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une imitation ou une réminiscence du texte de Claude — lorsqu'il l’écrivait, il ne connaissait sans doute pas encore ce texte —, mais qui, fortuitement, lui ressemble parfois de façon assez frappante!. Surtout la première phrase, wrbem Romam a principio reges habuere, rappelle quondam reges hanc tenuere urbem. Puis vient l’'énumération du consulat, de la dictature, du décemvirat, du tribunat militaire, comme dans le discours de Claude, mais en termes différents et sans le tribunat de la plèbe. Ensuite l'historien mentionne la domination de Sylla après celle de Cinna, le premier triumvirat avec le second, le principat d’Auguste. C’est qu'il n’a aucune raison, lui, de s’arrêter là où finit le progrès du régime démocratique, aucune raison d’omettre les nouveautés, légales ou non, qui acheminèrent l’état romain vers une restauration monarchique. Au contraire, l’arrière-pensée, l'idée maîtresse non exprimée du développement, ne serait-elle pas que l’état romain a évolué, comme évoluent peut-être toutes choses, selon une courbe circulaire ?, parti de la royauté pour aboutir au principat, et donc de la monarchie pour revenir à la monarchie ?
4. Lam sinarrem bella. Claude en vient, sans l’énoncer formellement ici, au second point, qu'il n’a pas énoncé d’abord avec le premier, de sa proposition cogitetis, quam multa in hac civitate novata sint, à savoir que la propagation perpétuelle du droit de cité et du ius honorum a été la conséquence de l’extension perpétuelle de l'empire. Ce sont les guerres, les guerres de conquête, qui ont procuré cette extension géographique, cause de cette propagation juridique. L'hypothèse que l’orateur pourrait faire un exposé de ces guerres n’a aucun rapport avec le premier point ; elle en a un manifeste avec le second ; elle commence done, non pas la phrase finale du premier, mais la phrase initiale du second #. Au surplus, si la mention des guerres est logique, un exposé, même très sommaire, en.serait impossible; et Claude n°y songe pas, quelque indiscret penchant qu'il ait à faire montre de son savoir. Mais que cela le mènerait trop loin n’est pas la raison qu'il donne de sa prétérition ; celle qu'il allègue est que l'exposé aboutirait au rappel du rôle joué par lui-même dans l’agrandissement de l'empire, prolati imperi* ultra Oceanum ; aussi pourrait-on le soupçonner d’y avoir eu justement en vue ce terme nécessaire, d’y avoir cherché une occasion d’étaler sa propre gloire de conquérant. Or la prétérition permet tout de même à sa fausse modestie de se satisfaire par une allusion claire à cette conquête de la Bretagne dont il était si fier, quoique le mérite en revint à un autre, cette promenade militaire qui lui avait valu, quelques années auparavant, triomphe, arcs de triomphe et adulations de toute sorte 5. Sans avoir raconté le progrès de la
1. Rapprochement déjà fait par Fr. Leo, Die staatsrechtllichen Excurse in Tacilus Annalen, dans Nachrichten von der kônigl. Gesellschaft der Wissenschaflen zu Gôtlingen ; Philol. histor. Klasse, 1896, p. 191 et suiv.
2. Ann., III, 55 : nisi forle rebus cunclis inest quidam velut orbis.
3. Lehmann, p. 287, marque intelligemment un alinéa avant sa traduction de ces mots.
4. Pour l’expression, cf. Tacite, Ann. I, 3 : cupidine proferendi imperii ; IV, 32 : princeps proferendi imperii incuriosus ; XII, 23 : qui protulere imperium.
5. Vereor, ne minio insolentior esse videar et quaesisse iaclalionem gloriae. Ce renforcement du comparatif est une locution du langage familier que l’on retrouve assez souvent chez Tite Live, le maître de Claude : par exemple, XXIX, 33, 4 : mullitudine, quae nimio maior eral; XXXIX, 40, 9 : simullales nimio plures, etc. La notion d’excès est exprimée doublement, d’abord par le comparatif lui-même, puis par l’adverbe. — Pour le sens et la construction de iaclalionem, cf. Quintilien, I, 5 : in iactationem erudilionis ; Tacite, Germ., 6 : Nulla cullus iaclatio ; A gr., 42 : tactatione libertatis.
