‹ La Tache Rouge, volume 1Chapitre 33 sur 86 · PAL K · texte numérisé non relu

PAL K

découragement.

Sa figure avait réflété en quelque sorte la description faite par le docteur Belin ; on eût dit que ses traits reproduisaient comme un miroir toutes les angoisses de la

pauvre folle.

— Un crime! murmura-t-elle, oh oui! un crime horrible, qui pèse sur les innocents et qui jamais ne sera compté au coupable! que faire, mon Dieu? c’est le baron Chauffour qui la chasse de son dernier asile! cet homme est sorti de l’enfer !

Elle prit la seconde lettre, celle qui était faite de gros papier gris, et son doigt languissant déchira le cachet.

On lisait dans ses yeux demi-fermés un sentiment de

complète indifférence.

Elle n’attendait rien d’heureux, én effet, car il y avait ‘en elle une foi profonde au malheur de sa destinée.

Mais elle défiait le sort, en ce moment, se demandant quelle autre nouvelle catastrophe ou menace pouvait creuser encore la profondeur de sa détresse.

Et cependant, aussitôt que ses yeux furent tombés sur l'écriture grossière de la lettre, un cri déchirant s'échappa

desa poitrine.

Il y avait place encore pour une blessure dans ce pauvre cœur navré.

La lettre ne contenait qu’une demi-douzaine de lignes,

croïsa ses mains sur la couverture dans l'attitude du

rs RER

| Die l« « Je ne veux pas Stianiée au prochain jour de marhé k. pour vous annoncer que notre petite a mis la main sur

le gros lot. On vous donnerait bien en cent à deviner,

__ maman; j'aime mieux vous dire le fin mot tout desuite,

Quand vous avez été partie, j'ai causé avec M. Polydore.

Quel amour d’homme ! Il en mène, celui-là, une vie de

polichinelle ; mais quand notre petite va être la barome de Chauffour, je lui dirai de renvoyer Polydore. Est-ce

-. compris, maman? On peut bien marier une enfant toute

jeune quand c’est pour une occasion comme celle-là! 7) "espère que vous ne serez plus fächée contre M*°la com- tesse, dites donc? Ne devenez pas folle de joie, et souvenez-vous que c’est votre commère Bastien qui vous a

annoncé les noces de notre petite Angèle avec le Rpee Chauffour. »

. La tête de maman Marquis se renversa lentement sur k l'oreiller , tandis que ses deux bras s'affaissaient , 4 ‘ inertes.

Ses yeux, qui restaient grands outects: n'avaient plus 3 ‘de regards, À :

Page souffle s'était arrêté entre ses lèvres. A l'heure de

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A = L 2 LE SECRÉTAIRE Maman Marquis resta ainsi plus d’une minute sans respiration et comme morte.

Puis un grand soupir souleva sa poitrine.

— Lui! lui! murmura-t-elle d’une voix étranglée : < luil le mari d’Angélique! Et Athénaïs a consenti à

cela!

-— Et il a failli me tuer tout à l'heure, reprit-elle avec un indicible effroi, et s’il m’avait tuée, rien n’aurait défendu l'enfant contre cet abominable malheur !

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