‹ La Table Claudienne de LyonChapitre 23 sur 126 · Pass. cité · texte numérisé non relu

Pass. cité

11. Dans celle d’Allmer seule (Znscriplions de Vienne) le mot est complet, 12NVoy. Hirschteld, .G..1. L.; XIII, p. 258.

du Lut, Monfalcon, avec peu d'intelligence et beaucoup de négligence, l’a publié en 1846. Le passage qui concerne la Table Claudienne est aux folios 63 verso-65 du manuscrit, aux pages 96-100 de l'imprimé. Bellièvre donne d'abord, précédée de cette simple indication, in aedibus publicis urbis Lugduni, une copie que l'imprimé reproduit inexactement!. Elle est, dans le manuscrit, en minuscules très lisibles — en capitales, seulement pour les têtes mutilées des deux colonnes et la fin tronquée des lignes 25 et 33 —, la division en lignes du texte épigraphique presque toujours respectée ?, les points séparatifs des mots rarement marqués, les fautes de lecture relativement rares ®, bien meilleure, en somme, que les copies en minuscules de Champier et de Paradin, dont nous parlerons tout à l'heure, presque aussi bonne que la copie en capitales du même Paradin. Elle est suivie du double projet d’une inscription latine destinée à figurer auprès de l'original, T'itulus ad superiores tabulas. Alius, et contenant l'indication, mais vague, du temps et du lieu de la découverte *: hoc salutis anno (hoc anno) MDXX VIII, ad latera montis Divi Sebastiani (Lugduni ad radices montis Sancti Sebastiani) repertum (effossam) ; la mention de l'achat par le Conseil de la Ville, mais sans la moindre allusion au rôle essentiel personnellement joué par Bellièvre: Duodecim prümi aere publico redemerunt (consules redemerunt), et de l’apposition dans la maison commune: heie ponendum curaverunt (hic ponendam curaverunt) ; enfin, une définition du monument, et une autre du dessein que se sont proposé les Conseillers, rappelant toutes les deux d’une façon frappante les termes de l'acte officiel d'acquisition. La vénérable « antiquaille » est dite ici: hocceex reliquiis antiquae urbis huwjus, dans le premier projet ; dans le second, vetustissimam hanc tabulam. L'idée que «y a parolles servans à congnoistre l’ancienne dignite de ceste ville de Lion », et que « ce sera grande consolation aux gens de la Ville, quant ils verront ung certain tesmoygnage de la dignite de leurs majeurs, et servira deguillon a vertu pour imitation desdits majeurs », est exprimée ici par: «ad urbis decorem utque genii Lugdunensis alumnos priscae virtutis conmmonefacerent », et, plus clairement, par: «utque juventus Lugdunensis priseae majorum suorum virtutis et laudis commonefacta ad imitandum excitetur ». Ces ressemblances sont bien naturelles, puisque l’auteur du double projet d'inscription avait été, sinon le rédacteur, du moins linspirateur du procès-verbal. Ce qui est bizarre, c’est que, ni dans le procès-verbal ni dans le passage du Lugdunum priscum, le nom de Claude ne soit prononcé, le contenu général, le véritable sujet du doeument ne soit défini. Et cette bizarrerie ne comporte qu’une explication raisonnable: Bellièvre n’y avait pas compris grand’chose, quand il le lut, alors mal nettoyé peut-être et difficilement lisible, avant d'en proposer l'acquisition à ses collègues 5 ; il n’y comprit pas davantage, quand il eut le loisir et le moyen de

1. Mon savant collègue et obligeant ami, M. Georges Ramain, professeur à la Faculté des Lettres de Montpellier, a bien voulu collationner pour moi sur l'original cette copie avec C. I. L., XIII, 1668.

2. Exceptions : 1. 16 coupée après nam, avec rejet de et; 39, tout le mot prolati dans la ligne qui ne doit contenir que pro.

3. L. 13 : eral, p. eral el; 22, appellatus, p. appellitalus ; 25, illorum, p, filiorum; 33 : rursus, p. rusus; 35 : seni, p. seni el; 37: bella, p. bella a; 53 : queso, p. quaeso; 70 : familiares, p. familiaresque. — L’imprimé en corrige plusieurs : 1. 13, 22, 25, 35, 37, 53, 70 ; mais il en ajoute trois : 12 : Demarato, p. Demaratho; 18 : coeli, p. caeli; 57 : beneficium, p. benificium ; surtout il prête à Bellièvre, pour la fin de la 1.33, la conjecture decuris, que je n’ai point retrouvée avant Colonia. s

4. Comp. ibid., p. 48 : « Suys memoratif que, en l’an 1528, y » (dans la colline de Saint-Sébastien) « furent trouvees les deux grandes tables d’erein, lesquelles aujourd’huy sont en la maison de la ville dudict Lion, dont la copie est cy après».

