É: TE PACE
Auguste et Tibère ont voulu, ont innové ensemble. La raison de syntaxe, le singulier voluit, n’interdit pas de comprendre ainsi. Même quand, le verbe venant après les sujets, on veut indiquer que l’action est faite ou subie par ceux-ci conjointement ou pareillement, même quand on veut insister sur ce qu'il y a dans l’action de commun aux sujets, le singulier, s’il est peu logique, n’est ni incorrect ni exceptionnel. Les exemples cicéroniens de cet accord assez bizarre ne manquent point: Qualis apud Graecos Pherecydes, Hellanicus, Acusilaus fuit! ; ou encore: Nam Speusippus, Platonis sororis filius, et Xenocrates, qui Platonem audierat, et, qui Xenocratem, Polemo et Crantor nihil ab Aristotele, qui una audierat Platonem, magno opere dissensit?. La coordination par ef... et favorise cet accord, si elle est distinctive: Sin hoc et ratio doctis et necessitas barbaris et. natura ipsa praescripsit*. Klle ne l'empêche pas, même si elle est accumulative, et celui-ci et celui-là, celui-là aussi bien que celui-ci; Cicéron: Et proavus L. Murenae et avus praetor fuit ; ou encore: Et ego et Cicero meus flagitabit * ; Tite Live: Et locus pro vobis et nox erit°. En faveur de la première interprétation, notons subsidiairement qu'elle laisse à novo more... voluit son véritable sens, pour le cas de Tibère non moins que pour celui d’Auguste. Mais faisons valoir surtout qu’une raison d’ordre historique la confirme, la raison qu’'Auguste et Tibère remplirent en commun la fonction censoriale dont une partie était la lectio senatus.
Auguste, dans son testament politique ?, constate qu'il fit trois lectiones senatus, sans les dater et sans donner sur aucune d’elles aucune précision. «S'enatum ter legi», dit-il simplement. Mais il mentionne, tout de suite après cette phrase #, les trois lustres et recensements du peuple qu'ila faits, et 1l les date. D’où l'opinion très probable qu’on doit rattacher ses trois lectiones du sénat à ses trois recensements du peuple, lectio et recensement étant parties intégrantes de la même fonction, de la fonction censoriale, et dater par conséquent les lectiones elles aussi de 28 et 8 avant Jésus-Christ, 14 après. Dion Cassius * vient à l’appui de cette hypothèse, mais seulement pour la première lectio ; car il en mentionne trois autres qu'il date de 18 et 11 avant, 4 après Jésus-Christ, et par contre il ne mentionne ni lectiones du sénat ni recensements du peuple pour les années 8 avant et 14 après. Si l’on veut concilier la conjecture de Mommsen!”’, que nous adoptons comme très probable, avec le témoignage de Dion Cassius, il faut admettre que les trois lectiones mentionnées par celui-ci après la première furent extraordinaires et, pour ce motif, pour le motif surtout qu’elles avaient laissé un mauvais souvenir, négligées par Auguste dans son testament. Elles avaient laissé un mauvais souvenir à cause des coupes sévères que le prince dut pratiquer dans la forêt sénatoriale, telle que le désordre et les abus des guerres civiles l'avaient constituée, trop dense et