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Autrichienne pour une Russe.
* Le portrait de la jeune fille rappelait ces blonds pastels que nous a laissés le siècle de Louis XV, tout en trahissant ce je ne sais quoi, cette grâce teintée de parésse et de hardiesse qui passe pour être l’apanage qe
créoles. , pe — Est-elle assez belle! murmurait maman Marquisen
approchant le carton de ses lèvres avec la tendresse d’une »
« consolée, » avons-nous lu la jolie petite lettre de notre Angèle?
Elle s’interrompit pour essuyer ses grosses lèvres qui pit p
\ riaient.
— Ma parole, fit-elle, nous en sommes encore au por, trait... eh bien! maman, je vais vous dire la fin de la-
lettre, car je ne voudrais pas faire attendre M. Poly-
dore. La petite me marque donc qu’on a idée de la marier.
— La marier! répéta maman Marquis avec épouvante, elle n’a que seize ans!
: — C’est comme ça. Moi, je n’ai pas voix au chapitre,
| Vous pensez bien.
Elle s’interrompit au moment où elle repassait le seuil
pa
du débit et s’écria :
ent, de prendre une Française pour une Anglaise, une
CP dé LÉ ET Ts, 0 AE LE Ne EN 10182 Ds
$ A tantôt, : maman, voilà: M: Polydore : Mat il ft es aller à la RÉ ess avec celutat
bas son paletot, et pleinement éclairé par les deux nes d’un tilbury dont le CROIRE fumait derrière
s voulez attendre, je vais faire toutes mes provivisions chez vous. à La maraichère haussa les épaules.
__— Je ne dis pas que vous êtes une mauvaise pratique, maman, répondit-elle en pressant le pas vers sa place, mais M. Polydore est le chef de M. le baron Chauffour ! | Le nègre blond, comme il dit, car il est cocasse, M. Po- 6 -1ydore.…..
. — Vous pensez! ajouta-t-elle avec emphase : le Le
Chauffour ! Gardez Ja lettre, si vous voulez, jusqu’à de
__ main. Bonsoir.
La petite femme cessa de la suivre. A ce nom «M: le baron Chauffour, » elle avait changé
- La lettre était déjà précieusement abritée sous le revers de sa robe noire.
Il n’est pas toujours très-facile de marquer, soit avec le pinceau, soit même avec la plume, les différences qui
L existent entre un chef de cuisine parisien et son duc.
Le second, ilest vrai, est un grand seigneur, tandis que le premier n’est qu'un domestique, mais quand ils ont le paletot sur le dos et le cigare à la bouche, ce sont tous deux des gentilshommes.
En dehors de l’apparence, cependant, ils sont séparés par un abime. En effet, M. le duc, une fois ruiné, ne vaut plus rien, tandis que son cuisinier vaut d’autant plus
À qu'il a eu plus de dues ruinés sous lui.
On a vu de ces cuisiniers qui étaient aussi prodigues : que leurs maîtres, mais ils ne se ruinent jamais, parce que c’est toujours l'argent d'autrui qu'ils jettent par les * fenêtres.
Paris ne connaît pas toutes ses gloires, et on l’étonne périodiquement en soulevant le voile qui cache à ses yeux, trop souvent tournés en l’air, les drôleries ou les difformités de ses pieds.
Les domestiques ont leur grand monde. Il se joue dans ce faubourg Saint-Germain de l’antichambre des
comédies à poufler de rire et des drames à fondre en larmes, entre coquines et marauds.
C’est un carnaval qui dure toute l’année, exagérant
ER une SAR A du côté de la Raine-hiadie un théâtre italien pour ce grand monde, et je sais de science
M. Polydore accueillit la Bastien avec bonté et ne lui t point comme Louis XIV : J’ai failli attendre. Il avait
employé son temps à faire un choix parmi les légumes
; de la bonne femme.
- au hasard de quelque prestigieux patronage. — Les jardiniers de Seine-et-Oise, dit-il avec honne
humeur, devraient se cotiser pour me faire une pension sur mes vieux jours, car c’est moi qui ai proscrit le pre-
mier les légumes de Paris et de la banlieue comme étant fades, pâteux et indigestes, à cause de la quantité d’eau et de fumier qu'on leur donne. Dans la partie, nous
sommes obligés de lire quelques ouvrages de médecine, : etla chimie ne nous est pes inutile. Le ot la carotte à
demie, pour le moins, des fortifications. J'ai établi ssl
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mes œuvres choisies.
