EME
l'accès du sénat — à des fils d’affranchis est une chose récente — relativement récente, qui ne remonterait pas plus haut que la dictature de César ! —; c'est une erreur: il y en eut des cas nombreux dès l'époque républicaine: Libertinorum filiis magistratus mandare, non, ut plerique falluntur, repens, sed priori populo factitatum est. Claude, qui connaissait ou se piquait de connaître le passé mieux que le commun de ses contemporains, l'avait certainement affirmé lui-même et il avait cité à l'appui de son affirmation l'exemple de son ancêtre, le censeur Appius Claudius Caecus, qui inserivit sur sa liste sénatoriale des fils d’affranchis: Appium Caecum censorem, generis sui proauctorem, libertinorum filios in senatum allegisse docuit, dit Suétone ?. Ce témoignage, il est vrai, ne se rapporte pas à l'événement même qui nous occupe, l'intervention de Claude en faveur de la requête gauloise. Il se rapporte à un acte ultérieur de la censure, à un détail de la lectio senatus. Quoique l’impérial censeur eût assuré d’abord qu'il n’inscrirait sur la liste des sénateurs que des arrière-petits-fils de citoyens romains, il accorda le laticlave # à un fils d’affranchi, libertini filio, sous une certaine condition, et, redoutant même ainsi le blâme, il allégua le précédent de son ancêtre le censeur. Mais si Suétone atteste qu'il l’allégua dans une autre circonstance, ce témoignage ne nous interdit pas de croire qu'il avait allégué déjà dans son plaidoyer en faveur des Gaulois, comme une preuve précise corroborant une affirmation générale utile à sa thèse et contestée alors — Tacite le lui fait dire — non moins qu'aujourd'hui. Dans la documentation toute fraîche qui venait de lui servir pour son discours, il trouva ensuite une réponse préventive à un reproche qu'il appréhendait. Suétone est avec ceux qui ne pensaient pas comme Claude; car il ajoute que Claude se trompa pour avoir ignoré qu'au temps d’Appius Caecus et assez longtemps après on appelait libertinos, non pas les affranchis euxmêmes, mais leurs enfants ingénus, ignarus temporibus Appii et deinceps aliquamdiu libertinos dictos, non ipsos qui manu emitterentur, sed ingenuos ex his procreatos ; de sorte que ces magistrats en question auraient été, non des fils, mais des petis-fils d’affranchis. Quoiqu'il en soit #, si nous n’avons pas le droit de trouver dans le témoignage de Suétone un fragment approximatif du discours que nous analysons5, nous avons sans doute celui de croire que dans ce discours Claude avait invoqué le précédent d’Appius Caecus pour prouver le fait simplement affirmé par Tacite.
En somme, propagation de la cité, propagation du us honorum, Tacite a développé ensemble les deux idées, ou plutôt il les a développées d’abord ensemble: Clausus.. simul in civitatem Romanam et in
1. Parmi les sénateurs de César il y avait des fils d’affranchis, Dion Cassius, XLIII, 47 ; parmi ceux des triumvirs aussi, id., XL VIII, 34.