‹ La table hypothécaire de VeleiaChapitre 13 sur 84 · ÉTAT DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA QUESTION

ceux de l'inscription, il les cherchait un peu partout jusqu'en Toscane et dans toute l'Italie du Nord. Surtout, en l'ignorance OÙ Ton était encore, au temps de Desjardins, des règles scientifiques de la toponomastique, on se fondait, pour identifier les noms de lieux anciens avec les modernes, sur les ressemblances les plus fortuites de mots^ Toute cette œuvre doit être aujourd'hui considérée comme non avenue. Elle est toute à reprendre. Malheureusement, elle reste encore maintenant inabordable. La toponomastique italienne n'en est qu'à ses débuts. Pour la région de Veleia, eu particulier, on ne possède aucun inventaire des noms de lieux, aucune publication de chartes qui permette de suivre leur histoire, aucune étude linguistique d'ensemble qui ait dégagé les règles de l'évolution phonétique chez ces populations de montagne qui ne parlent ni le dialecte de Plaisance, ni celui de Gênes, mais un autre qui a subi l'influence de ceux-ci.

]\Iais, quand bien même cette recherche devrait enfin donner des résultats, ce ne serait qu'un travail d'antiquaire que celui qui s'attarderait, pour le seul plaisir de la curiosité, à fixer sur une carte moderne les anciens noms de lieux. Si 1 on pouvait enfin situer sur le sol la plupart, ou quelques-uns seulement, des fonds antiques que l'inscription signale, si l'on pouvait figurer dans un détail plus ou moins grand une carte ancienne du pays de Veleia, il faudrait se servir d'elle comme d\in simple document pour l'étude de la propriété foncière romaine dans la région.

Mommscn ne s'y est pas trompé. Dans la table de Veleia, il a su reconnaître un document de première importance pour la connaissance de la propriété^. Il établit, autant qu'il est possible, le nombre des fonds primitifs, constate leur groupement, puis leur association sous un même possesseur. Il arrive ainsi à démontrer le développement qu'a pris dans la région la grande propriété. jMême en comparant le pays de Veleia à celui de Bénévent, il croit pouvoir affirmer qu'ici comme là le petit bien cède la place au grand, mais (jue l'évolution est plus près de s'achever chez les

1. Voir, [)ar cxerniile, la carie d'E. Desjardins à la fin de son travail. Les noms de lieux y sont identifiés de faron fantaisiste.

2. Momiiisen, Die Ualisrhe Hodenthciluug und die Alimentnrlafcln, dans 17/ervies, XIX, 188'(, p. 393-41G; réédité dans les Ge.snuunnlte Schriftcn, V = Ilislor. Srhrifle», II, p. 123-145. Le sujet est ellleuré de nouveau dans une autre étude de Moininsen ; fioden- und Geldirirlhsc/irifl do- romisrhen Kaiserzeil {Ces. Scfiriflen, V = Hislor. Schriften, II, ji. 688-017; voir p. 602-603).

b LA TABLE HYPOTHECAIRE DE VELEIA.

Veleiates que chez les Ligures Bébiens. La cause en serait, à son compte, fort simple. La riche plaine du Pô attirait le capital plus que les collines des Hirpins.

Le grand mérite de Mommsen est d'avoir utilisé l'inscription comme un registre foncier ^ Mais son travail est très court. Il ne consacre guère à la table de Veleia qu'une dizaine de pages dont quatre sont occupées par des tables. De plus, l'étude est trop abstraite. Mommsen raisonne sur des chiffres sans penser que toutes ces unités représentent des personnes qui ont vécu ou vivent encore, du temps de Trajan, des champs sis en un territoire déterminé. Cette statistique néglige le réel. Le nombre des propriétaires pourrait être stationnaire, et pourtant la propriété sera transformée si les possesseurs de la période trajane ne sont pas les descendants des maîtres primitifs de la terre. Veleia peut appartenir à l'Emilie; mais l'Emilie de Veleia ce n'est pas la plaine, ce n'est même pas la colline, c'est la montagne, c'est en grande partie la haute montagne. Dans une étude de ce genre, il faut, autant que les documents s'y prêtent, tenir compte, plus que des chiffres, des hommes et des lieux.

Les historiens de la propriété romaine peuvent, il est vrai, alléguer une excellente excuse pour n'avoir pas traité ce document avec tout le détail que sa longueur même semble lui mériter. Les fonds qui sont nommés dans l'inscription sont très nombreux, leur valeur est déclarée, leur situation est indiquée. On connaît leur cité, leur pagus, leurs voisins. Mais toutes ces données restent sans utilité si l'on ne sait pas les placer sur le terrain, si l'on ne peut même pas les grouper relativement les uns aux autres.

Or, le premier espoir est sans doute trop ambitieux. Il est certainement prématuré. Du moins, si l'on doit ignorer encore les sites précis de la propriété romaine dans le pays, il est permis d'avoir une juste idée du milieu géographique dans lequel elle s'est développée. L'inscription fournit immédiatement quelques notions qui permettent, non pas de fixer les limites exactes de la

1. Mommsen remarque très justemenl au début de son étude qu'on n'a pas fait usage convenable des tables alimentaires pour éclairer le problème de la propriété foncière : Zweillmipliirkunden, die bekannien Verzeichnisse von Alimentarrenten aus Irojanischer Zeil, hat man in dieser IHnsicht nic/U in genilgender Weise erwogen.

Page 1