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fait souvent trembler, et jamais je n'ai rencontré de
femme si fière que vous, ni si facile à mettre en colère. Ga doit bien vous gèuer de rester tranquille aujourd’hui, et pourquoi vous pousserais-je à bout ? Je désire ce mariage, voilà tout ce que j'ai voulu dire; j’en ai besoin, c’est mon nantissement.
— Ecoutez donc, interrompit-il en changeant de ton, je connais le bilan de votre situation mieux que vous. Tout à l’heure je faisais semblant de croire que vous
ignoriez le chemin du mont-de-piété, parce que ca dé- À
molit une femme d'aller si bas que cela; mais on y engage les bijoux comme les matelas, et ce w’est pas en vendant vos reconnaissances que vous vous acquitterez envers moi. Voyons, belle dame, rassurez-vous, et ne m'en veuillez pas si je vous parle la bouche ouverte; il suffirait, croyez-le bien, de l’entrée d’un pelé ou d’un : tondu pour me remettre à plat ventre devant vous, car
je suis l’homme des convenances. et reyenons à nos moutons. Je vais vous mettre du baume dans le sang :
vous n'ayez pas du, tout à vous inquiéter de l'aventure du Coin de Charlemagne en ce qui regarde Angélique, car le jeune homme n’était pas ici pour Angélique.
— Pour qui done? demanda la comtesse, dont la pensée tournait et qui fronçait le sourcil, plongée dans d’amères réflexions.
— Pour une autre, parbleu !
2 Vous la connaissez, cette autre ?
. — Ah! mais oui, intimement! M. le comte Raymond .Lamiral de Thiays, ne vous déplaise, était ici pour ma petite Esther.
:— Pour Esther !.. chez moi!
Jéricot eut un rire aigre-doux.
—. Ces choses-là, dit-il, n’ont point laissé de traces dans votre mémoire, mais moi je m’en souviens. Quelques jours auparavant, vous aviez engagé M'*° Angélique à congédier Esther Jéricot. Cette relation ne vous semblait pas
sortable. Mais ma pauvre chérie avait une envie rouge d'assister à votre bal, dont elle avait entrevu les prépa-
ratifs en venant donner ses leçons. Ce fut la première fois que je vous montrai les dents, madame la comtesse, et la première fois aussi que vous mites les pouces: * Esther eut son invitation. voici de cela quelques mois
à peine, et comme les affaires ont marché depuis lors!
Les uns dégringolent, les autres grimpent, que ré
fous? c’est le monde.
* La comtesse avait recouvré un peu de calme etrmême quelque chose de son ancienne hauteur, parce que Jéricot, diplomate maladroit, venait d’outrepasser le but.
— M'expliquerez-vous, demanda-t-elle froidement, comment ce jeune homme pouvait hé > Ja SAR pe É de votre fille à l’hôtel?
SR heure, etj je rentre le soir très-tard. Entre parenthèses, je connais bien des gens qui riaient de moi en me voyant courir toute la journée comme un chat maigre, et qui
L. vaille ! si encore il plaçait des vins de Bordeaux, ou des plumes de fer, vu des assurances!» Je ne place rien de tout cela, c’est vrai, mais rira bien qui rira le dernier! Pendant mes absences, ma fille était libre comme l'air à la maison, et je le dis avec orgueil, c’est une enfant qui .aeu tout de suite des idées sérieuses. Quand je rentrais, elle me contait ses petites histoires et me demandait conseil. M. Raymond Lamiral savait que mon Esther
2, danserait chez vous tout uniment parce que la chérie le.
| À Jui avait dit.
À Ici Jéricot s’interrompit pour adresser à la comtesse L” un petit signe de tête approbateur.
E F.. 3 — Voici votre dédaigneux sourire qui revient, belle |
de | “ame, reprit-il, cela va mieux; j’en suis content, car nous sommes loin d’avoir fini, et vous aurez peut-être besoin tout à l'heure de vous tenir ferme. Achevons, ce-
+ pendant, ce qui regarde nos fiancés.
! La comtesse releva la tète vivement; Jéricot répondit
; au coup d'œil qu’elle lui lançait : ,
4 — Mon Dieu oui, ces deux enfants-là vont s’établir
= . tout de suite, et c’est pour leur assurer un avoir que j'ai
me res, detilant d'importance : ‘je sors le matin de bonne
Po disaient : « Ce pauvre Victor ne fera jamais rien qui Re LL
CU
pris aujourd’hui sur votre temps èt &ûr le mièn ne si.
” longue séance. Voilà mon après-midi perdue, maïs je ne
la regrette pas et je pènse bien, d’ici à quelques semaines, prendre ma retraite définitivement. Vous sentez
que, voyant le jeune homme pousser sa pointe chez moi,
j'avais bien le droit de m'informer; c’est mon fort, les
‘renseignements, et je n'étais pas sans avoir déjà de
bônnes petites accoïntances au Coïn de Charlemagne. Jugez dè mon étonnement et de ma satisfaction aussi, quand
| je découvris que ce beau gars-là tenait par un bout à Ia
vieille histoire de votre famille où le diable perdrait son latin, mais où je me reconnais, moi, comme si c'était la
rue Saint-Denis.
