Varislus (XHI, 4178, Neumagen
13. Sur le suCBxe élus, elius, voir Mullenhoff, III, p. 18.3-184.
deux noms en asciis, Areliascus et Caudalascus , dans la table de Veleia; on en trouve une trentaine en élus et en elius. Les suffixes celtiques en diiiius (^dunum) et acus sont aussi bien représentés. Il y a trois mots où le premier apparaît, seize où le second fournit la désinence.
Ces termes, étrangers au latin, n'ont pas évolué en leur milieu d'origine. Ce ne sont pas généralement des termes simples ou des composés d'une seule langue. Souvent, ils ont subi l'influence des différents peuples qui les manièrent et les adaptèrent à leur usage. La variété est grande de toutes ces actions. Il y a dans Rub-acausti une racine ligure qui a formé mot avec une désinence celtique en acos pour se composer encore avec un autre suffixe 1. Le moi Malap-ac-ius s'est peut-être celtisé avant de se romaniser. Le terme indigène Collacteriis se présente doublement romanisé sous les formes Collacterius-Collacterianus. Nombreux sont les noms gaulois qui sont devenus gentilices romains. Mais il en existe aussi qui ont subi l'influence du ligure. A côté de Bittianus, on trouve Bittelus. Aterelanus, Cambelianus sont composés d'un nom celtique et de deux suflTixes ligure et romain. Même des gentilices romains se sont quelquefois soumis à l'action d'un suffixe ligure. Attius s'est transformé en Attielius. A plus forte raison se sont-ils accommodés d'une terminaison en acus. Nonius a donné Nohiacus .
Aucune série de noms de lieux ne peut donner une idée aussi complète de la multiplicité des actions qu'ils ont pu subir que les termes en acus. Ce sont les suivants : Arsuniacus, Adrusiacus, Bud-ac-elius, Cahaj^diacus, Caudiacae, Crossiliacus, Flaccelliacus, Malap-ac-ius, Milleliacus, Noniacus, Orbianiacus, Pisuniacus, Pulleliacus, Rub-ac-osti, Quintiacus, Scantiniacus, Stantacus. En Budacelius, Malapacius, Rubacosti, le suffixe est entré en contact avec des noms locaux qui n'avaient pas encore subi l'influence latine. Le mot, ainsi composé, a servi d'élément pour de nouvelles transformations à l'aide de terminaisons ligure [élus), celtique peut-être [ostis) et romaine [ius). Ailleurs, le suffixe complète un nom d'origine ligure [Millelius , Pullelius?), celtique
1. Rnbacausti = Rubacosti. Cf. la forme voisine Rubacotius, dans laquelle on doit voir l'adjeclif, et lire Rubaco{s)tius, C'est ainsi que sur l'ethnique Velacus on a les formes Vilagosles et Velagoslius. Pour le mot Rub-ac-osiius , on est autorisé à le décomposer ainsi d'après l'inscription aux dieux Rub-ac-ascus et Rob-eo [p. 49, n. 5].
{^Cabardiaciis, Caudiacae, Crossiliacus) ou un mot romain adapté à l'usage local [Arsiiniacus , Flaccelliacas , Pisuniacus). Mais ceux-ci se présentent sous la forme de gentilices. Quelle que soit leur origine, ils se sont assouplis à la coutume romaine. Ils ont appartenu à des citoyens. Il faut donc que la liaison avec le suffixe soit assez récente. On constate ainsi que la romanisation vient à peine de s'achever et que ses efforts ont porté sur une population déjà mêlée de Ligures et de Celtes.
Les étapes de la latinisation marquées par les suffixes.
L'existence de ces populations préromaines est donc attestée dans les noms de lieux. En ceux-ci on peut encore suivre quelques étapes de la colonisation du sol. La toponomastique a ses suffixes habituels à une période plus récents les uns que les autres. Il importe de les classer en prenant d'abord deux d'entre eux à titre d'exemple.
