CONCLUSION
accaparé presque toute l'étendue des fonds dépréciés par une crise économique, acheté ou loué de la cité les saltus qui bordent la limite des pagi. En beaucoup de territoires, tandis que la petite propriété, circonvenue par la grande de toutes parts, achève de mourir, les puissants domaines arrivent à rejoindre leurs parties, à composer leurs membres épars, à former des latifundia, à se toucher les uns les autres. Mais cette victoire même est dangereuse pour eux. Le malheur dont ils ont profité les atteint. A la crise de la petite propriété doit avoir succédé celle des fermages. Le grand propriétaire est à court d'argent. Il a besoin de l'aide impériale.
Les multiples exemples qu'ofîre l'inscription illustrent assez les doléances qu'expriment sur la situation foncière les écrivains contemporains de Domitien et de Trajan. La nourrice de Pline aurait-elle échappé au sort qui guette le petit propriétaire veleiate si elle n'avait trouvé auprès d'elle un voisin, ami de Pline, prêt à la secourir •? Bien des pauvres possesseurs de Veleia pourraient reprendre à leur compte, sans aucune hyperbole, le discours que tient, chez Quintilien, cet individu dépossédé de ses terres et qui ne peut trouver, autour de lui, aucun petit fonds qui n'ait pour voisin le riche'. Celui-ci ne rêve que d'agrandir son domaine. Pline, ce lettré, ne goùte-t-il pas le plaisir paysan de rejoindre en un bel ensemble, par l'achat d'un bien, les parties mal agrégées de ses terres^? Et pourtant cette acquisition n'est pas sans danger. Le propriétaire, dont il convoite le sol, ne l'abandonne qu'après avoir épuisé ses ressources. Pour recouvrer les arriérés de fermage, il a vendu l'outillage des colons''. Par besoin immédiat d'argent, il a ruiné ses fermiers, il s'est ruiné lui-même. Le prix de sa terre a diminué de 5,000,000 à 3,000,000 de sesterces. A ce grand domaine, il eut peut-être fallu, pour se sauver, profiter de la caisse de crédit agricole que Trajan ouvrait aux propriétaires veleiates obérés.