‹ La table hypothécaire de VeleiaChapitre 11 sur 84 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. On pourrait en douter si l'on admettait tels quels les chift'res fournis par l'inscription. Mais, au dernier chapitre de ce travail, nous démontrerons qu'il existe un barème rigoureux sur lequel furent calculées les allocations dues à chaque propriétaire au prorata de sa fortune foncière déclarée. Mais, en attendant cette preuve encore lointaine, on peut remarquer qu'une partie des biens des propriétaires veleiates engagés quelques années auparavant entre les mains de Cornélius Gallicanus reçoit un capital impérial qui équivaut exactement au 1/10" des sommes déclarées. Cf. table de Veleia, col. 7, I. 31-60.

Caractère du document. 3

pâture qui sont attachés à sa possession. Enfin, pour ne laisser aucun doute sur 1 identité de telle terre engagée, on la situe précisément dans la cité, le pagus, au besoin même le viens, dont elle dépend; on produit le nom des propriétaires voisins de ce fonds. Bref, les biens sont localisés suivant les règles cadastrales. L'inscription de Veleia est donc un excellent catalogue foncier. La valeur qu'un tel registre doit d'abord à sa précision est encore augmentée par son ampleur. L'inscription de Veleia est une des plus longues que nous ayons conservées. Elle ne compte pas moins de 671 lignes, sans le préambule. Cinquante propriétaires y engagent leurs biens, et parmi eux beaucoup sont de très riches personnages. 323 terres y sont déclarées. Encore sontelles le plus souvent les composés d'anciens fonds simples, plus nombreux d'un grand tiers.

Le prix de tous ces biens est très élevé. L'un d'eux, à lui seul, vaut plus de 1,000,000 de sesterces. La valeur des fonds engagés dépasse 13,500,000 sesterces. Comme un grand nombre n'est déclaré qu'en partie, on peut, en calculant leur valeur totale, estimer l'ensemble des biens signalés, sinon engagés, à 20,000,000 de sesterces. Ce serait, en toute région, même fertile, le prix d'un très grand territoire.

A plus forte raison, la superficie de toutes ces propriétés devaitelle être très forte en un pays de saltus et de hautes montagnes. Ivcs colons lucquois déclarent un bien qu ils appellent sans autre précision « les Monts* ». D'après le nom même de cette possession, on devine quelle pouvait être son étendue. Encore n'est-ce là qu'un seul des biens qu'ils engagent. Tous ensemble, et la liste en est longue, ils ne valent au prix net que 1,600,000 sesterces. On conçoit, dès lors, combien toute la propriété signalée dans l'inscription, de valeur décuple au moins, peut avoir d importance territoriale. I^a table de Veleia est donc un document sans pareil pour 1 étude de la propriété foncière dans cette région de l'Italie du Nord.

On peut assurer que cette riche matière n'a pas trouvé son emploi. Ce n'est pas que l'inscription n'ait déjà fait l'objet de

1. Il s'agit (lu sallus ISilinia, possôdi'; comme un bien indivis par Cocliiis Verus, les Annii et les colons lucquois. Il vaut au 1/3 (G, 01) 350,000 sesterces (3, 32-35, et 3, 75-77).

lonffs travaux, mais elle n'a pas été envisagée à ce point de vue. MafFei*, Muratori-, Lama-^, enfin E. Desjardins ^ ont profité d'elle pour étudier l'institution alimentaire. Encore n'est-ce pas d'après l'inscription de Veleia, mais d'après celle des Ligures Bébiens, que Henzen a su écrire, sur cette fondation, le meilleur travail d'ensemble qui soit encore^. Mais il est remarquable que l'un ou l'autre de ces documents a plutôt servi d'occasion que d'objet à tous ces travaux. De fait, les renseignements qu'ils donnent sur l'assistance alimentaire sont bien vite cueillis. Par eux, on saisit quelques moments de cette création, on connaît assez bien les assises financières sur lesquelles repose l'édifice. On ignore tout de l'organisation administrative de l'institution. Surtout celle-ci apparaît sans relation aucune avec la cité qui reçoit ses bienfaits. Les travaux sur la fondation alimentaire ne s'aident pas, pour la comprendre, de la connaissance du milieu où elle fut introduite. Ils l'étudient dans l'Empire sans paraître se douter que les deux inscriptions sont des documents locaux et que l'état de la propriété, surtout dans le pays veleiate, explique de quelle faveur elle accueillit, avec les prêts impériaux, la charge de l'intérêt d'assistance.

D'autres savants, surtout des érudits locaux curieux de géographie historique, ont négligé cette étude générale pour rechercher dans les noms de lieux actuels les traces de tous les fonds antiques dont la table leur fournit une série si riche. Mais, trompés d'abord par quelques noms àe pagi, Pittarelli*^, même Cara^, et Desjardins encore,. ont situé des territoires dépendant de la cité de Veleia loin du voisinage de la ville ancienne. Quant aux simples fonds de terre, on ne s'est pas fait scrupule de les rechercher ailleurs que dans l'Apennin de Plaisance. Quand Pittarelli ne retrouvait pas dans les noms de lieux de cette région les descendants de

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