PE D CE un assez beau garçon, chevelu et barbu, dont
Jlestraits ne disaient rien, mais qui avait une moustache __ cirée en arête de poisson. Il fumait un cigare d’ambas- »À sadeur qui aurait fait envie à son maître; seulement,
son maître n’en pouvait jamais avoir de pareils parce
Ë la Havane, Clément le valet de-chambre faisait d’abord | son choix pour lui-même et M. Polydore.
voulu, murmura la Bastien résumant ainsi les pensées d’almiration et de vénération que lui inspirait cet homme
s extraordinaire. Quel talent!
. M. Polydore sourit et répondit:
*— C’est vrai qu’on m’a offert plus d’une fois des places.
dans le gouvernement, mais pas si bête!
ï Puis il demanda :
— Avons nous nos cardons et nos asperges ?
La Bastien cligna de l’œil d’un air caressant et fourra ses dloigis rouges dans un tas de paille, d’où elle retira . deux paquets emballés avec soin. L'un contenait les car-
re » ess
Per es qui étaient véritablement magnifiques.
M. Polydore tira de ses poches ses mains un peu mas-
que, dans les caisses qui lui arrivaient directement de
es | a A spi | 4 — Vous auriez bien pu être tout ce que vous auriez
+: dons qui étaient très-beaux, l’autre une énorme botte
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‘sives, mais gantées de frais, pour examiner et palper la
marchandise.
. — Combien lessasperges? demanda-t-il.
— Pour vous, 250 francs, répondit la Bastien; il m’a fallu faire toutes les couches du pays, et nous sommes plus de quarante jardiniers dans cette botte-là.
— Mettons 300 francs, dit Polydore, et n’en parlons plus; vous allez me séparer cela en deux tas, les plus
: belles d’un côté, les ordinaires de l’autre, et vous en-
verrez le premier paquet chez M"*-Palmyre Coquentin : vous savez l'adresse? Nous donnons à diner demain à quelques artistes de nos amis. Et les cardons ?
— Cent francs.
— Mettez cent quarante et faites de même.
— Pour M"° Palmyre ?
— Non, pour M'° Honorine : vous savez l'adresse ? nous avons ce soir une petite sauterie après le diner en famille. Pour les autres fournitures, mettez une différence en plus de trois louis, ce qui fait en tout cinquante écus, et marquez bien le prix fort sur vos notes, parce que j'aime à tenir monlivre en règle. Avez-vous la note d’hier ?
— Oui, monsieur Polydore, . répondit la paysanne. C'est vous qui en nourrissez des dames !
— Type derdon Juan! fit le chef en touchant sa mouss tache.Jewai jamais euique ce défaut-là.
La Bastien atteignit à la fois un petit carré de papier
et un vaste boursicot de cuir. Pendant que M. Polydore
jetait un coup d'œil sur la note, elle démêla parmi les pièces blanches et les gros sous cent cinquante francs en or, qu’elle lui tendit en disant comme malgré elle :
— Ce baron Chauffour est donc bien riche!
M. Polydore haussa les épaules avec un dédain qui n’excluait pas la bienveillance.
— Le nègre blond? répondit-il, c’est un imbécile assez à son aise; mais quand j'étais avec le prince Ménétine, c'était bien une autre contredanse ! D’ailleurs, le baron est en train de faire sa dernière bêtise.
1 empocha les sept louis et demi dans son gousset, qui sonnait l’or joyeusement.
— Ça se marie! ajouta-t-il en oûvrant un riche portecigare, timbré d’une couronne de baron; ça veut entrer dans une famille historique. le fils de Toussaint Chauf-
- four, ancien malabar, anvien valet de pied, ancien usurier ! et, pour comble, ça choisit une minette qui n’a pas
encore seize ans! Va bien! moi, je préfère ma liberté.
cs Type de don Juan ! A vous revoir.
Lun