La comtesse, désormais, restait impassible.
— Allons! fit Jéricot, nous nous tenons droite comme un I, c’est le moment d’aborder le côté sérieux de la question. Nous avons assez de comédie, voici le drame : nous allons parler, s’il vous plaît, de ce qui se passa dans la nuit du 23 au 24 septembre 1840, au château de la Maisonfort, auprès de Mantes-la-Jolie.
Un tressaillement douloureux agita les traîts de la comtesse Athénaïs, qui dit avec effort :
— Il y a eu abandon d'instruction...
Téricot jouait avec le fameux papier déposé dans son chapeau dès le commencement de l’entrevue.
= Winstruction, répétu:t-il, fnt abandonnée, c’est
vrai, par suite du décès dès trois accusés, qui s’en allé: rent presque coup sur coup, et ee n’est pas le côté Je moins surprenant de cette cause bizarre. Chère madame, “vous fites, en ce tempsdà, une cruelle maladie, produit . d’une couche un peu tardive, et qui vous éloigna pen-. dant plusieurs hivers de Paris, dont vous étiez un des + plus beaux ornements... IL ne faut pas s’én plaindre, puisque de là est née la charmante Angélique.
En prononcçant ces derniers mots, le ton de Jéricot était ouvertement équivoque.
-- Je fus frappée violemment, repartit la comtesse,! F4 qui luttait désormais avec une vaillance extraordinaire, et dont l'accent avait recouvré une véritable dignité ; vous faites allusion: à une catastrophe de famille dont le souvenir seul met du froid dans mes veines, mais si votre intention est de peser sur moi...
Î — Que diable ! ‘interrompit Jéricot, je pense bien que vous ne mourez pas d'envie d'entendre narrer tout au long cette histoire, et je ne compte pas vous lire d'un bout à l’auire l’acte d'accusation que je tiens à la main,
Les yeux de la douairière, arrondis par la surprise et par l’effroi, se fixèrent sur le papier que Jéricot dépliait avec une lenteur complaisante.
62 — On ne délivre pas de copies au greffe... balbutia-t-
elle. has | nt
oo —
— Il y a celles qui sont signifiées aux accusés. — Les accusés sont morts, murmura encore la com- FRE tesse.
— Et les morts ne reviennent pas? interrompit Jéri- | cot; c’est du moins l’usage, mais pourtant on a vu des PE è exemples. Tenez! cette brave Minerve qui mourut, puis le | ressuscita, n’a pas même pris la peine de changer de F nom.
La comtesse dit avec un dédain affecté :
— Minerve a été couverte par la commisération du
baron Chauffour et la mienne.
l — Oui, oui, fit Jéricot, vous avez tous deux le cœur compatissant.. et le bras long... surtout lui. Et à quoi
bon changer de nom quand on a une figure comme votre mulàtresse? On l'aurait reconnue sous n'importe quel nom. Il a fallu tout le crédit du nègre blond, comme ils l’appellent, et aussi toute l'obscurité de votre ancienne esclave... Mais ne prenons pas le change : vous devinez
bien qu’il ne s’agit pas de Minerve.
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- — Je m'en donte, repartit la comtesse. Ce n’est pas la première fois que j'entends parler de revenants. Je sais qu’il y à quelque part, en province, une créature qui prétend avoir des droits sur Angélique de Saint- Pierre d’Agave, et va jusqu’à me contester ma qualité de mère.
— À cet égard-là, dit Jéricot, je n’ai pas mission de
renseigner M%° la comtesse, et, en tous cas, la créature dont vous parlez ne serait pas fort à craindre, puisque
sa résurrection malencontreuse la remettrait sous le coup d’une accusation capitale. À
— Ah! ah! reprit-il après un silence et en voyant Athénaïs détourner les yeux, ne niez pas! Vous avez espéré un instant que je venais de la part de la créature, comme vous appelez votre belle-sœur, M"° la marquise de Saint-Pierre d’Agave ? Allons done, belle dame! Non pas! non pas! à supposer que celle-là ne soit pas en ‘terre, sa position ne vaut guère mieux que la vôtre, et je mets plus de soin à choisir mes clients. Mon client c’est mon gendre; mon gendre est le fils de l’homme assassiné dans la nuit du 23 au 24 septembre 1840, en-ce beau château de la Maisonfort, près de Mantes.
C’est déjà vieux de quinze ou seize ans, mais il n’y a
pas encore prescription, tant s’en faut.
Vous êtes pauvre, c’est vrai, chère madame, mais du même pot au noir qui a produit votre ruine est sortie la colossale fortune des Chauffour.
Il y a à faire, beaucoup à faire avec ce papier-là et d’autres qui sont dans mon portefeuille. En définitive, aucun des accusés n’a été jugé. Laissons de côté Minerve et lhonorable compassion qui l’a couverte. J’ai idée, moi, que quelqu'un avait intérêt à faire disparaître les autres accusés; car, d’après l'acte d’accusation, qui est