‹ La table hypothécaire de VeleiaChapitre 10 sur 84 · ÉTAT DE LA QUESTION. — LIMITES DU SUJET · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA QUESTION. — LIMITES DU SUJET

Pour mettre à l'abri de toute crise le revenu des capitaux qu'il consacrait dans le ressort des cités d'Italie à l'assistance alimentaire des enfants pauvres, Trajan confia ses fonds à des propriétaires fonciers capables, en engageant des immeubles de prix bien supérieur aux prêts impériaux, d'assurer à ces placements une solide garantie d'intérêt. Si l'inscription des Ligures Bébiens et quelques autres nous instruisent de cette institution, nous en possédons, avec celle de Veleia, le monument le plus insigne. C'est, par excellence, pour la désigner de son nom courant, « la table alimentaire ».

Ce terme, bien impropre, mais généralement adopté, prêterait pourtant à l'équivoque s'il faisait considérer ce document comme la loi générale, ou même comme le statut local de la fondation. A peine peut-on, à son étude, fixer quelques-unes des règles de cet établissement. Ce n'est pas non plus une liste des assistés, dont on gravait les noms sur l'airain (jiuuid ils avaient droit au bénéfice de ces largesses impériales. Tout au plus, l'inscription fait-elle connaître leur nombre, leur sexe, leur qualité d'enfants légitimes ou naturels, toutes notions nécessaires pour fixer le capital que Trajan devait verser pour assurer leur entretien. Enfin, on ne peut voir dans la table de Veleia, comme dans celle De Pachtere. 1

des Ligures Bébiens, un registre des cens alimentaires ^. Sans doute, grâce au calcul des sommes payées à chaque propriétaire veleiate, il est facile d'établir l'intérêt dont celui-ci est annuellement redevable, puisqu'on sait le taux auquel l'argent lui fut confié. Mais l'inscription ne renseigne ni sur les modalités du paiement, ni sur les personnes que délèguent les propriétaires pour l'effectuer^. La table de Veleia n'est donc ni la loi de l'institution, ni le livre des rentiers, ni celui des débiteurs de la fondation alimentaire dans la cité.

Mais si le caractère propre d'un document se marque aux détails dans lesquels il entre avec prédilection, si un document financier surtout révèle sa nature à la précision de certains chifîres , à l'exactitude de certains calculs, alors il apparaît immédiatement — et l'examen confirmera cette impression première — que la table de Veleia est avant tout une liste d'engagements fonciers. Elle énumère, selon son titre même, les obli^ationes praediorum, les garanties immobilières fournies par les propriétaires qui voulaient profiter de l'argent que l'empereur olîrait.

En effet, chacun d'eux fait d'abord déclaration de la valeur globale des biens qui garantissent la créance du trésor. Sur ce premier chiffre est calculée mathématiquement, suivant une proportion fixe^, la somme qu'il recevra. Comme c'est le montant du prêt impérial qui détermine l'intérêt annuel payable par l'emprunteur, il semble que l'administration aurait pu se contenter de cette profession d'ensemble. Pourtant, le propriétaire doit encore énumérer ceux des biens qu'il engage et en estimer le prix. Bien plus, toute terre est désignée par son nom, simple ou composé; sa nature de fonds ou de saltus est indiquée; on mentionne les constructions, maisons ou tuileries, qui la couvrent; on signale ses dépendances, ses fermes coloniales, les droits d'usage ou de

1. Henzen, Tab. alim. Baebianorum {Annali di Corrispondenzn archeologica, XVI, 1844, p. 69).

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