‹ La table hypothécaire de VeleiaChapitre 4 sur 84 · X . DE PACHTERE (fÉLIX GEORGEs · texte numérisé non relu

X . DE PACHTERE (fÉLIX GEORGEs

parole familière et, dans les conversations sérieuses ou quand il parlait en public, l'accent concentré dont il soulignait les mots importants. C'est qu'il mettait de la passion dans tout ce qu'il faisait : là était le secret de son activité débordante et de sa puissance de travail.

Le travail de De Pachtere! C'était une chose épique et qui fut vite célèbre dans la promotion. Il y a des esprits faciles qui semblent, sans efforts et comme par un coup de baguette, transformer tout ce qu'ils touchent. Il y en a d'autres qui sont d'admirables machines impressionnantes de méthode et de régularité. Chez De Pachtere le travail prenait l'aspect d'un drame ou d'un combat. Sa « turne » était toujours comme un champ de bataille où il apparaissait au milieu d'un chaos de livres et de notes. Il ne pouvait travailler que dans cette fièvre.

Tout l'intéressait. Dans le domaine si vaste de l'histoire il s'était délimité sa province, l'antiquité romaine. Mais son œil curieux savait voir à côté et au delà. Il avait une forte érudition en géographie : il se sentait attiré vers cette science complexe et réaliste. Il eut l'occasion d'étudier en deuxième année un point d histoire moderne, et je me rappelle qu'il me fît alors des remarques frappantes. Cette curiosité inlassable l'entraînait parfois au delà des bornes qu'il s'était fixées. Pour le diplôme d'études, il se proposait d'abord d'étudier Paris à l'époque mérovingienne. Mais, en creusant le sujet, il fut amené à remonter plus haut et l'introduction devint l'ouvrage : son mémoire porta sur la période gallo-romaine. Plus tard, pour sa thèse, je le vis de la même manière étendre le champ de ses travaux. C était un bon pionnier de la science, qui se laissait toujours tenter par l'attrait de l'inconnu.

Son érudition était devenue considérable, mais il n'en était pas écrasé. Sa vigoureuse imagination, féconde en hypothèses, remuait toute cette matière et en tirait du nouveau. Son maître, M. Camille Jullian, m'a raconté qu'un jour, allant étudier avec lui le bas-relief des Nantes parisiens qui est au Musée de Cluny, il admira la façon ingénieuse et pénétrante dont De Pachtere sut interpréter le monument ^ Je me rappelle pour ma part un détail analogue : à propos d'un règlement d'irrigation trouvé dans des inscriptions romaines d'Afrique^, il eut l'idée d'aller chercher des points de comparaison dans les règlements similaires édictés par l'administration française dans la même région ; et il commentait ces deux documents en s'appuyant sur sa connaissance du sol et du climat. Il allait ainsi l'œil ouvert et l'intelligence alerte dans le domaine de la science qu'il enrichissait.

Il était naturellement gai et même exubérant. Que nous avons ri ensemble à l'Ecole pendant ces trois années heureuses ! Les plaisanteries

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