Sludia Romana, p. 339 et suiv
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auxquels on ne l’accordait pas tout de suite, les Éduens, les mieux qualifiés de tous, l’obtiendraient immédiatement, les premiers de tous. Mais cette conception du discours de Claude est démontrée arbitraire et fausse par le texte même du discours, sans parler du contexte antérieur de Tacite. Claude, d’après le récit de l’historien, a trop nettement pris position en faveur des Gaulois avant la séance du sénat pour se dérober et se perdre dans des généralités vagues. Et, en fait, les généralités ne sont dans le discours authentique rien sinon l’acheminement vers le but précis, qui est de plaider la cause des Gaulois: Sed destricte iam Comatae Galliae causa agenda est’. Zumpt aurait-il émis son affirmation, s’il avait eu présente à l'esprit cette phrase décisive ?
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4. Du discours de Claude en faveur des Gaulois, inséré selon la règle dans les Acta senatus, au procèsverbal de la séance sénatoriale, copie fut envoyée en Gaule, ou mieux rapportée par l'ambassade des Trois Provinces. Copie déjà gravée sur bronze ? Non, sans nul doute: notre Table Claudienne n’est pas venue de Rome à Lyon. Des trois caractères nouveaux dont Claude, précisément à l’époque de sa censure, crut devoir enrichir l'alphabet latin ? et dont deux se lisent encore sur beaucoup de textes épigraphiques contemporains, aucun ne figure dans le nôtre, on l’a souvent remarqué. C’est aller trop loin que de conclure, avec Boissieu *, d’une telle absence à l’origine non romaine du bronze lyonnais, puisque la même absence a été constatée dans des inscriptions certainement romaines de l'époque, inscriptions non privées, mais officielles { tout autant que la nôtre. Concédons cependant qu'il y a là un indice d’origine provinciale, rien de plus. La véritable raison qui nous empêche de croire à la provenance romaine, ce sont les dimensions et le poids de la Table Claudienne, laquelle, ne l’oublions pas, n’est pas entière et, disons-le par anticipation, ne représente probablement que la moitié ou les deux tiers tout au plus du monument primitif. Or, elle mesure telle quelle près de trois mètres carrés et pèse plus de deux cents kilogrammes. Transporter de Rome à Lyon la masse très lourde et de très vaste surface qu’elle fut jadis, fragile en outre, puisqu'elle n’a pas même un centimètre d'épaisseur, était une entreprise difficile et hasardeuse, à laquelle rien n’obligeait, le moyen de faire exécuter l’œuvre sur place ne manquant certainement pas.
1° Ligne 71.
2. Tacite, Ann. XI, 13 : Novas lilterarum formas addidil vulgavitque ; 14 : Claudius tres lilleras adiecil, quae in usu imperilante eo, post oblitteratae, aspiciuntur etiam nunc in aere publico per fora ac lempla fixo; Suétone, Claude, 41 : Novas eliam commentus est litteras tres. Extat talis scriptura in plerisque libris ac diurnis titulisque operum ». Cf. Buecheler, De Ti. Claudio Caesare grammatico ; Eberfeld, 1856.
3. Inscriptions antiques de Lyon, p. 143 ; Zell, Claudii imperaloris oralio (éd. Monfalcon, p. 4 ; Opusc. acad., 101) est moins affirmatif ; Hirschfeld, C. Z. L., XIII, p. 235, ne parle que de probabilité ; Monfalcon, Monographie, 2e éd., p. 11, n. 2, opine, semble-t-il, pour l’origine romaine ; Aug. Bernard, Le lemple d’ Auguste, p. 37 et suiv., estime que la gravure fut faite nécessairement à Lyon, parce qu’à Lyon seulement on apu proportionner le bronze aux dimensions du monument spécial sur lequel on eut à l’appliquer, le piédestal d’une statue équestre de Claude ; Allmer, partisan lui aussi de lorigine lyonnaise, remarque (Musée de Lyon, Inscriptions antiques, I, p. 108) qu’il y avait à Lyon un hôtel de la Monnaie et peut-être aussi une corporation d’aerarii; cf. l'inscription de Meyzieu, C. I. L., XII, n° 2370 (interprétation contestée par Hirschfeld).
