‹ La table hypothécaire de VeleiaChapitre 76 sur 84 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

TjR montagne de Plaisance, en son infertilité, se prêtait moins à la culture qu'au pâturage. Après une longue période de colonisation agricole, l'étendue des saltus en la région était telle encore que leur valeur, dans l'inscription, dépasse le tiers de celle de tous les biens déclarés. Ce sont les Ligures et les Celtes qui commencèrent, sans aucun doute, à les défricher, car ils n'ont pas dû se contenter d'une exploitation exclusivement pastorale du sol. I^es parties basses des pogi, ces territoires naturels d'habitat, furent dès lors aménagées à la culture. Pourtant, ce ne sont pas elles qui gardent, en leur toponymie, la mémoire des indigènes celto-ligures. Celle-ci s'est perpétuée sur ces limites vaines du pagiis qui restèrent longtemps, en pleine période romaine, sans susciter les ambitions de la propriété privée. Au contraire, à l'intérieur des pagi, l'appropriation du sol par les colons romains, descendants ou non des anciens habitants du pays, se traduisit sous la forme ordinaire du fiuidiis, doté, suivant les règles, du nom latin ou latinisé de celui qui possédait la terre au moment de la systématisation cadastrale.

La petite propriété du fonds, une fois reconnue, ue s'immobilisa pas. Elle se morcela en parcelles, puis ces parcelles se groupèrent en des unités nouvelles, composées. Ces transformations mêmes témoignent assez de la vitalité de cette petite propriété. Pourtant, le sol était en cette montagne souvent trop ingrat pour ne pas décourager l'effort. Bien des vieilles familles avaient abandonné la terre au temps de Trajan. Leur descendance s'est épuisée. Sans doute, elles ont été remplacées par de nouveaux colons, par des affranchis. Mais cette population relativement récente était trop mal fixée au sol pour y prospérer. Dans les pagi, où l'exploitation du sol ne réclamait pas le maintien de la petite propriété, elle a dû céder.

La grande propriété n'a que trop rarement une origine locale. A peine quelques fortunes foncières, encore assez modestes, ontelles pu se développer autour de fonds patrimoniaux, échappant aux ruines voisines dont elles profitent. Les plus gros propriétaires sont des étrangers, souvent des affranchis, qui, peut-être en quelques années, au plus en l'espace d'une génération, ont

Page 1