‹ La Tache Rouge, volume 1Chapitre 62 sur 86 · ESA · texte numérisé non relu

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‘yeux comme une manière de chevalier errant, recon-

votre aînée, madame la marquise; aucun partage n’a- + vait été fait définitivement, et le nouveau marié avait des reprises à exercer sur son frère.

Mais loin de contester comme vous, M. le comte Ray-

mond de Thiais, représenté dans l'acte que j'ai sous les

naissait hautement sa position de débiteur, et, en attendant le règlement définitif de sa dette, il se déclarait prêt à garantir l'emprunt que son frère Albert cherchait à contracter auprès des Chauffour.

Il avait même apporté pour cet objet un groupe de valeurs mobilières.

Il fut remarqué par ceux des convives dont le témoignage peut sembler désintéressé que le comte Lamiral de Thiais prenait avec une très-grande chaleur le parti. de sa cousine, la marquise douairière : cela dans l'intérêt d’Adèle, sa jeune belle-sœur. |

Les personnes étrangères à la famille s’étonnèrent du . laissé-aller avec lequel il risquait, pour la favoriser, une portion notable de sa fortune personnelle. :

Cette Adèle était charmante. Le colonel Albert, son mari, passait pour être jaloux. #

Il fut remarqué, de mème, que la jeune femme d’Al-

bert de Thiais témoignait à son beau-frère une reconnaissance un peu trop vive; quelques témoins allèrent jusqu’à dire dans l'instruction que le colonel Albert eût “

LA ia ROUGE

“tait preuve de peu de clairvoyance s’il ne s'était point |

aperçu de cela.

11 fut remarqué enfin que la marquise Constance de Saint-Pierre d’Agave, si agressive envers tout le monde,

approuvait les prévenances de sa fille à l'égard du comte Raymond, et que ses caressantes avances avaient presque couleur de captation.

Les Chauffour, toujours obligeants quand on leur offre de solides garanties, promirent d'ouvrir leur caisse au jeune époux.

Après le diner, les deux frères Lamiral de Thiais, cherchant un endroit commode pour rédiger l'acte, se

retirèrent dans la chambre à coucher d'Albert et de sa … femme, qui contenait une profonde alcôve, où Adèle fa-

tiguée se mit au lit de très-bonne heure.

On n’avait eu qu’à fermer les rideaux de l'alcôve pour.

. qu’Adèle fût parfaitement chez elle, et les deux frères | restèrent seuls avec la marquise.

On les attendit longtemps au salon, et nul n'aurait pu

penser que leur conférence fût de nature à se prolonger fort avant dans la nuit.

Le con te et la comtesse d’Agave, avec les deux mes- ‘sieurs Chauffour, entamèrent un whist, où chacun parut apporter beaucoup de distraction et même un certain trouble.

On était triste, il y avait malaise ; il semble que Chauf-

‘* Del’ensemble des dépositions appartenant soit à la fa-

- que par l'absence prolongée de tout partage, qu'ils étaient

four le père ait Fo expliquer ce trouble dans sa dé- position, car on y trouve textuellement cette phrase : « Nous nous demandions quel motif pouyait retenir ainsi la moitié de la famille loin des maîtres de la maison, le jour même de l’arrivée. »

Au moment où on se sépara pour aller reposer, niles deux frères Lamiral de Thiais ni la marquise n ‘avaient encore reparu.

mille soit aux voisins et amis, naît la pensée d’une inelination mutuelle et coupable qui aurait existé entre Adèle et le comte Raymond, son beau-frère.

Cette intrigue galante aurait pris naissance pendant le séjour des deux jeunes époux en Bretagne, dans la maison dudit Raymond de Thiais.

Mais il faut ajouter que la mère et le mari d’Adèle étaient tous les deux, ce soir, entre elle et le comte Raymond. Fr

11 faut dire, en outre, ce qui est prouvé jusqu’à l'évidence, tant par la conduite antérieure des deux frères

liés l’un à l’autre par la plus tendre amitié.

Cependant, quant à ce qui regarde la présence de la marquise dans cette chambre où quelques heures, plus : tard,un double crime devait être commis, deux sépie #4

L gnages très-importants viennent la démentir, au moins ë À pour une partie de la soirée.

Vers neuf heures, le nommé John Turner, cocher du baron Chauffour, et le valet des chiens de M. le comte d’Agave, étant sortis dans le jardin pour fumer leur pipe en se promenant, virent trois ombres se glisser sous les massifs qui bordaient le parterre. &

Ils revonnurent tout d’abord la mulâtresse Minerve, femme de chambre de M"° la comtesse d’Agave, et le jardinier du château, Eustache Morin.

Persuadés que la troisième ombre était aussi une ser- RE vante, et voulant sans doute plaisanter comme il est permis de le faire entre camarades, le cocher John et le valet des chiens se coulèrent sans bruit sous le couvert.

Le résultat de ce joyeux guet-apens fut tout à fait inattendu.

John et son compagnon, marchant derrière une charmille et guidés par le bruit iles voix qui causaient tout bas, arrivèrent à une sorte de trou qui leur permit de voir la mulâtresse et le jardinier en grande conférence avec M®° la marquise de Saint-Pierre d’Agave.

Au moment où ils arrivèrent, quelque chose brillait dans les mains tendues de Minerve et d’Eustache, et quand ceux-ci refermèrent leurs mains, il y eut un bruit métallique comme qui dirait de l’or qu’on remue.

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