‹ La table hypothécaire de VeleiaChapitre 3 sur 84 · AVRIL 1881 — 24 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

AVRIL 1881 — 24 SEPTEMBRE

Parmi tant de pertes irréparables faites au cours de cette guerre par l'Ecole et par l'Université, celle de De Pachtere est à coup sûr l'une des plus douloureuses. Ce qu'il avait déjà donné répondait de son avenir; il aurait fourni certainement une carrière brillante, et ce n'est pas sans amertume que j'imagine ce qu'eût été sa vieillesse heureuse et pleine d'honneurs. D'autres, plus qualifiés que moi, parleront de ses travaux; je veux simplement fixer ici les traits du camarade et — puisque le malheur des temps l'a voulu — du soldat.

C'était un enfant de Paris. Son père, Charles De Pachtere, était un modeste employé de la librairie Delagrave; il y était entré tout jeune et y resta toute sa vie, s'élevant graduellement dans la confiance de la maison. Sa mère contribuait également par son travail à l'entretien de la famille. C'est entre ces deux laborieuses existences que se passèrent les premières années de notre camarade. Il commença ses études à l'école primaire de la rue de Pontoise, dont il devint vite l'un des meilleurs élèves. Ayant reconnu en lui un sujet brillant, le directeur poussa les parents à lui faire faire des études plus complètes, et à onze ans Félix De Pachtere entra en sixième à Sainte-Barbe. Là un domaine nouveau s'ouvre à sa curiosité avide; il trouve des rivaux dignes de lui, mais il est à son aise au milieu deux et les distance, comme il avait fait à l'école primaire. C'est véritablement à Sainte-Barbe que s'est formé son esprit; c'est là «[u'il a pris contact avec la culture classique, là que ses goûts se sont affirmés : c'est Sainte- Barbe qui l'a donné à l'Ecole normale.

Et peut-être qu'intervint aussi la douce influence de la famille. A force d'entendre parler de livres chez lui, à force de voir son père et son oncle vivre parmi eux, l'ambition lui vint tout naturellement d'être à sa manière leur continuateur. Sainte-Barbe lui ouvrait dans cet ordre d'idées une route séduisante : il se laissa tenter par la vie de l'esprit et il entra à Henri IV pour préparer l'Ecole normale.

C'est à l'Ecole que je l'ai connu. Je le vois toujours trapu et robuste, la démarche un peu lourde, mais pleine de vigueur et d'allant, le teint coloré, les yeux vifs, volontiers rieurs. Je crois entendre encore sa

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