‹ La Tache Rouge, volume 1Chapitre 45 sur 86 · XV «TES · texte numérisé non relu

XV «TES

Le | LA COMTESSE ATHÉNAÏS

28 Mel comtesse de Saint-Pierre d'Agave m’apparte- Le nait pas à ce faubourg Saint-Germain pur quimest pas re É ns a rngè comme l'aristocratie ES mais

gardait, malgré son âge, avancé déjà, une réputation

. d’Agave avait la renommée d’un homme puissamment

. par une certaine dose d’impopularité. Les grandes for-

très-bien établie d’ancienne jolie femme.

Feu M. le comte d’Agave, son mari, rallié au gouver-

nement de Louis-Philippe, après avoir servi la Restauration avec un zèle un peu exagéré, avait occupé diverses : positions diplomatiques et administratives, sans être jamais placé au premier rang. Lors de sa mort, il passait pour récolter financièrement les fruits de son influence politique : plusieurs commandites le comptaient au nom-

bre de leurs administrateurs, et comme l'éducation du x

monde parisien n’était pas encore faite en ce qui concerne les fortunes industrielles, M. le comte de Saint-Pierre

riche.

Cette renommée s’achète presque toujours chez nous

tunes nous intéressent beaucoup; nous leur faisons une gloire facile, nous les enflons à plaisir, outre mesure, mais nous nous vengeons en laissant planer sur ces richesses de banque ou de bourse un soupçon d’habileté trop grande et de trop courte délicatesse.

Le nom de Saint-Pierre d'Agave n’était pas précisément à l’abri de semblables atteintes, mais elles s’adres. saient à M. le comte seulement, et la comtesse Athénaïs restait à cent pieds au-dessus de ces misérables rumeurs, |

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C'était une femme de ce grand monde un peu mêlé

-qui donne, en définitive, le mouvement et le branle A la

vie parisienne.

Elle avait des opinions de juste-milieu : elle tenait à la religion beaucoup, mais elle proscrivait le préjugé.

Ses livres, car elle faisait des livres, quoique la médisance l’accusàt de ne pas connaître exactement les règles de l'orthographe, établissaient d’une façon assez nuageuse la différence qui existe entre la religion et le préjugé; mais elle donnait de superbes fêtes, et ses livres se vendaient mieux qu’ils ne se lisaient.

Ses livres étaient peu nombreux; il faut cela quand on veut se poser sérieusement : i] y avait un « Traité d’é- ‘ducation pour les jeunes personnes, » qui n’était assurément ni dangereux ni utile, un roman puritain et un recueil de poésies intitulé : Les vibrations sourdes. ?

Tout cela reproduisait, à l’état neutre et profondément insignifiant, des pensées de J.-J. Rousseau, de M”*° de Staël et de Bernardin de Saint-Pierre amalgamées avec les définitions de Leïibnitz et les nomenclaturés des professeurs écossais.

Ces choses inspirent un certain respect aux personnes .

| qui ne les comprennent pas bien. Ceux qui comprennent ne les lisent jamais.

- De là la plus-value. | Ceux qui savent, enfin les vrais initiés de la vie de

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‘Paris, pourraient dite, à un louis près, et même à un

franc, ce que de pareils livres rapportent aux malheureux manouvriers qui les écrivent, et ce qu'ils coûtent aux paons mâles ou femelles qui les signent.

Ce sont rarement des chefs-d’œuvre, mais il y a parfois une telle différence entre la valeur du livre, si maigre qu’elle soit, et l'incapacité notoire du prétendu auteur, que les amis de ce dernier ont beau jeu pour se venger tout bas des éloges décernés tout haut. Le monde du commerce retiré et des lettres gourmandes se souvient encore de la bonne M: Ixe, qui faisait faire tant de romans, tant de poèmes et tant de partitions lyriques par trois malheureux qu’elle nourrissait en cage et que ses convives reconnaissants appelaient «les écureuils de la muse, »

Il n’en était pas ainsi de M"* la comtesse d’Agave, on ne connaïssait pas ses écureuils; elle causait passablement, autant que cela est possible aux gens prétentieux; son éducation n’était pas beaucoup au-dessous de l’éducation de tout le monde, et l'esprit qu’elle avait valait à peu près celui qu’on mettait dans ses livres.

L'hôtel de la comtesse Athénaïs était situé rue de Tournon, dans la partie qui avoisine le palais du Luxembourg. C'était un bâtiment considérable, posé entre cour

et jardin et appartenant à ce style grec-bâtard, si me .

affectionné par les architectes du premier empire.

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