit pour « tout homme qui est de franche condition et de noble engin», et non pour les « astronomiens», nous ne devons guère nous attendre à trouver des théories scientifiques nouvelles ; en revanche, il semble merveilleusement propre à nous dire ce que l'on regardait communément comme établi, à Paris, vers le milieu du xive siècle.

Nicole Oresme admet que les mouvements des étoiles requièrent l'existence d'une sphère au-dessus du huitième orbe 3 : « Selon les astrologiens, est par dessus tous la neufiesme sphère : où il n'appert aulcune estoille ; et dient que c'est pource que en la huytiesme sphère appert plus d'ung simple mouvement, et s'il convient qu'il y en ait une par dessus, il fault aussi qu'elle soit meue tant seulement d'ung simple mouvement. Encore dient

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