4. Par exemple, C. I. L., VI, 1256 (aqua Claudia), III, 844=X, 769 ({abula honestae missionis).
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2. L'opinion générale est qu'à la suite du discours impérial fut gravé le décret sénatorial. Elle est plausible, elle ne s'impose pas !. Le temps, il est vrai, n’était pas encore venu, où les orationes principum n'eurent pas besoin, légalement à partir de Théodose, effectivement bien avant cet empereur, de l’approbation du sénat, formulée en un sénatus-consulte, pour que les propositions que ces discours contenaient prissent force de là ; le temps où les orationes principum furent, en somme, des rapports communiquant au sénat la volonté du prince ?, Mais, dès l’époque de Claude, ou, pour mieux dire, dès le plein établissement du régime impérial, l'essentiel était le rapport du prince, le vote du sénat n’était plus qu’une formalité, Dans l'espèce, pour les Gaulois, le seul vrai bienfaiteur fut Claude, le seul vrai bienfait l'intervention favorable de Claude, spécialement son discours au sénat ; tout le reste ne fut qu’accessoire et qu’apparence, On concevrait done qu'ils n’eussent voulu conserver et n’eussent fait graver que le discours impérial, la praescriptio, le titre épigraphique aujourd’hui manquant, du discours, pouvant d’ailleurs contenir mention plus ou moins expresse qu’un vote conforme du sénat avait suivi. Mais le sénatus-consulte, s'il n'était rien ou presque rien en réalité, était en apparence un honneur pour les Gaulois. On conçoit done aussi qu'ils aient pu avoir l’idée d’adjoindre le texte du décret à celui du discours, ayant d’ailleurs bien conscience qu'ils remplissaient par là un devoir de courtoisie déférente plutôt qu’ils n’acquittaient une dette de juste reconnaissance.
3. Dire que ce furent les primores Galliae gratifiés du ius honorum, les requérants dont la requête avait été accueillie, qui firent graver la Table Claudienne, serait parler inexactement ; ce fut l'assemblée des Trois Gaules, au nom de qui la requête avait été soumise à Claude. Elle décréta qu'un exemplaire magnifique et durable de ce précieux document, une copie sur plaque de bronze, serait exposée à Lyon, comme cela se pratiquait dès longtemps à Rome pour les textes dont on voulait procurer à la fois la consultation publique et la conservation perpétuelle. Vertranius Maurus, ? le vieux commentateur de Tacite, a conjecturé que les Éduens, pour leur propre compte, le firent graver et le conservèrent à Autun, leur capitale ; c’est possible, sinon probable; cela est possible aussi à la rigueur pour les autres cités bénéficiaires de la même faveur. Quant aux Lyonnais, à qui Brossette et Colonia, disciples de Ménestrier#, égarés par sa fausse interprétation du discours, plaidoyer, selon lui, pour Lyon sollicitant la qualité de colonie romaine, imputent la dette et attribuent le témoignage de gratitude, il faut évidemment les mettre hors de cause, quoique Saint-Aubin 5, qui n’a pas commis la même erreur, ait prétendu qu'ils voulurent par là remercier le prince d’avoir mentionné honorablement leur ville dans son discours, d’avoir prononcé la fin de phrase 5: «quandoex Luguduno habere nos nostri ordinis viros non paenitet, puisque nous ne regrettons pas d’avoir des sénateurs romains venus de Lyon ».
4. Pourquoi le document fut affiché et conservé à Lyon, le même Vertranius Maurus l’a déjà vu en gros. Lyon était la capitale des Gaules, des trois Gaules impériales, de la Gaule Chevelue. C’est lexplica-