5. Quoiqu’en dise Monfalcon, Monographie, 2° éd., p.3 : « A peine Bellièvre eut-il épelé les premières des lettres gravées sur l’airain, qu’il reconnut un discours prononcé à Rome dans le sénat par l’empereur Claude... ». Cette assertion en l’air est tout à fait dans la manière de Monfalcon. Pour savoir tout cela, il ne suffisait point d’avoir « épelé les premières des lettres gravées» ; et tant s’en faut!

le mieux examiner’. Il transcrivit soigneusement ce discours sans savoir à la fin ni qui parlait ni de qui et de quoi on parlait. Un détail de l'argumentation de Claude, la mention du fait que des sénateurs romains étaient originaires de Lyon?, ayant d’emblée attiré son attention, la retint définitivément tout entière. De tout le reste, de l'essentiel, il ne vit jamais rien. Deux notes # qui terminent ce passage du Lugdunum priscum, la seconde surtout, confirment que notre mauvaise opinion n’est pas injuste. L'une prouve que certains détails au moins lui ont paru étranges: «9% quid his tabularum exemplaribus scriptum videatur inepte, non me accuset, dum sum sequutus tabulas istas ; l'autre prouve à quel point l’ensemble l’a déconcerté: «Nota quod Drusus, nobili genere natus et ad dicendum paratus, super bissimus omnium rhetor, qui, quum a senatu vocaretur, senatum potius ad se venire jussit, et senatus paruit; hujus patrem senatus patronum appellavit».Bellièvre a confondu le Drusus dont il est question vers la fin du texte, patri meo Druso, le père de Claude, avec Marcus Livius Drusus, tribun de la plèbe en 663—91, fils du tribun homonyme de 632—122 * ; confusion d’autant plus surprenante qu'il a noté quelque part — mais peutêtre ne le savait-il pas alors — que Claude lui-même s'était appelé d’abord Tiberius Claudius Drusus 5. Non seulement donc Bellièvre n’a pas compris, mais il ne semble pas avoir fait sérieusement effort pour comprendre. Parce que c'était une belle « antiquaille » et parce qu’il s’y trouvait de quoi flatter leur patriotisme lyonnais ?, Bellièvre proposa et les Douze conclurent l'achat du bronze exhumé par Roland Gribaud, sans savoir au juste ce qu’il était ni ce qu'il valait. Bellièvre ne le sut jamais, ou du moins ne le savait-il pas lorsqu'il inséra ce texte épigraphique dans son Lugdunum priscum. I] fut le sauveur conscient de la belle et flatteuse « antiquaille » ; 1l fut et resta le sauveur inconscient de la Table Claudienne.

2, Nous passerons beaucoup plus vite sur les autres témoignages contemporains ou presque de la découverte, exception faite pour celui de Paradin, c’est-à-dire sur ceux de Champier, Tschudi, Duchoul et Symeoni. — Symphorien Champier ®, dès 1537, dans son Galliae Celticae, ac antiquitatis Lugdunensis civitatis, quae caput est Galliarum, campus, p. Ddiiij verso et suivantes, confond la date de la découverte avec celle de l’acquisition, confusion qui deviendra courante. Les fautes grossières abondent dans sa copie en minuscules. Du document, qu'il insère en tête des Epitaphia Lugdunensia, sa définition est encore plus imprécise que celle de Bellièvre. « Prior tabula, dit-il, èn laminis aereis idque Lugduni reperta a. M.CCC CC. XXIX »; puis, «tabula posterior per fr actionem dimidiata est sane ». Cette remarque, qui est tout son commentaire, il aurait dû l’appliquer aussi à la première table — ou colonne —, puisque la cassure y est à la même hauteur. Bref, son témoignage est à peu près négligeable, — Je ne connais qu'indirectement

1. Une faute comme illorum, pour filiorum, 1. 25, est significative.

2. Ligne 67 et suiv. : «...solum ipsum ultra fines provinciae Narbonensis iam vobis senalores millere, quando ex Luguduno habere nos nostri ordinis viros non paenitel ».

3. Je néglige une première note : « Mons divi Sebastiani addilus urbi Lugduni », qui signifie qu’au début du xvr siècle la ville de Lyon s’était annexé la colline de Saint-Sébastien. Sur le fait, cf. Grisard, ouvr. cité, p. 5 et suiv.

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