6. Corp. inscr. lat., III, 7061 ; VI, 920 ; Pline l'Ancien, III, 119 ; XXIII, 54 ; Tacite, Agricola, 13 ; Suétone, Claud., 17; Vesp., 4; Dion Cassius, IX, 19-23. Pour prolati. ultra Oceanum, cf. surtout Suétone, Claud., 17 : … navalem coronam fastigio Palalinae domus. fixil, traiecti el quasi domili Oceani insigne.
conquête romaine, bella a quibus coeperint maiores nostri et quo processerimus, Claude n'aura point laissé oublier qu'il a fait faire à ce progrès son dernier pas.
Sed illoc potius revertar. Après avoir motivé la prétérition des guerres, Claude revient à son sujet, au développement de la proposition formulée plus haut, illoc. Il entame le second point de cette proposition : Civilatem…
2. Dire qu'il l'entame, ce n’est pas tout à fait exact. Entraîné par le mouvement de sa phrase, il l'a, sans transition, entamé dès le dernier terme de l’'énumération anaphorique Quid nunc commemorem.…. ? Nous avons, plus haut, remarqué en passant qu'admettre la plèbe aux honneurs — Quid communicatos postremo cum plebe honores… ? —, ce n’était plus innover dans la forme du gouvernement. C'était déjà propager la cité, la cité au sens plein du mot, la civitas optimo iure, accroître le nombre des participants au us honorum, élargir le cercle dont Claude constate ensuite — ou plutôt constatait — les élargissements successifs jusqu’au plus récent de tous, le novus mos d’Auguste et de Tibère, avant d’en faire accepter lui-même un nouveau, l’admission des requérants gaulois. La cité complète s’est propagée de deux manières: à l’intérieur, par la victoire politique qui a mis la plèbe sur le pied d’égalité avec le patriciat; à l'extérieur ou de l'extérieur, par l’incorporation d’éléments étrangers, surtout de peuples vaincus, au peuple romain. Le premier fait, Claude pouvait se borner et se borne à le définir. Le second, il le détaillait. Le morceau initial de ce développement coupé par une grande lacune, le morceau dont il ne reste que le mot civitatem, était à coup sûr étendu: d’une part, en effet, la matière était riche 1: le passage correspondant du discours refait nous en donne une idée; et il nous donne aussi, d’autre part, une idée de l’ampleur que ce développement avait dû prendre dans l'exposition de Claude, toujours diffuse autant que celle de Tacite est concise. Claude ne se montrait pas ici moins qu'ailleurs prodigue de son érudition historique et de son bavardage oratoire.
3. Nous pouvons essayer une restitution approximative de la partie manquante, surtout, maïs non pas uniquement, on va le voir, grâce à Tacite, au moyen du plaidoyer qu’il prête à Claude et du réquisitoire qu’il prête d’abord aux opposants.
Claude constate chez Tacite que, dès l’origine, dès le temps de Romulus, la cité romaine s'était agrandie par l'admission de peuples voisins, ennemis à peine vaincus: At conditor nostri Romulus tantum sapientia valuit, ut plerosque populos eodem die hostes, dein cives habuerit. Canuleius avait déjà constaté le même fait, pour toute la période antérieure au quatrième siècle de Rome, dans le discours de Tite Live ? dont Claude s’est inspiré: Nos quidem civitatem.… hostibus etiam victis dedimus. Claude le constatait aussi dans son propre discours, peut-être avec plus de précision et, en ce qui concerne Romulus, plus d’exactitude que Tacite; car on ne voit pas que Romulus ait annexé d’autres vaineus hormis les Sabins dont Titus Tatius était le roi*. Plus qu’à celle de Tacite, la formule de Claude ressemblait peut-être à celle de Cicéron 1: Princeps ille creator huius urbis Romulus foedere Sabino5 docuit etiam hostibus recipiendis augeri
1. Cf. surtout Zumpt, De propagalione civitatis Romanae, dans Studia Romana, p. 325 et suiv.