Le plus caractérisque est, sous sa flexion latine, élus. C'est bien, semble-t-il, une forme, sinon exclusivement ligure, du moins fréquente en Ligurie. C'est celle qui se présente le plus fréquemment dans l'inscription de Gènes, à côté d'une autre, asca. Elle se retrouve à la fin de quatre mots, Manicelus, Blustiemelus , C/axelus , Lebriemelus , et dans le corps de deux autres, Tulelasca , Vinclasca. En plein pays ligure, quelques années peut-être après la soumission de la montagne de Gênes, les noms de lieux ont gardé encore leur originalité native. Les mots accommodés à la romaine sont déjà des dérivés, des adjectifs composés à l'aide d un sulHxe local, mais celui-ci ne se montre pas encore latinisé en elius. C'est un signe déjà que la forme élus est plus ancienne que l'autre. On en a d'autres preuves. Les dieux topiques de la région gardent, à côté du nom romain de la divinité à laquelle ils sont assimilés, leur nom local. Or, ce sont des mots en élus. Le Mars de Cimiez s'appelle Cemenelus^ . S'il était vraiment latinisé, son nom devrait, sinon disparaître, du moins devenir une simple épilhète. Au contraire, les deux noms divins sont accolés. En réalité, le mot cm élus n'est aussi résistant que
1. C. /. /-., V, 7871. — Cf., cil Granile-Hrctagnc, Deo Marti Ocelo (Iloldor, II, col. 827; fDessau, n" SjSO?]). — Cf. le dieu Grasclus de la fontaine du Grosel, à Malauccnc en Vauduse (Cli. llenel, les Religions de la Gaule, p. 382; [Dottin, la Langue gauloise, p. 147]).
parce qu'il désigne à la fois le dieu et le lieu. Il se maintient dans l'onomastique romaine parce qu'il est fixé sur le sol.
Enfin, les noms de personnes de la région ligure se présentent sous la forme en élus, si ce sont les noms uniques d'individus non romains, ou des cognomina , c'est-à-dire les anciens noms des personnages disposés à côté de leurs nouveaux gentilices*. Au contraire, les formes en elius sont, sauf exception, des gentilices romains^. Les Ligures, qui les ont adaptées à l'usage latin, sont des citoyens. Ils sont comme les descendants de ces indigènes qui, dans leur nom simple en élus, témoignaient de leur attachement à leur race ou gardaient bon gré mal gré leur condition de sujets^ou d'alliés.
En confrontant dans l'inscription de Veleia la série des mots en élus et celle des termes en elius, on arrive à la même conclusion sur leur âge relatif. Deux mots seulement en élus se montrent encore vivants, Bittelus et Laevelus (sous la forme du génitif Laei'eli). Les autres sont morts. Trois sont cristallisés sous un aspect archaïque, Preeele (nominatif-accusatif), Boielis, Ibocelis (génitif primitif). Soliceli est resté figé en son pluriel. Aterelanus seul a revécu d'une existence factice avec un suffixe nouveau. Au contraire, il est exceptionnel qu'un mot en elius soit paralysé^. Il se décline, il obéit encore aux règles du nombre et du genre. Il se compose avec des suffixes celtiques ou latins^. En cette dernière combinaison, il se révèle comme un gentilice romain.
On peut ainsi diviser les noms de lieux locaux de l'inscription en deux classes : l'une, de ceux qui se terminent par la désinence us, a, précédée immédiatement d'une consonne ; l'autre, de ceux oîi cette désinence est précédée de 1'/. Ce n'est pas que les premiers ne soient déjà le plus souvent des mots dérivés. Mais quand
1. Calmelus, Tite-Live, XLI, 1, 8; Hosela, C. I. L., XII, 3118; Metela {cogn.)\ Saidelus, XIII, 10003, 54 (nom de potier) ; etc.
2. C. I. L., \, 5257, L. misticelius Ouf. Secundus; V, 6356, M. Cuppclius; V, 7763, Nerjelia Noniana; V, 7823, M. Avelius; V, 7932, C. MuUelius; XII, 5726, Q.Multelius (XII, 201, M. MuUilius, et XII, 175, M. MoUelius); XII, 214, Mvninielia Lucianu. On pourrait multiplier ces exemples. — Contra, quelques noms indigènes : V, 7838, Enislalus Poneliiis (cf. V, 7872, P. Enistalius P. f. Cl. Paternus) : il se pourrait que Ponelius fisse fonction de gentilice par rapport à Enislalus. Pourtant, il n'y a pas de prénom, et un personnage de cette famille s'appelle Premelius tout court.
3. .S'. Atielia, 1, 97; f. ou s. Tuppilia (5, 32), à côté de Tuppelius, 1, 100.