COMMENTAIRE
4. En tête de ce commentaire il convient de citer intégralement, vu qu’il nous faudra, pour l’ensemble et pour beaucoup de détails, le rapprocher du discours authentique de Claude, celui par lequel Tacite l’a remplacé, le connaissant à coup sûr, mais ne croyant pas devoir le reproduire tel quel, et se conformant ainsi à un usage constant de l’historiographie grecque et romaine. On trouvera done cidessous le texte d’abord, puis une traduction exacte du discours refait.
Il convient aussi de noter au préalable que, pour composer son plaidoyer en faveur des Gaulois, Claude s’est manifestement inspiré du discours que Tite Live, son maître !, fait tenir au tribun Canuleius revendiquant en faveur de la plèbe légalité civile et politique avec le patriciat?. Mais, tandis que l’imitation libre de Claude par Tacite fut totale, celle de Tite Live par Claude fut partielle. Il nous suffira pour l'instant, renvoyant à plus tard quelques menus rapprochements, de transcrire et de traduire les deux seuls passages dont nous retrouvions une réplique continue dans le texte de la Table Claudienne.
Il convient enfin qu’un plan sommaire du discours de Claude tel que nous le possédons introduise et domine le commentaire proprement dit, lequel suivra, c’est la méthode à la fois la plus commode et la plus sûre, l’ordre même du texte autant que possible. Les questions de fond seront examinées, les particularités de composition et d’expression seront notées, au fur et à mesure qu’elles se présenteront. Lon-
gue et complexe, l’enquête risquera moins d’être confuse, si nous prenons d'avance une vue générale du terrain à explorer.
1. Cf. Suétone, Claude, 41 : Hisloriam in aduleseentia, hortante T. Livio. scribere adgressus est.
2. Le rapprochement a été fait d’abord par A. Zingerlé, Kleine philologische Abhandlungen, IV, Innsbruck, 1887, p. 51 ; cf. Zeilschrift für ôsterreichischen Gymnasien, 37 (1886), p. 255 ; — puis par Fr. Leo, dans Nachrichlen von der kônigl. Gesellschaft der Wissenschaflen zu Gültingen ; philol.-histor. Klasse ; 1896, p. 193, note 2.
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2. Tacite, Annales, XT, 24. Texte! et traduction ?, L'exégèse de ce discours sera incorporée, en temps et lieu, à celle du discours authentique.
Maiores mei, quorum antiquissimus Clausus origine Sabina simul in civitatem Romanam et in familias patriciorum adscitus est, hortantur uti paribus consiliis in re publica capessenda *, transferendo hue quod usquam egregium fuerit. Neque enim ignoro Lulios Alba, Coruncanios Camerio, Porcios T'usculo et, ne vetera serulemur, Etruria Lucaniaque et omni Italia in senatum accitos*, postremo ipsam ad Alpes promotam, ut non modo singuli viritim, sedterrae, gentes in nomen nostrum coalescerent. T'unc solida domi quies et adversus externa floruimus, cum Transpadani in civilatem recepti, cum specie deductarum per orbem terrae legionum additis provincialium validissimis fesso imperio subuentum est. Num paenitet Balbos ex Hispania nec minus insignes viros e Gallia Narbonensi transivisse ? Manent posteri éorum nec amore in hanc patriam nobis concedunt. Quid aliud exitio Lacedaemoniis et Atheniensibus fuit, quamquam armis pollerent, nisi quod viclos pro alienigenis arcebant ? At conditor nostri Romulus tantum sapientia valuit, ut plerosque populos eodem die hostes, dein cives habuerit. Advenae in nos regnaverunt. Libertinorum filiis magistratus mandare® non, ut plerique falluntur, repens, sed priori populo factitatum est. At cum Senonibus pugnavimus. Seilicet Vulsci et Aequi numquam adversam nobis aciem instruxere. Capti a Gallis sumus. Sed et Tuscis obsides dedimus et Samnitium iugum subimusS. AcTtamen, si cuncta bella recenseas, nullum breviore spatio quam adversus Gallos confectum ; continua inde ac fida pax. Lam moribus, artibus, adfinitatibus nostris mixti aurum et opes suas inferant potius quam separati habeant. Omnia, patres conscripti, quae nunc vetustissima creduntur, nova fuere : plebei magistratus post patricios, Latini post plebeios, ceterarum Ttaliae gentium post Latinos. Inveterascet hoc quoque, et quod hodie exemplis tuemur, inter exempla erit.
«Mes ancêtres, dont le plus ancien, Clausus, originaire de la Sabine, fut admis à la fois dans la cité romaine et au rang des familles patriciennes, m’'exhortent à prendre des mesures semblables dans mon administration de la république, en transportant ici tout ce qu'il peut y avoir quelque part d’excellent. Car je n’ignore pas que les Julii furent appelés d’Albe, les Coruncanii de Camerium, les Porcii de Tusculum et, sans fouiller le passé lointain, que l'Étrurie et la Lucanie, puis l'Italie entière furent admises à recruter le sénat, qu’enfin les bornes de cette contrée elle-même furent portées jusqu'aux Alpes, en sorte que non seulement des personnes à titre individuel, mais des pays, des nations se fondissent dans notre nom. La paix fut solide à l’intérieur et notre puissance contre l'étranger florissante, à l'époque où les Transpadans furent accueillis dans la cité, où, sous l'apparence de nos légions établies dans tout lunivers, par l'annexion à ces colonies des provinciaux les plus vigoureux, il fut remédié à l’affaiblissement de l'empire. Regrettons-nous que de l'Espagne les Balbi, que de la Gaule Narbonnaiïse des hommes non
1. Le texte, hormis quelques détails insignifiants de graphie et de ponctuation, est celui de l’édition Goelzer, Paris, 1924 (collection des Universités de France).
2. Je me suis efforcé de traduire plus exactement que Burnouf et même que Goelzer,
3. In republica capessenda est une correction de Halm. Le manuscrit donne : rem publica capessenda. Nipperdey. Andresen adopte une autre correction qui change la valeur de uli, mais non pas le sens du membre de phrase : rem publicam Ccupessam.
4. Accilos est la leçon du manuscrit. La correction de Nipperdey, ascilos, est inutile.
5, Correction de Ritter ; le manuscrit a mandarel ; Juste Lipse corrigeait : mandari.
6. Correction d’Orelli. Le manuscrit a: subimus (1r° main) et subivimus (2° main).